Le bassin forestier du Congo au cœur du premier sommet sur la forêt tropicale


©

Le premier sommet des pays des trois bassins forestiers tropicaux d’Amazonie, du Congo et de Bornéo-Mékong se déroule à Brazzaville, en République du Congo, ce mardi 31 mai jusqu’au 4 juin prochain. Le Bassin du Congo est la deuxième forêt tropicale de la planète après l’Amazonie.

Avec ses 250 millions d’hectares de superficie, dont 57% en République démocratique du Congo et 10% au Congo-Brazzaville, le Bassin du Congo est le second poumon écologique du monde. Il regroupe l’Angola, le Burundi,

le Cameroun, le Congo-Brazzaville, le Gabon, la Guinée équatoriale, la République centrafricaine, le Tchad, la République démocratique du Congo, le Rwanda et São Tomé et Principe.

Les forêts tropicales du Bassin du Congo

Comparées à d’autres forêts tropicales, les forêts du Bassin du Congo sont relativement intactes. Cependant, si la déforestation et la dégradation de la faune se poursuivent à un rythme accéléré, les forêts du Bassin du Congo pourraient connaître une destruction de même ampleur que celles survenues pour les forêts de l’Afrique de l’ouest et celles de l’Asie du sud-est.

Dans une étude publiée par la FAO ( l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture) sur l’état des ressources forestières dans le monde, l’Afrique centrale représente 37% de la superficie forestière totale, en 2011. Les stocks de carbone ont également été évalués afin d’analyser les tendances dues aux changements climatiques. La gestion durable, le repeuplement et la remise en valeur des forêts peuvent en effet contribuer à la conservation et à l’accroissement des stocks de carbone. En ce qui concerne le carbone dans la biomasse forestière à l’échelle mondiale, l’apport de la région africaine est de 21% et la réserve la plus importante de carbone forestier se trouve en Afrique centrale. Le volume le plus élevé de la région est celui de la Côte d’Ivoire (177 tonnes par hectare) suivie de la République du Congo. La FAO précise également qu’à l’exception de l’Afrique du Nord, toutes les sous-régions ont connu une baisse des stocks de carbone forestier entre 1990 et 2010 en raison de la perte de superficie forestière.

Diminution de la superficie de la forêt primaire dans le Bassin du Congo

Est classée comme forêt primaire, la superficie forestière composée d’espèces indigènes où aucune trace d’activité humaine n’est clairement visible et où les processus écologiques ne sont pas perturbés. Selon la FAO, environ 10% de la superficie forestière totale de l’Afrique figure comme forêt primaire. Un chiffre toutefois qui pourrait se situer en dessous de la réalité car en effet, les chiffres sur cette catégorie ne sont pas toujours communiqués. C’est le cas du Cameroun et de la République démocratique du Congo. D’autres pays se voient enregistrer une perte de forêt primaire dû, pur une large part à une reclassification de ces forêts en « autres forêts naturellement régénérées » en raison d’une exploitation sélective ou encore en raison d’autres interventions humaines, durant la période de notification.

Meilleure conservation de la biodiversité et diminution des forêts affectées à la production de bois

La région de l’Afrique centrale affiche néanmoins une augmentation de la superficie forestière affectée à la conservation de la biodiversité et enregistre également, au cours des 20 dernières années une diminution considérable, entre 2000 et 2010, de l’étendue des forêts affectées à la production de bois et de Produits forestiers non ligneux (PFNL).
Une diminution valable pour l’ensemble de la région et pour laquelle ont contribué certains pays, comme par exemple le Gabon.

Mais ce ne fut pas le cas de tous vu que, par exemple le Cameroun, a affiché l’accroissement le plus important de la superficie forestière affectée à la production au cours des dix dernières années, en raison de la réaffectation récente de concessions forestières, de forêts communautaires et communales et de réserves cynégétiques. Le Gabon, par contre, a changé sa législation forestière en 2001 et procédé à une réaffectation des fonctions de ses forêts, ce qui a entraîné une diminution de près de la moitié de la superficie des forêts de production gabonaises.

L’importance de conserver ces forêts finalement reconnue

La protection de la forêt tropicale a seulement démarré sérieusement dans les années 1980, quand l’exploitation forestière industrielle a commencé à se déplacer des zones côtières vers l’intérieur des terres, augmentant et exacerbant les menaces sur les forêts.

