Les rapports ambigus de François Mitterrand avec l'Afrique

François Mitterrand.
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Le 10 mai 1981, François Mitterrand était élu président de la République. La gauche accédait à l'Elysée pour la seule et unique fois sous la 5ème République. Un choc en France, mais aussi dans beaucoup de pays africains. Trente ans après, que reste-t-il de Mitterrand en Afrique ?

Le 10 mai 1981, beaucoup de dictateurs africains ont pris peur. « Fini, le parapluie français », se sont-ils dits. En réalité, leur inquiétude n'a duré que dix-huit mois, le temps que Mitterrand se débarrasse de son jeune ministre Jean-Pierre Cot, écoeuré par la persistance de toutes les petites combines de la Françafrique.

Au fond, Mitterrand, l'homme de gauche, a fait une politique étrangère de droite. Aussi bien avec l'Américain Reagan qu'avec le Marocain Hassan II ou l'Ivoirien Houphouët. Priorité aux intérêts immédiats de la France, et tant pis pour les droits de l'homme. Guy Penne et Jean-Christophe Mitterrand, qui ont occupé successivement le poste de «Monsieur Afrique» à l'Elysée,  ont fait du Jacques Foccart * sans Jacques Foccart.

Complexe de Fachoda

Ce n'est qu'après la chute du Mur de Berlin et la conférence nationale du Bénin que Mitterrand a commencé à comprendre que les Africains n'en pouvaient plus de leurs présidents fondateurs et de leurs partis uniques. D'où le discours de la Baule**, en juin 1990 : « L'aide sera liée aux efforts accomplis pour aller vers plus de liberté ».

Mais quatre mois plus tard, le même Mitterrand envoie des troupes au Rwanda pour défendre le régime Habyarimana. Un jour, dans Le Figaro, il lâche : « On ne peut quand même pas laisser les Anglo-Saxons nous chasser de la région des Grands Lacs ».

Bref, en Afrique, Mitterrand est resté animé par le complexe de Fachoda. C'est toute la duplicité du personnage, un coup moderne, un coup XIX° siècle.


*Jacques Foccart, fut le secrétaire général de l'Élysée aux affaires africaines et malgaches de 1960 à 1974 du général de Gaulle, puis de George Pompidou. Il fera un bref retour lors de l'arrivée de Jacques Chirac au poste de Premier ministre de François Mitterrand, en 1986. 

**Ce discours a coïncidé avec l'avènement du multipartisme dans de nombreux pays africains francophones.