Republier
Inde

L’Inde affirme sa présence en Afrique


©

Le second sommet Afrique-Inde a démarré ce 24 mai à Addis-Abeba, en Ethiopie. Pour alimenter sa croissance, l’Inde est déterminée à renforcer son implantation économique sur le continent africain, riche en pétrole, en matières premières et en potentialités commerciales. Les gouvernants indiens multiplient l’organisation de rencontres politiques censées dessiner le cadre d’un partenariat stratégique et le secteur privé avance ses pions sur le continent.

La croissance exceptionnelle que le monde a connue, avant la crise mondiale, a permis aux pays africains de connaître des taux de croissance substantiels - surtout les pays producteurs d’hydrocarbures - et a placé sur le devant de la scène économique les pays émergents, notamment la Chine, l’Inde et le Brésil ainsi que leurs excédents commerciaux. Leurs besoins en pétrole, en minerais ou en céréales ne cessent de croitre et la ruée vers les richesses de l’Afrique ne s’est pas fait attendre.

Le gouvernement indien crée un partenariat stratégique avec l’Afrique

Avec une croissance supérieure à 8 % ; 1,2 milliard d’habitants, des importations d’acier qui ont triplé en cinq ans et 70 % de la consommation pétrolière du pays achetée à l’étranger, la machine économique indienne fait face à des besoins économiques colossaux. L’Inde s’efforcera dorénavant de sécuriser ses approvisionnements pour sauvegarder son développement.

Ce n’est que récemment que les gouvernants indiens ont pris conscience que l’ Afrique pouvait, en partie, les satisfaire. Depuis, ils organisent de multiples rencontres politiques censées dessiner le cadre d’un partenariat stratégique. C’est ainsi qu’en octobre 2007, le Premier ministre Manmohan Singh s’est rendu au Nigeria ( premier producteur de pétrole de l’Afrique Sub-saharienne, devant l’Afrique du Sud et premier partenaire de New Delhi en Afrique de l’Ouest). Ce fut la première visite d’un chef du gouvernement indien en Afrique depuis celle de Jawaharlal Nehru, en 1962 ! Il y a eu ensuite le premier sommet Inde-Afrique, en avril 2008, à New Dehli, auquel ont participé quatorze chefs d’Etat ou de gouvernement du continent. Fin mars 2009,c’est un forum Afrique centrale-Inde qui s’est tenu à Brazzaville. Et ce mois de mai, le deuxième sommet Inde-Afrique à Addis Abeba, en Ethiopie, siège de l’Union Africaine. A cette occasion, le Premier ministre indien a fait savoir qu’il effectuera les 26 et 27 mai une visite de travail en Tanzanie, au cours de laquelle des accords de coopération pourraient être signés entre les deux pays.

Le secteur privé indien convoite les richesses agricoles et minières du continent africain

La petite communauté indienne s'est beaucoup engagée dans la lutte contre l'apartheid.

A Durban, il y un centre commercial indien, l'Oriental Plaza
25-05-2011

Le secteur privé indien n’a pas attendu que le gouvernement crée un partenariat stratégique avec l’Afrique pour s’y lancer. Les investissements indiens en Afrique sont pour la plupart privés. Les entreprises du pays avancent leurs pions et jouent, depuis plus longtemps, la carte africaine. En cinq ans, elles ont acquis quatre-vingts sociétés dans des secteurs très variés et depuis 2005 elles ont investi 16 milliards de dollars.
Les sociétés indiennes misent également sur l’Afrique comme un relais de croissance à moyen et à long terme et sont très attirées par la montée d’une classe moyenne en Afrique. Selon les derniers chiffres de Proparco, la branche de l’Agence française de développement (AFD) destinée au secteur privé, les consommateurs africains solvables seront 132 millions en 2020 et dépenseront quelque 584 milliards de dollars.

L’omniprésent groupe Tata est le fer de lance de la stratégie africaine de l’Inde depuis les années 1960. Il y a investi récemment plus d’un milliard de dollars dans les télécommunications, dans l’automobile au Kenya, en Zambie, en Algérie… Les implications de ces investissements qui, sur le plan urbain - notamment avec la modernisation des autobus – et sur le plan des transferts de savoir-faire ont été salués par le président sénégalais, Abdoulaye Wade.