Une approche régionale intégrale s’est par la suite développée notamment avec le programme ECOFAC – programme de conservation de valorisation des écosystèmes fragilisés d’Afrique centrale – financé par la Commission européenne et qui a démarré en 1992. Dans sa stratégie régionale, ce programme s’est focalisé dans la conservation de la biodiversité et plus particulièrement des aires protégées.

Pendant la même période, les pays d’Afrique centrale intensifièrent leurs efforts de coordination régionale dans le but d’assurer la conservation de la biodiversité et la gestion durable des forêts à travers tout le bassin du Congo. Une volonté de collaboration qui fut entérinée dans la Déclaration de Yaoundé, au Cameroun, de 1999.

D’autres initiatives tout aussi importantes sont venues s’ajouter, comme le Partenariat pour les forêts du Bassin du Congo (PFBC) en 2002. Un nouveau partenariat qui devait offrir un appui international à la réalisation des objectifs de la Déclaration de Yaoundé. Les objectifs du PFBC comprennent, entre autres, le développement économique, la lutte contre la pauvreté ; l’amélioration de la gouvernance ; la conservation des ressources naturelles à travers l’appui à un réseau d’aires protégées et à travers de concessions d’aires forestières bien gérées au Cameroun, en République centrafricaine, en République démocratique du Congo, en Guinée équatoriale, au Gabon et en République du Congo.

La lutte contre la déforestation, la dégradation des sols et le réchauffement climatique passe aussi par le reboisement

A partir de cette année et jusqu’à 2020, la République du Congo (Brazzaville) veut planter un million d’hectares de forêts. Ces plantations forestières concernent toutes les régions du pays où des étendues de forêts seront inégalement plantées dans le but de lutter « contre la déforestation, la dégradation des sols et le réchauffement climatique », a annoncé, samedi 28 mai, la responsable du Programme national d’afforestation et de reboisement (PNAR), Rosalie Matondo.

Les dirigeants congolais ont également voulu miser sur une gestion durable. C’est le pays de l’Afrique centrale qui détient la plus grande superficie de forêts tropicales certifiée, soit 2,5 millions d’hectares sur 4 millions qui peuvent prétendre aujourd’hui au label FSC (Forest Stewardship Council). Ces forêts sont gérées durablement, c'est-à-dire exploitées de manière écologiquement et socialement responsable.

Greenpeace et d’autres organisations écologistes préoccupées par la situation en RDC

Dans le Bassin du Congo, la situation de la République démocratique du Congo est celle qui présente une des situations les plus préoccupantes. Selon Greenpeace, 25 millions de d’hectares de forêts sont menacés à long terme. L’organisation écologiste met en cause le secteur de l’exploitation forestière industrielle et l’attribution de nouveaux titres forestiers à une poignée d’entreprises industrielles qui mettraient ainsi plusieurs millions d’hectares de forêts supplémentaires en danger.

Greenpeace lance un cri d’alarme contre la décision du gouvernement congolais qui, après avoir entamé, en 2005, sous la pression de la Banque Mondiale, une grande « revue légale de 156 titres forestiers » destinée à assainir cette industrie forestière. Dans un premier temps, 65 titres furent légalisés dans un processus controversé et maintenant, le gouvernement s’apprête à lever le moratoire sur l’attribution de nouveaux titres forestiers et arrêter ainsi le processus de légalisation.

La déforestation est responsable de 15 à 20% des émissions mondiales de gaz à effet de serre

La lutte contre le réchauffement à effet de serre et le réchauffement de la planète passe, comme nous l’avons vu, par la protection de cette forêt humide qui libère l’oxygène indispensable à toute vie sur terre. Les pays du Sud, détenteurs et gardiens de la forêt tropicale, ne peuvent pas, pour autant, agir seuls. Les pays développés sont plus que jamais appelés à agir et à jouer un rôle majeur dans les pays en développement. Les experts ont lancé un dernier cri d’alarme, lundi 30 mai : les émissions mondiales de CO2 ont atteint leur plus haut niveau historique en 2010. Elles exposent la planète à un risque de réchauffement incontrôlé. Une alerte de l’Agence internationale de l’énergie (AIE) qui mérite d’être entendue.