Soudan : la communauté internationale condamne la prise de la ville d'Abyei par l'armée nordiste


©

Le Conseil de sécurité de l'ONU a condamné le 22 mai l'opération militaire de l'armée nordiste à Abyei et appelé au «retrait immédiat» des troupes de Khartoum de cette région. Le gouvernement du Sud-Soudan, les Etats-Unis, l'Union européenne, tous exigent aussi que les troupes d'Omar El-Béchir se retirent de la zone. Samedi, après de violents combats, l'armée soudanaise (nordiste) a pris le contrôle de la ville d'Abyei, qui connaît une recrudescence des violences depuis le référendum en janvier sur le Sud-Soudan et l'écrasante majorité en faveur de la sécession de cette région qui doit devenir un Etat indépendant le 9 juillet.

Omar El-Béchir peut se vanter en interne d'une victoire militaire mais il doit aujourd'hui supporter une salve de condamnations de la communauté internationale. Depuis dimanche matin, les communiqués se succèdent et la dénonciation est unanime.


La mission des Nations unies au Soudan condamne l'offensive militaire de l'armée du Nord-Soudan dans la région d'Abyei. L'ONU demande aux deux parties de retourner à la table des négociations pour réactiver les accords de paix dits de Kadogli.
Kouider Zerrouk
10-10-2013

A l'unisson, Ban Ki-moon, le secrétaire général des Nations unies, l'Union européenne, Washington, Londres ou Paris demandent le retrait immédiat de l'armée soudanaise de la zone d'Abyei et le respect d'un accord de paix globale violé par cette offensive.

Visiblement soucieux d'éviter les critiques de leurs puissants visiteurs, le ministre soudanais des Affaires étrangères et le vice-président n'ont pas participé aux rencontres prévues hier à Khartoum avec la délégation d'ambassadeurs auprès du Conseil de sécurité. Le premier a prétexté des problèmes de santé alors qu’Ali Osman Taha a fait savoir qu'il était tenu par d'autres engagements.

Des justifications qui manifestement n'ont pas convaincu Susan Rice. Selon l'ambassadrice américaine aux Nations unies, la crise est très inquiétante et le gouvernement soudanais a de manière regrettable manqué une opportunité de partager ses vues avec le Conseil de sécurité.

Pour son homologue russe, quoi qu'il arrive, l'essentiel est préservé car le 9 juillet la République du Sud-Soudan deviendra indépendante. Seulement, les derniers évènements laissent craindre que le divorce ne se fera pas à l'amiable.

Situation sur le terrain

Selon Rachid Saïd, journaliste soudanais, Khartoum n'attendait que la première occasion pour prendre Abyei. Une attaque prévisible pour peser dans les négociations qui viennent de s'ouvrir à Addis-Abéba sur l'avenir d'Abyei et sur celui des deux pays.

L'attaque de Khartoum était prévisible et son objectif vise à se mettre en position de force dans les négociations qui viennent de s'ouvrir en Ethiopie sur Abyei.Le Sud-Soudan n'a pas les moyens aujourd'hui de récupérer Abyei par la force.
Rachid Saïd
10-10-2013 - Par Olivier Rogez

Le Sud-Soudan doit trouver une solution politique, sinon, il y aura un risque de conflit. C'est une action stupide.
Den Arop Kulol
10-10-2013 - Par Olivier Rogez
Den Arop Kuol, chef de l'administration de la région d'Abyei estime que le Sud-Soudan doit trouver une solution politique, sinon, il y aura un risque de conflit.

 

Depuis la prise d'Abyei samedi, des milliers de civils ont fui la zone pour éviter les combats et l'avancée de l'armée nordiste. Une zone très convoitée pour son pétrole où le calme serait revenu dans la journée de dimanche, mais l'organisation Médecins sans Frontières a du fermer sa clinique sur place.Témoignage de Gustavo Fernandez, responsable des programmes de MSF pour Abyei.

L'essentiel de la population a fui entre vendredi soir et samedi matin. Cela représente selon nos estimations environ 20.000 personnes. Il y a eu un vaste mouvement de population sur Agok mais ce dimanche, nous avons pu constater que les gens, par peur d'une extension du conflit, quittaient cette ville et se dirigeaient plus au sud.
Gustavo Fernadez
10-10-2013 - Par Cyril Bensimon

Option militaire : les raisonsd'El-Béchir

Quelle mouche a piqué Omar El-Béchir ? C’est la question qui occupe les diplomates après l’offensive-éclair des troupes nordistes sur la région d’Abyei. Dans les chancelleries occidentales, on savait que l’avenir de cette province serait l’objet d’une âpre bataille diplomatique. Mais peu pensaient que Khartoum choisirait aussi brutalement l’option militaire.

Washington a réagi avec virulence, exigeant un retrait des troupes nordistes de la ville d’Abyei, et prévenant qu’un refus pourrait mettre à mal le processus de normalisation entre les deux pays. Car depuis le référendum d’autodétermination du Sud, les Etats-Unis montrent plus de souplesse envers le Nord, et négocient une possible levée de l’embargo.

Les Américains pensaient sans doute que cette carotte suffirait à calmer Omar El-Béchir, mais celui-ci est affaibli par le référendum et il doit sans doute donner des gages à l’aile dure de son parti, le Nsipi. C’est du moins l’analyse d’un diplomate onusien qui ne s’explique pas autrement la brutalité de l’attaque soudanaise.

Reste que le coup de poker d’Omar El-Béchir vise sans doute à obtenir davantage dans le grand marchandage qui se joue actuellement quant à l’avenir d’Abyei et à la redistribution de la rente pétrolière. Karthoum qui a du se résoudre à laisser le Sud devenir indépendant semble désormais décidé à se battre bec et ongles contre tout accord qu’il jugerait défavorable à ses intérêts.