Le camp Gbagbo lance un appel à l'apaisement et à la réconciliation


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Moins d'une semaine après la chute de leur leader, des voix dans le camp de l'ancien président Laurent Gbagbo appellent à la réconciliation. Le professeur Aké Ngbo, président de l'université de Cocody, ex-Premier ministre de Laurent Gbagbo a annoncé samedi 16 avril 2011 au soir la démission de son gouvernement et lance un appel à l'apaisement pour que la Côte d'Ivoire se relève et se remette au travail.

Aké Ngbo ne s'était pas exprimé depuis l'arrestation lundi de Laurent Gbagbo. Le Premier ministre, qui conduisait le gouvernement Gbagbo depuis la crise post-électorale, annonce samedi soir la démission de son gouvernement. Il lance un appel à l'apaisement et demande à tous les Ivoiriens de se remette au travail.

J’ai toujours souhaité une Côte d’Ivoire paisible. Nous avons toujours pensé que la crise socio-politique devait se résoudre politiquement, nous prenons acte que ça n’a pas pu être le cas (…) maintenant les Ivoiriens doivent être dans la position de se mettre au travail.
Aké Ngbo, dernier Premier ministre de Laurent Gbagbo
10-10-2013 - Par Marie-Pierre Olphand

L'ex-Premier ministre précise que tous les ministres qui ont pu être consultés, qui ont pu être contactés avant cette déclaration l'ont été, et la soutiennent.Un appel repris par le président du parti de Laurent Gbagbo, le FPI. Une déclaration de Pascal Affi Nguessan devant la TCI, la télévision créée par Alassane Ouattara, et la presse internationale alors qu’il est actuellement en résidence surveillée à l’hôtel du Golf et que les journalistes présents n’ont pas été autorisés à lui poser des questions (voir encadré).

La vie reprend peu à peu

Les écoles vont rouvrir le 26 avril et les fonctionnaires sont appelés à reprendre le travail dès lundi 18 avril. Mais les traces de la guerre sont encore visibles. Hier vendredi, des tirs ont retenti une bonne partie de la journée dans le quartier de Yopougon à Abidjan et le palais présidentiel de Cocody ne pourra pas accueillir Alassane Ouattara avant plusieurs semaines en raison de son état.

Le nouveau président a pris cette semaine contact avec Luis Moreno Ocampo, le procureur de la Cour pénale internationale (CPI), pour qu'il enquête sur tous les crimes commis en Côte d'Ivoire pendant les quatre mois de crise postélectorale ; tous les crimes, y compris ceux commis dans l'Ouest où ses propres forces sont montrées du doigt. Alassane Ouattara espèrent ainsi accélérer la pacification du pays et la réconciliation nationale. Le dossier « Laurent Gbagbo » a aussi été évoqué entre les deux responsables.

Arrestations, libérations...

L'ancien président se trouve depuis mercredi en résidence surveillée dans le nord du pays. Laurent Gbagbo aurait été bien traité lors de son arrestation contrairement à son épouse Simone et à son fils qui ont été molestés.

Vendredi, le général Bruno Dogbo Blé, qui commandait la Garde républicaine, pilier de l'appareil sécuritaire de Laurent Gbagbo, a été arrêté. Une autre figure de la présidence Gbagbo, Charles Blé Goudé, chef des Jeunes Patriotes, est lui toujours activement recherché. Il serait en « lieu sûr » d'après son camp.

Le ministre de la Justice et des Droits de l’homme dit veiller personnellement à ce que tous les proches de Gbagbo arrêtés soient bien traités, une fois arrivés aux mains des autorités. Jeannot Kouadio Ahoussou précise qu’un hôtel a été réquisitionné au cœur d’Abidjan pour recueillir ceux qui se sentent en insécurité. Il y a là, Pascal Affi Nguessan, le président du FPI, Alcide Djédjé, le ministre des Affaires étrangères du gouvernement post-électoral de Laurent Gbagbo, et bien d’autres.

En fait après l’arrestation de leur leader, certains soutiens de Gbagbo sont allés chercher protection auprès de l’Onuci. La mission des Nations unies a ensuite informé les nouvelles autorités ivoiriennes. Mais en logeant dans un hôtel réquisitionné par le gouvernement Ouattara, les cadres pro-Gbagbo sont, de fait, en résidence surveillée. Ils n’ont pas de liberté de mouvement, leur sécurité est assurée par des militaires de la nouvelle armée nationale et ceux de l’Onuci.

D’autres proches de l’ex-président, qui se sont rendus ou qui ont été capturés, sont à l’hôtel du Golf qui hébergeait le gouvernement Ouattara au complet depuis plus de quatre mois. Certains ont quitté cet hôtel ce samedi et été emmenés ailleurs comme les petits enfants de Laurent Gbagbo et leur mère. Quant aux responsables militaires arrêtés, eux, sont gardés dans des casernes. Et les miliciens capturés à Abidjan, s’ils ont la vie sauve, sont fait prisonniers et regroupés sur un terrain de l’hôtel du Golf.

Genèse d’une déclaration

Il y a, au départ, un appel pressant d’Alcide Djédjé, le ministre des Affaires étrangères du gouvernement post-électoral de Laurent Gbagbo, aux nouvelles autorités ivoiriennes, de faire cesser le harcèlement et parfois les violences dont seraient victimes les partisans de l’ex chef de l’Etat notamment dans l’ouest du pays.

Une demande formulée au téléphone au lendemain des affrontements ayant opposé, vendredi à Yopougon, les FRCI aux miliciens pro-Gbagbo, visiblement les jeunes patriotes. Un membre du gouvernement Ouattara aurait alors suggéré de façon appuyé aux responsables pro-Gbagbo de demander aux patriotes de déposer les armes.

Entendu dans un premier temps que le président du FPI allait s’exprimer devant la presse ivoirienne et internationale, les journalistes des médias étrangers se sont vus ensuite refuser l’entrée de la salle au profit de la seule caméra de la TCI. La télévision créée par Alassane Ouattara peu avant les élections.

Refusant de s’exprimer devant une seule caméra, Pascal Affi Nguessan a, par la suite, obtenu la présence des journalistes étrangers. En revanche, ils n’ont pas eu le droit de lui poser une seule question. Dans sa déclaration, Pascal Affi Nguessan appelle bien les patriotes à déposer les armes. Il s’est aussi adressé aux nouvelles autorités, leur demandant la libération de Laurent Gbagbo et de veiller à la sécurité de tous les Ivoiriens.

Pour Alain-Noel Dubart, Grand maître de la Grande Loge de France, l'opération militaire menée à Abidjan, a permis d'éviter une guerre civile

Après l'arrestation du président sortant, la Grande Loge de France s'exprime sur les évènements qui ont secoué le pays. Le grand maître de l'obédience a tout d'abord clairement exprimé le fait que la franc-maçonnerie se dévoyait en Afrique et ailleurs lorsqu'elle se confondait avec l'exercice du pouvoir politique. Il a rappelé que la Grande Loge de France réunit des hommes et des femmes attachés aux valeurs humanistes en dehors de toute idéologie politique ou religieuse.

Il y a eu des élections, il y a eu un président qui a été élu. A partir de là, il était incompréhensible que le président sortant fasse voter par son conseiller constitutionnel des dispositions annulant un certain nombre de votes que les observateurs internationaux avaient jugés valable.
Alain-Noel Dubart
10-10-2013 - Par Boniface Vignon

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