Un nouveau plan d’action pour les pays pauvres


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La 4eme conférence des Nations unies sur les pays les moins avancés (PMA) s’est ouverte, lundi 9 mai 2011, à Istanbul en Turquie. Pendant cinq jours, cette conférence réunit les représentants de ces pays, des bailleurs de fonds et des organisations internationales. Avec pour objectif : définir un nouveau programme d’action de dix ans en faveur des PMA.

En 1971, lors de leur constitution, les pays les moins avancés en matière économique, sanitaire et scolaire étaient au nombre de 25. On compte aujourd’hui 48 PMA, dont 33 en Afrique, 14 en Asie plus Haïti dans les Caraïbes. Près de 900 millions de personnes vivent dans les PMA, soit 12% de la population mondiale. Il y a dix ans, la réunion de Bruxelles avait défini une stratégie pour ces pays les plus vulnérables de la planète. La communauté internationale réunie à Istanbul a une semaine pour tirer le bilan et définir un nouveau plan d’aide sur les dix prochaines années. 

Malgré une forte croissance économique  - 7% par an en moyenne -, la pauvreté a globalement augmenté dans les PMA ces dernières années. Les trois-quarts de la population vivent avec moins de deux dollars par jour. Dans ce contexte, le secrétaire général des Nations unies Ban Ki-moon,qui préside cette conférence, a fixé plusieurs priorités.
 
Volatilité des prix des produits de base
 
Tout d’abord, le soutien à l’agriculture qui emploie 70% de la population. Cela passe par plus d’investissements mais aussi par la construction de marchés locaux pour stimuler la production, comme le souligne Serge Michailof, professeur à Science-Po Paris et spécialiste des questions de développement : « Le développement de l’agriculture n’est pas seulement un problème d’aide extérieure, c’est avant tout un problème de politique agricole. Il est très difficile de sortir de la situation actuelle où les pays dépendent d’exportations à bas prix qui viennent de pays occidentaux. L’aide à l’agriculture représentait près de 18% de l’aide internationale dans les années 1980. Aujourd’hui, elle représente moins de 4%. C’est un domaine abandonné par les pays riches, alors que les trois-quarts des pauvres vivent dans les campagnes ».
 
Deuxième priorité, selon Ban Ki-moon, la diversification des économies. Trop de PMA ont leurs économies basées sur l’agriculture et l’extraction minière. Peu sont parvenues à diversifier leurs activités, ce qui les rend hautement vulnérables aux fluctuations des prix des matières premières. Selon les derniers chiffres de l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), les prix alimentaires mondiaux ont battu en 2011 tous les records de hausse. L’indice de la FAO qui mesure chaque mois la variation des prix de 55 produits de base incluant céréales, huiles, produits laitiers, viandes et sucre a ainsi atteint 232 points en avril 2011. Un niveau au-dessus du record à 213 points atteint en juin 2008. Des augmentations très inquiétantes qui rappellent la situation d’il y a trois ans, lors de la crise alimentaire.
 
L’aide, un investissement avisé, selon Ban Ki-moon
 
Enfin, cette réunion à Istanbul devrait aborder la question des engagements  financiers promis par les pays riches et les fonds, effectivement décaissés ou non. A l’heure actuelle, moins de dix pays atteignent l’objectif de consacrer 0,15% de leur richesse nationale à l’aide aux PMA. Les montants actuels de l’aide aux PMA ont certes augmenté mais ils ne sont pas à la hauteur de l’aide promise comme l’explique Serge Michailof : « Il y a une promesse du G8 de 2009 de 20 milliards d’aide pour la sécurité alimentaire. Si l’on arrive à mobiliser 5 à 6 milliards dans les années à venir, ce serait déjà une somme conséquente. Le G20 de Pittsburg avait décidé d’un fonds qui devait être doté, en principe, de 900 millions. Les Américains qui s’étaient engagés à en verser la moitié, n’en ont décaissé que moins de 70 millions ».
 
C’est pourquoi le secrétaire général des Nations unies a annoncé que l’ONU allait mettre en place des mécanismes de contrôle de l’application des promesses d’aide faites par les pays donateurs. « Nous avons reçu des engagements très généreux dans le passé, mais tous n’ont pas été suivis d’effets. L’ONU va désormais contrôler les rapports de progrès et l’application des engagements », a expliqué Ban Ki-moon. Une aide qui n’est pas de la charité, mais un investissement avisé : « Investir dans les PMA peut fournir le stimulus qui va aider à pérenniser la reprise économique », a indiqué Ban Ki-moon. Et de citer notamment l’accroissement des capacités de production des PMA, le commerce, l’allègement de la dette, les investissements directs étrangers et les transferts de technologie.
 
Pour en savoir plus :

L’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO)
http://www.fao.org

Les Nations unies
http://www.un.org/fr/