Côte d'Ivoire: Yopougon est désormais sous le contrôle des FRCI


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En Côte d'Ivoire, c'est officiel depuis hier, mercredi 4 mai 2011, Yopougon est désormais sous le contrôle des FRCI (Forces républicaines de Côte d'Ivoire). Ces dernières semaines, la plus grande commune d'Abidjan, majoritairement favorable à Laurent Gbagbo, a été le théâtre de violents affrontements entre les miliciens et les soldats armés par le régime déchu et les forces pro Ouattara. Les FRCI sont donc venues à bout de la résistance des dernières forces pro-Gbagbo présentes à Abidjan.

C'est mercredi 4 mai en fin de matinée que les Forces républicaines ont conquis les derniers bastions tenus par les soldats et miliciens fidèles à Laurent Gbagbo, en premier lieu la base navale de Lokodjro située au bord de la lagune. Pour féliciter ses hommes et leur demander de poursuivre leur mission de sécurisation d'Abidjan, Guillaume Soro s'est d'ailleurs rendu mercredi à la mi-journée à Yopougon. Depuis, les FRCI mènent des opérations de ratissage, principalement dans le sud de cette immense commune, pour tenter de retrouver des caches d'armes et débusquer les combattants pro-Gbagbo.

Ces opérations ne se font pas toujours sans violence puisque les soldats pro-Ouattara entrent le plus souvent avec fracas dans les maisons et certains habitants ne cachent pas leur peur d'être pris pour cible en raison de leur appartenance communautaire. La fin des combats permet par ailleurs de prendre la mesure de l'horreur qui a frappé Yopougon. Les cadavres qui jonchent les rues se comptent par dizaines. Hier mercredi, les équipes de la Croix-Rouge avaient déjà ramassé plus de 60 corps mais le bilan humain risque de s'avérer bien plus lourd. La vie a repris dans plusieurs quartiers mais la mort est partout. Des charniers et des fosses communes sont peu à peu découverts et selon des habitants de Yopougon, les crimes sont imputables à toutes les forces combattantes.

« Le serpent n'est pas mort »

Yopougon est donc désormais aux mains des FRCI mais il reste encore des poches d'instabilité dans le pays. En effet, mercredi matin des combats ont éclaté à Dabou, à une petite cinquantaine de kilomètres à l'ouest d'Abidjan. Ces affrontements semblent en fait totalement liés à la situation à Yopougon puisque d'après les informations que RFI a pu obtenir, ce sont en fait des mercenaires libériens ayant fui Abidjan qui ont fait le coup de feu avec les FRCI. Depuis ces combattants libériens seraient partis se cacher en brousse, traqués par les soldats pro-Ouattara. Ces derniers assurant avoir mis en place un dispositif pour empêcher les mercenaires de regagner leur pays.

Les affrontements de grande envergure sont terminés mais pour autant au sein des nouvelles autorités, certains estiment que la guerre n'est pas finie et que les risques de déstabilisation perdurent. Mercredi, un cadre du RHDP, joint par RFI, ne cachait pas son inquiétude. « Le serpent n'est pas mort, une rébellion ou une tentative de coup d’Etat peut encore éclater et ce n'est pas pour rien si Laurent Gbagbo n'a pas voulu lancer un appel à désarmer lorsqu'il a reçu les elders », confiait cette source sous couvert d'anonymat.

Selon nos informations, Guillaume Soro et son entourage s'activent actuellement pour que les officiers et les caciques du régime déchu signalés au Ghana, reviennent au pays sans intention belliqueuse. Lundi, le Premier ministre a d'ailleurs fait un voyage éclair à Accra et d'après l'un de ses proches, les discussions en privé avec John Atta Mills avaient un objectif prioritaire : que le Ghana ne devienne pas une base arrière servant à la déstabilisation des nouvelles autorités ivoiriennes. Si ces dernières s'inquiètent de troubles potentiels venant du voisin oriental, elles ne sont pas non plus rassurées par la situation à l'ouest du pays. D'après une bonne source, des pontes de l'ancien régime disposent encore de fonds pour financer des mercenaires libériens et des miliciens de la région. Bref, l'euphorie de l'arrestation de Laurent Gbagbo est retombée et les tracas sécuritaires pour le nouveau pouvoir ne font que commencer.

Première audition de Laurent Gbagbo

Et c'est donc dans ce contexte que vendredi doit commencer l'audition de Laurent Gbagbo à Korhogo. Après un premier report, elle avait initialement été prévue pour hier mercredi, l'audition de l'ex-président devrait en effet commencer ce vendredi. Le procureur de la République, Simplice Koffi, que nous avons pu joindre dans la journée de jeudi, était en route pour Korhogo accompagné d'officiers de police judiciaire et de la gendarmerie et il a confirmé que demain vendredi il rencontrera Laurent Gbagbo sur le lieu de son assignation à résidence. Pour ce premier interrogatoire, le président déchu sera-t-il assisté de ses avocats ? Cela est fort possible. Aujourd'hui, plusieurs membres du barreau parisien mandatés par la famille Gbagbo se préparaient à s'envoler pour Abidjan.

Quoi qu'il en soit les enquêtes préliminaires menées par la justice ivoirienne devraient aller vite. Mercredi, selon nos informations, le procureur de la République a déjà entendu dans un hôtel d'Abidjan l'ancien Premier ministre Aké Ngbo, l'ex-ministre de l'Economie Désiré Dallo et celui de la Défense Michel Amani Nguessan. Demain vendredi ce sera donc autours de Laurent Gbagbo d'être entendu sur les crimes et délits commis durant la période post-électorale. Si le calendrier est tenu, samedi ce sera Simone Gbagbo à Odienné et en début de semaine, le procureur devrait se rendre à Katiola où sont assignés à résidence d'autres caciques de l'ancien régime.

Alors si la justice ivoirienne est saisie, la justice internationale pourrait l'être aussi dans les jours prochains. Alassane Ouattara et son gouvernement ont fait savoir qu'ils voulaient que tous les crimes contre l'humanité commis sur le sol ivoirien soient jugés par la CPI. Mardi, le procureur de la Cour pénale internationale a indiqué que ses services préparaient une demande au tribunal pour ouvrir une enquête concernant des massacres en Côte d'Ivoire.