L'envoi de conseillers militaires en Libye divise les observateurs

Les soldats français de la base aérienne de Nancy ont été sollicités pour des raids aériens contre les forces de Mouammar Kadhafi.
© AFP/FREDERICK FLORIN

En Libye, les rebelles vont recevoir le soutien de conseillers militaires. Mais cette décision de la France, de l'Italie et de la Grande-Bretagne fait grincer quelques dents au plan diplomatique. Si Washington soutient cette initiative, la Russie désapprouve. Les conséquences d'un tel geste sont « imprévisibles » pour le chef de la diplomatie russe, Sergueï Lavrov.

Moscou a payé pour le savoir en Afghanistan dans les années 1980 comme le rappelle Sergueï Lavrov : « On commence par envoyer des instructeurs, et ensuite cela dure pendant des années en faisant des milliers de morts de chaque côté ».

Un risque d'enlisement dont la coalition occidentale a bien évidemment pris acte. Et c'est justement parce que la rébellion libyenne ne fait visiblement pas le poids face aux troupes de Kadhafi malgré un mois de pilonnage aérien que Paris, Londres et Rome ont décidé de dépêcher des conseillers militaires en renfort.

L'Italie promet une dizaine d'instructeurs aux insurgés. Une petite vingtaine de militaires britanniques devraient les rejoindre. Des officiers français sont déjà sur place aux côtés du commandement militaire rebelle du Conseil national de transition, basé à Benghazi.

Son président, Moustapha Abdeljalil, était invité mercredi 20 avril à Paris par le président Sarkozy. Il a plaidé pour une intensification des frappes des avions de chasse de l'Otan. A charge désormais pour les conseillers occidentaux de mieux les guider vers leurs cibles.

Il s'agit bien d'une action au sol mais Paris assure rester dans le cadre onusien, qui exclut une intervention terrestre. Washington appuie cette nouvelle initiative mais reste prudemment à l'écart de l'action militaire de la coalition.

LE ROLE DES CONSEILLERS MILITAIRES OCCIDENTAUX EN LIBYE

En l'espace de 24 heures, Londres, Paris et Rome ont annoncé l'envoi d'instructeurs militaires en Libye alors que pointe, depuis les premiers raids aériens il y a un mois, la menace d'un enlisement. Les chancelleries occidentales ont été avares en détail sur les contours précis de leurs missions. Elles affirment qu'il ne s'agit en aucun cas d’invasion terrestre.

Dans un premier temps, les conseillers militaires vont sans doute œuvrer pour optimiser les raids alliés. Ils joueront un rôle en matière logistique, technique et organisationnelle.

Le Quai d'Orsay comme le Foreign Office se refugient derrière ces termes vaporeux pour minimiser la portée de la mission des équipes dépêchées auprès du Conseil national de la transition.

Ces conseillers, ou « officiers de liaison » (pour reprendre l'appellation pudique de Paris) étofferont les équipes déjà présentes à Benghazi pour coordonner les actions des insurgés et des alliés.

Il est fort probable, selon des analystes, qu'elles assument aussi des missions de guidage de tirs. Les insurgés se sont procurés du matériel de communication utile pour le guidage mais, selon les experts, il faut bien deux ans pour devenir un bon « Jetak », ou officier de guidage de tirs.

Ces contrôleurs aériens avancés peuvent optimiser les frappes aériennes contre des objectifs mobiles, permettre des raids plus précis, et amoindrir ainsi les dégâts collatéraux. Ils peuvent donc se rendre très utiles, car les blindés des forces loyales à Mouammar Kadhafi sont souvent logés dans des quartiers d'habitation.

Des critiques en revanche signalent que ce guidage ne sera d'aucune aide aux insurgés de Misrata, qui est le théâtre de combats de rue où les mortiers et les tireurs embusqués auront le dernier mot.

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