Le combat contre le VIH/sida au Mozambique

Campagne de prévention du sida.
© Jean-Marc Munier/ RFI

Trente ans après l’apparition des premiers cas de sida, la prévention, le diagnostic et le traitement sont un combat de tous les jours au Mozambique. Malgré les avancées et les efforts pour enrayer la propagation du virus, le Mozambique compte parmi les pays les plus démunis et les plus touchés par le VIH/sida.

Près de 12% de la population du Mozambique est atteinte du sida, selon une étude réalisée en 2009 par le ministère de la Santé – la première étude officielle réalisée dans ce pays sur la prévalence du sida. Plus de 5% des habitants sont ainsi atteints par le virus. L’étude souligne également que les femmes sont les plus touchées avec 13,1% d’entre elles, comparé au taux de 9,2% constaté chez les hommes de 15 à 49 ans. Dans les zones urbaines, la prévalence du sida dépasse les 15%. Et parmi les femmes enceintes, 18% sont touchées par le virus.

L’accès au traitement antirétroviral reste un problème majeur

Le Mozambique est aussi un des pays où il reste encore beaucoup à faire pour prendre en charge l’ensemble de ceux qui ont besoin de soins et de médicaments.

RFI a contacté Gaspar Sitefane, directeur exécutif national de la MONASO – une ONG mozambicaine qui coordonne les actions de 1 400 organisations de la société civile de lutte contre le sida, éparpillées dans toutes les provinces du pays.

Gaspar Sitefane reconnaît « qu’il y a aujourd’hui davantage de personnes qui sont mises sous traitement antirétroviral mais le nombre de patients qui en auraient besoin pour rester en vie et qui n’y ont pas accès s’élève à des centaines de milliers ». Il se trouve que la prévention consiste aussi à informer les gens et leur faire prendre conscience qu’ils peuvent être soignés, vivre plus longtemps en bonne santé s’ils suivent un traitement, d’autant plus s’ils se font dépister tôt. Seulement voilà : tous n’y ont effectivement pas accès. Pour Gaspar Sitefane, « il s’agit là d’un des plus grands défis à mener. »

Le manque de fonds pour les régions du centre et du nord du Mozambique

Les organisations communautaires de base rencontrent énormément de problèmes pour accéder à un financement qui leur permette de développer leurs actions de lutte contre le sida. Aujourd’hui, et parce que la prévalence du sida est la plus forte dans le sud du Mozambique, les fonds concédés par la plupart des donateurs sont tous concentrés dans la région sud du pays, au détriment des régions du centre et du nord où les populations sont ainsi délaissées. Pour se faire soigner, ces personnes sont obligées de se déplacer, quelquefois sur de longues distances, parfois tous les 15 jours, ce qui engendre des dépenses supplémentaires.

Par ailleurs et ce qui aggrave encore plus la situation, c’est que la plupart des fonds destinés à la lutte contre le sida et à la santé en général, proviennent des bailleurs de fonds internationaux. Ces fonds ont non seulement tendance à diminuer mais le gouvernement mozambicain a lui-même réduit, de moitié, le budget santé qui est passé de 14 à 7%. Ces réductions financières ont immédiatement provoqué de fréquentes ruptures de stocks de médicaments – une situation qui s’est aggravée au cours des douze derniers mois.

Les orphelins du sida

Ils sont 16,6 millions dans le monde dont 90% en Afrique. Les mieux lotis sont pris en charge par des grands-mères dépassées, d’autres sont plus ou moins absorbés dans des familles éloignées. Beaucoup se retrouvent seuls.

Le Mozambique compte actuellement 1,8 million d’orphelins dont les parents sont morts, victimes du VIH/sida. 20 000 d’entre eux se retrouvent chefs de famille en charge de leurs frères, plus jeunes, et obligés d’abandonner l’école. C’est ce qu’a indiqué, mercredi 1er juin, le ministère de la Femme et Action sociale du Mozambique, lors de la journée internationale de l’enfant.

La plupart des enfants qui ont ainsi perdu leurs parents nécessitent toujours d’un appui financier mais également social. Les enfants qui vivent dans les villages sont souvent aidés par les habitants de leur communauté mais ceux qui vivent dans la périphérie des villes connaissent de plus grandes difficultés d’insertion sociale et abandonnés à leur sort.

La prévention, le traitement mais aussi l’alimentation

Gaspar Sitefane, de la MONASO, est formel : il faut parier sur la prévention, sur le traitement mais également sur la nutrition. « Nous parlons de personnes qui pour la grande majorité sont pauvres. Lorsqu’elles suivent le traitement antirétroviral et qu’elles prennent les médicaments, ce qui se passe très souvent, c’est qu’elles n’ont pas les moyens de prendre un repas. Nous savons que ce sont des médicaments forts, difficiles à supporter, surtout au début du traitement. Si en plus, on a le ventre vide, certaines personnes se découragent et abandonnent ».

Selon les derniers chiffres fournis par l’Onusida dans son dernier rapport annuel, publié en 2010 et portant sur 2009, l’Afrique sub-saharienne est la région la plus durement touchée avec 22,5 millions de personnes infectées soit 67% de l’ensemble des personnes vivant avec le VIH dans le monde (5% en moyenne de la population africaine), et plus des deux tiers des décès.

« Le sida a été l’épidémie majeure du XXème siècle et reste celle du XXIème », relève le Pr Jean-François Delfaissy, de l’Agence de recherches sur le sida.

Republier ce contenu

Vous êtes libres de republier gratuitement cet article sur votre site internet. Nous vous demandons de suivre ces Règles de base

Le Partenaire s'engage à ne pas porter atteinte au droit moral des journalistes. A ce titre, le Contenu devra être reproduit et représenté par le Partenaire tel qu'il a été mis à disposition par RFI, sans modifications, coupures, ajouts, incrustations, altérations, réductions ou insertions

Ajoutez cet article à votre site Web en copiant le code ci-dessous.