Alassane Ouattara face au défi de la Côte d'Ivoire

Alassane Ouattara, lors d'une conférence de presse suite à l'annonce de la confirmation par l'Union africaine de sa présidence, le 10 mars à Addis Abeba.
© AFP PHOTO/ SIMON MAINA

Alassane Dramane Ouattara, « Ado » pour ses partisans, aura accompli mille tours et détours avant de pouvoir, au terme d’une âpre lutte, prendre en main la destinée de la Côte d’Ivoire. Le dernier épisode de la présidentielle du 28 novembre 2010, sa victoire proclamée par la Commission électorale aussitôt contestée par le Conseil constitutionnel qui déclare lui, Laurent Gbagbo vainqueur, ouvre quatre mois de luttes sanglantes pour le pouvoir qui ont trouvé leur épilogue, hier, lundi 11 avril 2011, avec l’arrestation de Laurent Gbagbo.

 

Notre dossier spécial : les défis de Ouattara

Economiste de niveau international, Alassane Ouattara, né en Côte d’Ivoire, grandit au Burkina Faso puis part faire ses études au Etats-Unis où il obtient un doctorat en économie en 1967 ; il a alors 25 ans. Le Fonds monétaire international (FMI) l’embauche l’année suivante. Il y fera carrière, en gravira tous les échelons jusqu’à accéder, en 1994, à la vice-présidence de l’organisation internationale. Entretemps, de 1988 à 1990, il occupe le poste de gouverneur de la Banque centrale des Etats de l’Afrique de l’Ouest avant que l’ex-président ivoirien Houphouët-Boigny ne l’appelle pour rétablir les finances du pays, puis comme Premier ministre en 1990.  

Les affaires et les amis

Son long passage au FMI détermine la « philosophie » économique de Ouattara. Comme Premier ministre, de 1990 à 1993, il mène une politique de rigueur budgétaire qui sera durement ressentie par la population ivoirienne. Cependant, les bailleurs de fonds, eux, reprennent confiance dans la Côte d’Ivoire et Alassane Ouattara élargit ainsi de fait sa sphère d’influence. C’est aussi à cette époque de sa vie, en pleine ascension, qu’Alassane Ouattara épouse en secondes noces Dominique Nouvian, une Française née en Algérie. Dominique se révèle une redoutable femme d’affaires notamment dans le secteur de l’immobilier avec l’Agence internationale de commercialisation immobilière (AICI), tant en Côte d’Ivoire, qu’en France. En 1998, elle diversifie son secteur d’activité en prenant la présidence de la French Beauty Services, une compagnie qui regroupe toutes les franchises des salons de coiffure Jacques Dessange aux Etats-Unis.

Le triomphe « au final » de Ouattara réjouit l’Occident, c’est le moins que l’on puisse dire. L’économiste inspire confiance et la France, dès le jeudi 7 avril, par la bouche du ministre des Affaires étrangères, Alain Juppé devant la commission des Affaires étrangères et de Défense de la Haute Assemblée, déclarait : « En liaison très étroite avec Alassane Ouattara, nous sommes déjà en train de travailler sur l’effort qu’il faudra faire pour l’aider dans ce processus de réconciliation politique et de reconstruction économique ». La ministre française de l'Economie, Christine Lagarde, a d'ailleurs annoncé ce mardi 12 avril un soutien financier exceptionnel de 400 millions d'euros à la Côte d'Ivoire.

Même généreuse solidarité affichée à l’Union européenne où les ministres des Affaires étrangères européens réunis à Luxembourg comptent promettre, ce mardi, au président ivoirien Alassane Ouattara leur aide économique à long terme pour l'aider à reconstruire un pays menacé par le chaos après l'affrontement qui l'a opposé à Laurent Gbagbo. La Banque mondiale a répondu également présente ce mardi par la bouche de son président Robert  Zoellick qui a annoncé, depuis Washington, une rencontre prochaine avec des responsables ivoiriens pour discuter d'une aide financière. M. Zoellick a même évoqué la possibilité que la Banque mondiale fasse un pas vers l'annulation de la dette ivoirienne.

Toutes ces mains tendues, et singulièrement celles de la France, pourraient bien embarrasser Ouattara dans un pays qui n’en finit pas de régler ses comptes avec l’ancienne puissance coloniale. L’apport d’argent frais par les amis du président Ouattara sera vital pour la Côte d’Ivoire. Ses réseaux sont déjà largement activés pour bâtir la Côte d’Ivoire de demain. Mais reste pour « Ado » à trouver la bonne distance avec ses appuis, entre soutien et susceptibilité nationale.  
 

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