Airtel, la marque commerciale du groupe indien Bharti , le leader de la téléphonie mobile en Inde, se positionne désormais come le troisième plus grand opérateur mobile sur l’ensemble du continent, derrière le sud-africain MTN (90 millions d’abonnés) mais devant le groupe français Orange (50 millions). Son réseau, présent, dans dix-sept pays africains parie sur un boom du portable

Le laboratoire phamaceutique Cipla et ses médicaments génériques qui soignent de l’impuissance sexuelle au diabète, en passant par le sida ont changé la santé dans des pays comme l’Ouganda, Togo, Cameroun, Nigéria et autres pays du continent.

Autre exemple : Karututi Global, l’un des des leaders mondiaux de la productions de roses et qui s’apprête à lever plus de 100 millions de dollars pour louer des terres en Ethiopie et produire des denrées alimentaires pour le marche est-africain.

En clair, les groupes indiens veulent se positionner comme une alternative à la Chine en apportant, outre le capital, le savoir-faire. Ils sont dans une démarche de production locale avec, à la clé, des créations d’emplois. Par ailleurs, les entreprises indiennes sont convaincues de pouvoir reproduire en Afrique leur modèle très efficace de production à bas coût. Et contrairement aux entreprises chinoises, les entreprises indiennes s’implantent généralement en partenariat avec des entreprises africaines – une approche souvent jugée plus constructive que la stratégie chinoise.

La conquête du marché africain doit passer par davantage de négociations d’Etat à Etat

Les échanges commerciaux entre l’Inde et l’Afrique ont représenté 31 milliards de dollars en 2009-2010, contre 126,9 milliards de dollars entre la Chine et ce continent l’an dernier. L’Inde a compris qu’elle ne peut se limiter à privilégier les investissements privés et s’inquiète des positions de plus en plus fortes conquises par les Chinois en Afrique, à coups d’investissements massifs. Il lui faudra, comme la Chine, se placer de plus en plus sur des grands projets comme la construction de routes, de raffineries et y inclure le modèle chinois basé essentiellement sur : infrastructures contre pétrole et minerais. L’Inde a d’ailleurs déjà commencé à le faire avec sa décision de créer, pour la première fois, un fonds souverain destiné à financer les acquisitions de la société publique Oil an Natural Gas Corporation (ONGC) à l’étranger, notamment en Afrique. Dans le viseur du sous-continent : l’or noir de l’Angola (l’autre géant pétrolier du continent où le gouvernement indien a annoncé des projets de raffinage), du Soudan et de l’Ouganda (lac Albert).

Un autre engagement du gouvernement indien concerne la mise en place d’un régime de préférence tarifaire en faveur des trente-quatre pays les moins développés du continent africain. Cet accès préférentiel au marché indien bénéficie à des produits comme le diamant, le coton, le cacao, l’aluminium et le cuivre. Soit 92,5% des exportations des pays concernés. En contre partie, et ainsi soutenues par le gouvernement indien, de plus en plus d’entreprises indiennes acquièrent des terres fertiles en Afrique pour y développer des cultures intensives qui approvisionneront l’Inde. Plusieurs d’entre elles ont obtenu des baux sur des terres éthiopiennes, kenyanes et malgaches pour produire tout sorte de cultures vivrières, notamment du riz, de la canne à sucre, du maïs, des pois, des oléagineux, du thé et des légumes. Cela va sans dire que ce phénomène soulève, entre autres problèmes pour les populations locales, des questions éthiques et environnementales. Les défenseurs de l’environnement craignent notamment qu’une agriculture hautement intensive produise des sols dévastés, assèche les nappes phréatiques et mette à mal l’équilibre écologique par l’abus de produits chimiques.

Enfin, et contrairement à la Chine, l’Inde peut s’appuyer en Afrique sur une présence ancienne, liée à une histoire partagée sous le colonisateur britannique, et à la solidarité née de la décolonisation et du mouvement des non-alignés dans les années 60 et 70. Cette solidarité politique trouve actuellement un écho puisque l’Inde et l’Afrique du Sud sont tous deux candidats à un siège permanent au Conseil de sécurité de l’ONU, au nom de la nécessaire représentation des puissances économiques.
 

Republier ce contenu

Vous êtes libres de republier gratuitement cet article sur votre site internet. Nous vous demandons de suivre ces Règles de base

Le Partenaire s'engage à ne pas porter atteinte au droit moral des journalistes. A ce titre, le Contenu devra être reproduit et représenté par le Partenaire tel qu'il a été mis à disposition par RFI, sans modifications, coupures, ajouts, incrustations, altérations, réductions ou insertions

Ajoutez cet article à votre site Web en copiant le code ci-dessous.