Blaise Compaoré dissout le gouvernement et limoge le chef de l'armée après la mutinerie

Blaise Compaoré, président du Burkina Faso
© (Photo : Claude Verlon / Rfi)

De nouveaux tirs ont été entendus à Ouagadougou cette nuit, des tirs issus selon plusieurs témoins des camps Guillaume Ouédraogo, dans le centre-ville, et Sangoulé Lamizana. Le calme dans la soirée semblait régner en revanche au régiment de la garde présidentielle, après les évènements de la nuit précédente. En réaction à cette mutinerie au sein de sa propre garde, le président Blaise Compaoré a décidé de dissoudre le gouvernement et de limoger son chef d'état major. Des décisions importantes, mais suffiront-elles à calmer les mutins et la colère des étudiants ? En tout cas c'est une « grande première ».

C’est la première fois en 20 ans de vie constitutionnelle que Blaise Compaoré est contraint de dissoudre un gouvernement. C’est sans doute la preuve que la crise est jugée suffisamment grave par le président burkinabé.

Le chef de l'Etat burkinabé a procédé à deux changements majeurs au sein de l’armée : d’abord le limogeage du chef d’état-major général des armées, le général Dominique Djindjéré. Il est remplacé par le colonel-major Honoré Traoré, jusque là, commandant du groupement central des armées.

Ensuite, on note le départ du chef des corps du régiment de sécurité présidentiel, le colonel Omer Batiolo. C’est le colonel Boureima Kéré qui prend sa place. Il était récemment chef du cabinet militaire à la présidence. Considéré comme assez proche de la troupe au sein de la garde présidentielle, Kéré est celui qui s’est employé toute la nuit de jeudi à vendredi à ramener à la raison les soldats mutinés à la présidence.

Reste à attendre l’impact de ces mesures sur la situation explosive dans les casernes du Burkina.

Réactions

Bénéwendé Sankara
16-04-2011

Ces mesures ramèneront-elles le calme ? Rien n'est moins sur, estime l'opposition, par la voix de son chef de file, Maître Bénéwendé Sankara. Il s'agit d'« une mesure hâtive » qui ne résoudra rien.

L'opposant demande la mise en place d'un gouvernement de crise, et Blaise Compaoré doit annoncer qu'il ne se représentera pas. Réagissant aux têtes tombées au sein de la hierarchie militaire, Maître Bénéwendé Sankara est encore plus critique à l'égard du pouvoir. 

Cela dénote d'une grave crise au sein de l'armée

Bénéwendé Sankara
16-04-2011

De son côté, Paris réagit plutôt positivement aux changements opérés par le président Compaoré, et encourage les Burkinabè, par la voix de son ministre chargé de la Coopération, au dialogue.

Nous encourageons les Burkinabé au dialogue

Henri de Raincourt
16-04-2011

Les raisons de la colère

Cette troisième mutinerie intervient dans un contexte de contestations tous azimuts. La mort le 20 février à Koudougou de Justin Zongo, un jeune homme de 23 ans, déclenche un mouvement de protestation étudiant. Les autorités affirment qu'il est décédé des suites d'une méningite, les étudiants accusent les policiers, et organisent des manifestations à travers le pays. Elles sont réprimées dans la violence. On dénombre six morts.

Le 22 Mars, des soldats entrent en mutinerie à Ouagadougou. Ils protestent contre la condamnation de cinq des leurs dans des affaires de moeurs, tirent en l'air et pillent des boutiques. A la fin du mois de mars, des militaires dans des casernes de Fada Ngourma protestent pour les mêmes raisons, pillent eux aussi des magasins, et tirent même une roquette sur le palais de justice.

La grogne se propage dans d'autres casernes en province, les soldats invoquent des différends avec leur hiérarchie et réclament des primes. Dans la capitale, Ouagadougou, la maison du maire est saccagée, qui est lui même blessé, la maison du chef d'état-major des armées est incendiée.

Le président Blaise Compaoré se résout à intervenir solennellement à la télévision. Il dénonce le comportement des soldats, mais il reconnaît un malaise et promet des concertations avec les militaires, les représentants de la société civile, et le mouvement étudiant. A l'issue de ces rencontres, début avril, Blaise Compaoré déclare que la crise est terminée. Deux semaines plus tard la garde présidentielle rentre en révolte.

Polémique sur la modification de l'article 37 de la Constitution

Cette mutinerie intervient également dans un contexte politique particulier avec toute la polémique sur la modification de l'article 37 de la Constitution qui limite à deux le nombre de mandats pour le président. Mercredi dernier, en conseil des ministres, le Conseil consultatif, a été mis en place, pour réfléchir aux réformes politiques et institutionnelles promises par le président Blaise Compaoré lors de sa campagne pour sa réélection en novembre dernier. Ce même jour, Christian Rock Kaboré, le président du CDP, le parti du chef de l'Etat, s'est déplacé chez le chef de file de l'opposition Maître Bénéwendé Sankara pour évoquer la recomposition de la CENI, la commission électotale.

Cette accélération peu habituelle du calendrier politique montre la volonté du pouvoir de désarmorcer la crise et les tensions sociales qui agitent le Burkina Faso depuis bientôt deux mois. Manifestement cela n'a pas suffi. En novembre dernier, en pleine campagne électorale, Blaise Compaoré a déclaré pour la première fois qu'il n'excluait pas de réviser la Constitution pour pouvoir se présenter en 2015 si le peuple le lui demandait.

Aujourd'hui de nombreux observateurs de la vie politique burkinabé estiment que derrière toutes ces revendications corporatistes, il y a en filigranne la polémique sur la révision de l'article 37 de la Constitution et la question de la prolongation du pouvoir de Blaise Compaoré. Nul doute qu'à Ouagadougou, on est en train de réfléchir sur l'opportunité d'une telle réforme.

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