L'activisme diplomatique d'Abdoulaye Wade


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Le président sénégalais Abdoulaye Wade s'est rendu Benghazi, fief de la rébellion libyenne, ce jeudi 9 juin, où il a demandé à son « frère » Mouammar Kadhafi de quitter le pouvoir. Un des nombreux coups d’éclat diplomatiques du président sénégalais, qui tient à se donner une stature internationale. Retour sur des interventions tous azimuts, diversement appréciées et pas toujours couronnées de succès…

  • En 2002, à Madagascar : A la suite de l'élection présidentielle de décembre 2001, un statut quo politique bloque le pays et est source de tensions sur la Grande Île. Marc Ravalomanana, le challenger du président sortant Didier Ratsiraka, déclare avoir remporté la présidentielle au premier tour. Après l'OUA, le président Wade entre dans les négociations. Il parvient à réunir par deux fois Ravalomanana et Ratsiraka à Dakar. Lors de la deuxième rencontre entre les protagonistes, en avril 2002,  un accord est trouvé. Il stipule la tenue d'un référendum populaire entre les deux candidats en septembre 2002 pour choisir un président. L'accord met en place également un gouvernement de réconciliation nationale de transition. Mais les accords de Dakar 1 et Dakar 2 ne seront pas respecté. Après six mois de bras de fer, Didier Rastiraka, fuira le pays et Marc Ravalomana, dont la victoire a été reconnue par la Haute cour constitutionnelle,  s'installera au pouvoir.  Pour autant, le président Wade aura réussi un premier coup d'éclat diplomatique.
  • En Octobre 2002, en Côte d’Ivoire, après avoir obtenu un succès avec le cessez-le-feu, entre les rebelles du MPCI et le forces loyalistes de Laurent Gbagbo, le président sénégalais est écarté de la suite des négociations. Son retour se fera entre les deux tours de la présidentielle de novembre 2010 avec l’invitation et la venue d’Alassane Ouattara à Dakar. Ce qui provoqua l’ire de la diplomatie ivoirienne et l’accusation du camp de Laurent Gbagbo d’un parti pris manifeste.
  • En 2007, au Zimbabwe. Le président sénégalais propose une médiation entre le président Robert Mugabe et son principal opposant Morgan Tsvangirai au nez et à la barbe de sud-africain Thabo Mbeki, mandaté par la Communauté de développement de l'Afrique austarle (SADC),  pour trouver une solution. Il se rend à Harare, en novembre,  Robert Mugabe, comme l'opposition lui font poliment comprendre qu'il n'ont pas besoin de ses services. 
  • Entre 2006, il joue les médiateurs dans la crise du Darfour, où le Sénégal a envoyé des soldats dans le cadre de la force de paix de l'Union africaine.  
  • En tant que président en exercice de l’Organisation de la Conférence Islamique (OCI), Abdoulaye Wade s'est proposé de jouer les médiateurs entre les les présidents tchadiens et soudanais lors du sommet de Dakar en mars 2008. La même année, il offrira aussi sa médiation entre palestiniens et israéliens. En juin 2008, il propose une rencontre entre le Fatah et le Hamas à Dakar.
  • En mars 2009, éclate la deuxième crise malgache. Abdoulaye Wade, fort de sa première expérience de 2002, fait jouer sa médiation entre Marc Ravalomana, forcé à quitter le pouvoir et Andry Rajoelina, le jeune président de la Haute autorité de transition. Mais le président sénégalais, après plusieurs tentatives infructueuses, a laissé la main à la SADC qui s'est réunit ces jours en sommet en Afrique du Sud.
  • En janvier 2010, deux quotidiens mauritaniens le désignent, après vote des lecteurs, « homme de l’année ». Après le coup d’Etat d’août 2008 qui a conduit au départ du pouvoir de Sidi Ould Cheikh Abdallahi, Abdoulaye Wade s’était investi dans la résolution de la crise politique en Mauritanie. La participation de Mohamed Ould Abdel Aziz, le général putschiste, à l'élection présidentielle après la période de transition, était l'un des principaux points de discorde. L'opposition menaçait de boycotter le scrutin. Une médiation heureuse qui a abouti à un accord de sortie de crise avec la participation de l'opposition mauritanienne à l'élection présidentielle de juillet 2009. L’accord mettait en place la formation d’un gouvernement d’unité nationale et d’élections présidentielles.
  • Le 2 février 2010, de retour d'un sommet de l'Union africaine, le président sénégalais s'arrête à Niamey, avec pour objectif d'aider à trouver une issue au problème politique au Niger. Le président Mamadou Tandja faisait l'objet de vives critiques pour avoir modifié la constitution afin de prolonger son mandat. L'initiative  du chef de l'Etat sénégalais ne fera pas long feu, puisque Mamadou Tandja a été renversé par un coup d'Etat militaire le 18 février. 
  •  En 2010, en Guinée Conakry, Abdoulaye Wade, qui avait d'abord soutenu le chef de la junte militaire Moussa Dadis Camara début 2009,  s'est proposé d'aider à résoudre  la crise politique qui faisait suite au premier tour de la présidentielle. Mais le président Blaise Compaoré, désigné « médiateur en chef », lui a été préféré. 
  • Mai  2010, en Iran : Après des mois de détention, la Française Clotilde Reiss est libérée. Une libération dont le président sénégalais réclame la paternité en s’autoproclamant « le négociateur en chef ». Mais le président Sarkozy remerciera, dans l'ordre,  trois chefs d'Etats pour leur rôle « actif » : le Brésilien Lula da Silva, le chef de l'Etat sénégalais et le Syrien Bachar al-Assad. Furieux d'être relégué au second plan, Abdoulaye Wade accusera le conseiller aux Affaires africaines de Nicolas Sarkozy, André Parant, d'avoir torpillé sa médiation et même d'avoir retardé la libération de la française. 
  •  Juin 2011, au Yémen : le président Ali Abdallah Saleh embourbé dans une crise politico-militaire aurait demandé la médiation d’Abdoulaye Wade pour une sortie de crise. La population yéménite demande à son président, au pouvoir depuis 33 ans, de partir. La mission du dirigeant sénégalais, selon un communiqué officiel à Dakar, devait porter sur une prise de contact avec « la France, les Etats-Unis, l’Arabie Saoudite, les Emirats arabes unis et d’autres pays pour qu’ils aident à l’organisation d’élections libres auxquelles (le président Saleh) ne se présenterait pas et accepterait les résultats ».