Au Maroc, un site internet pour participer à la réforme de la Constitution


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Les révoltes dans le monde arabe ne se jouent pas uniquement sur Facebook ou Twitter. Au Maroc, c’est sur un site de débat consacré à la réforme de la Constitution que les Marocains peuvent maintenant exprimer librement leur opinion. Son fondateur, Tarik Nesh-Nash, nous explique l’histoire de l’enclenchement de cette douce réforme.

Le vent de révolte qui a débuté en Tunisie a soufflé jusqu’au Maroc, mais Tarik Nesh-Nash de Tanger a rapidement senti que « le débat était trop fragmenté ». « Facebook et Twitter étaient très actifs au Maroc certes mais les conversations n’allaient pas plus loin que : faut-il manifester ou non ? Facebook n’est pas un outil de débat, les informations en disparaissent trop rapidement », explique-t-il.

Alors cet ingénieur de Tanger, ancien développeur chez Microsoft à Seattle et à Pékin, s’est associé à Mehdi Slaoui Andaloussi rencontré à Seattle pour penser http://reforme.ma. « J’avais le savoir technologique pour aider à contribuer au changement », souligne-t-il.

Après les manifestations marocaines du 20 février, le discours du roi, du 9 mars, a promis plus d’ouverture. Le roi appelait à la mobilisation marocaine et à l’ouverture de débats sur une réforme de la Constitution. Tarek avait vu juste ; il lançait dès le lendemain son site en quatre langues (français, anglais, espagnol et arabe). Samedi 23 avril, les résultats obtenus sur la plateforme « Reforme.ma » vont être présentés à Rabat devant la commission officielle de la révision de la Constitution.

130 000 visites depuis mars


En introduction de Reforme.ma, on peut lire : « Vous trouvez dans ce site les articles de la Constitution. Vous pouvez apporter vos propositions sur les modifications que vous considérez importantes. » La fréquentation -plus de 130 000 visites- provient à 75% du Maroc, et avec 70% d’internautes de moins de 34 ans. A la façon d’un « j’aime, j’aime pas », l’internaute peut ainsi voter sur les articles de la Constitution à débattre et dans un onglet « propositions » donner son avis sur une évolution juridique possible.

Les articles de la Constitution les plus débattus : le préambule, l’article 1 et l’article 19,  relatifs au statut de commandeur des croyants du roi. Mais d’autres contributions s’intéressent aussi à un possible changement de la nomination du Premier ministre ou à la suppression du statut d’impunité des parlementaires. Le chantier constitutionnel marocain 2.0 est ouvert. Mais Tarik Nesh-Nash est clair : « Tout a commencé avec la réforme de la Constitution mais cela ne finira pas avec. On veut un débat sur les réformes au Maroc et pas juste sur la Constitution ».

Par son originalité, le site a donné des idées à la Belgique, en pleine interrogation sur la réforme de son gouvernement, mais aussi aux Tunisiens. Pour la troisième fois au Maroc depuis le 20 février, un appel a été lancé sur Facebook pour de nouvelles manifestations dimanche 24 avril. La veille, « Reforme.ma » aura déjà apporté sa contribution au changement.