En matière d'énergie, l’Afrique mise sur le vert


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Plus de 30 pays africains étaient réunis, ce 21 avril 2011 à Paris, pour le démarrage de  « L’initiative Paris-Nairobi, de l'énergie propre pour l'Afrique ». Il s'agit de développer les énergies renouvelables dans les pays pauvres. L’Afrique, qui souffre d’un déficit énergétique, parie désormais sur les énergies vertes.

« Il y a urgence à doter l'Afrique d'une énergie moderne, fiable et propre qui est la clé du développement. Il faut rassurer les bailleurs de fonds et attirer les financements adéquats en prouvant qu'il est possible d'y monter des projets de qualité », a déclaré jeudi la ministre française de l'Ecologie, Nathalie Kosciusko-Morizet, à l'occasion du lancement de « L'Initiative Paris-Nairobi ». Dans les pays du Sud, plus de deux milliards d’êtres humains n’ont toujours pas accès à l’électricité, le recours aux énergies renouvelables devrait donc permettre de réduire ce déficit énergétique qui empêche les pays africains de se développer. Selon bon nombre d’experts, la croissance africaine serait plus forte de deux ou trois points si ce problème était résolu.

 
Cette initiative « Paris-Nairobi sur l'énergie propre pour l'Afrique » devrait permettre d'obtenir des fonds pour financer des projets sur le continent. Car du nord au sud, de l’ouest à l’est, bon nombre de pays parient sur les énergies renouvelables. En tête, on retrouve l’Afrique du Sud qui multiplie les projets dans ce domaine. Le pays compte investir 90 milliards de dollars dans les vingt prochaines années. Alors que le pays doit réduire sa dépendance au charbon, il veut multiplier par deux, sur la même période, sa production d’électricité. Le dernier projet sur les rails est le lancement d’un grand parc solaire d’une capacité de 5 000 mégawatts (MW). 
 
Le plan solaire marocain
 
Viennent ensuite les pays d’Afrique du Nord et notamment le Maroc. Les premières éoliennes ont été installées il y a dix ans, à Tétouan dans l’est du pays. Deux autres parcs basés à Tétouan et à Essaouira sur la côte atlantique ont depuis complété le dispositif. Le royaume s’est également équipé d’une centrale thermo-solaire (gaz naturel et énergie solaire) dans la région d’Oujda, dans l’est. Le Maroc s’est également lancé dans la production d’électricité d’origine photovoltaïque avec la construction de cinq centrales solaires à Ouarzazate, Foum el-Oued, Boujdour et Sebkha Tah. L’objectif : produire 2 000 MW à l’horizon 2020 sur près de 10 000 hectares, ce qui représente 18% de la production énergétique nationale actuelle. Le pays voisin, l’Algérie, a également lancé son programme de développement des énergies renouvelables. Le pays a investi 300 millions d’euros pour construire une usine de panneaux solaires avec le groupement allemand Centrotherm.
 
L’Afrique de l’Ouest dispose d’un vaste potentiel d’hydraulique, de solaire et d’éolien mais il est encore largement inexploité. Il permettrait de fournir 10% à 20% de l’approvisionnement en électricité dans la région. L’Afrique de l’Est est mieux lotie. En Ouganda et au Kenya, les besoins nationaux sont loin d’être satisfaits. C’est pourquoi ces deux pays ont de plus en plus recours aux énergies propres pour compléter la production d’électricité issue du charbon. Le Kenya est, à l’heure actuelle, le cinquième producteur au monde d’énergie éolienne. Nairobi a également mis en place des projets de centrale de cogénération comme celle de Mumias où les déchets de la canne à sucre sont brûlés pour faire de l’électricité. Il faut compter une tonne de canne à sucre pour un mégawatt d’électricité.
 
Des projets mais pas de financements
 
En Tanzanie et au Mozambique, de nombreux projets éoliens et solaires sont mis en place. En Ouganda, le barrage hydroélectrique de Bujagali devrait doubler la production d’électricité du pays d’ici 2012. Les entreprises, très demandeuses d’énergie dans les secteurs du BTP et de l’agro-alimentaire, devraient être les premières à en bénéficier. L’accès à l’énergie est, en effet, la question centrale du développement du continent africain.
 
Pour Pierre Radanne, expert en politiques énergétiques, il y a des choses possibles mais les développements sont très en retard par rapport aux capacités : « il y a de nombreuses ressources en Afrique. Il y a ainsi une capacité de production hydraulique en Afrique centrale, au Sénégal, au Niger ou bien encore en RDC avec les grands fleuves, mais compte tenu des difficultés, ces projets ne trouvent pas de financements. Les grandes agences internationales  sont  peu mobilisées sur ce sujet et les investisseurs ne viennent pas. La privatisation des compagnies électriques africaines a eu un effet repoussoir sur les investisseurs ».
 
Pour en savoir plus:

 

L’observatoire des énergies renouvelables http://www.energies-renouvelables.org/

L’Agence internationale de l’énergie (AIE) http://www.iea.org

IFP Énergies Nouvelles (IFPEN) (l’ancien Institut français du pétrole)
http://www.ifpenergiesnouvelles.fr/