Accrochage au nord d’Arlit, au Niger : la piste d’Aqmi se précise

Un soldat nigérien en patrouille sur le site d'Areva à Arlit, au Niger.
© AFP/Issouf Sanogo

Deux morts et six blessés, c’est le bilan de l’accrochage qui a eu lieu au nord d’Arlit, au Niger, entre des militaires et des hommes armés, dimanche 12 juin. Selon une source ministérielle nigérienne, l’implication d’al-Qaïda au Maghreb islamique (Aqmi) se précise.

Selon des informations obtenues par RFI, une patrouille de la garde nationale nigérienne s’est retrouvée nez à nez avec trois véhicules de bandit armés à Ouraren, à 80 kilomètres d’Arlit, ville du Nord où se trouvent d’importants gisements d’uranium. Les bandits étaient à l’arrêt au moment de l’intervention de l’armée nigérienne. Le bilan de l’altercation est d’un mort de part et d’autre et de six blessés du côté nigérien. Suite à l’altercation, l’armée a réussi à récupérer un des trois véhicules bourrés d’explosifs, de détonateurs, d’uniformes militaires et d’une somme de 90 000 dollars en liquide. De quoi laisser imaginer que les deux autres véhicules étaient également bien remplis. RFI a également appris que la victime, côté bandit, serait un Arabe.

Mobilisation des forces armées nigériennes sur la recherche des deux véhicules

Le ministre nigérien de la Défense s’est rendu en personne à Arlit, en compagnie de l’ensemble des hauts responsables des services de sécurité. Le ministre est venu pour « galvaniser » les troupes et se rendre au chevet des six blessés.

Selon des informations obtenues par RFI, de nombreux renforts des forces armées nigériennes, des gardes républicains et des gendarmes sont arrivés sur place. L’armée a également fait appel à de petits avions de surveillance pour survoler la zone.

Selon une source ministérielle nigérienne, les militaires auraient pris en chasse un des deux véhicules restants. Selon cette même source, « leur capture est une question d’heures ».

Les premiers résultats de l’enquête se rapprochent de la thèse d'une implication d'Aqmi

Concernant l’enquête sur l’identité des bandits armés et sur leurs motivations, et toujours selon des informations RFI, les explosifs retrouvés dans le véhicule arrêté sont de fabrication tchèque et les caisses sont tamponnées « Libya ». Au total, 40 caisses de Semtex ont été retrouvées dans le 4x4 ainsi que des détonateurs et des équipements militaires complets. Selon une source proche de l’enquête, cette cargaison est signée incontestablement Aqmi : le convoi arrivait de Libye, l’homme tué par les Nigériens est un « barbu ». Reste maintenant à savoir quelle était la destination de ce convoi. Arlit et les zones minières ? Ou bien le Mari, leur zone de repli, tout au nord pays ?

En tout état de cause, les autorités du Niger sont déterminées à faire la guerre contre ces terroristes qui ont trouvé, avec le conflit libyen, l’opportunité idéale pour s’équiper en armement en tout genre.

Il s’agit du premier incident impliquant l’armée et des hommes armés officiellement signalé dans le nord nigérien, depuis l’opération de sauvetage conjointe des armées nigérienne et française, qui avait coûté la vie, en janvier dernier, à deux Français enlevés à Niamey par des éléments d’Aqmi.

En septembre 2010, la branche maghrébine d'al-Qaïda avait également kidnappé cinq Français, un Togolais et un Malgache dans la ville d’Arlit, un site d’extraction d’uranium du groupe nucléaire français Areva. Aqmi retient toujours en otages quatre Français et réclame le départ des troupes françaises d’Afghanistan en échange de leur libération.

Aqmi, qui a des bases au Mali et ses racines en Algérie, se livre régulièrement à des attentats, des enlèvements et divers trafics dans plusieurs pays du Sahel, dont le Niger. Des bandes armées écument aussi les zones frontalières entre le Niger et le Mali.

Coordination régionale des politiques antiterroristes dans la zone sahélo-saharienne

Face à cette menace, les dirigeants du Mali, du Niger, d'Algérie et de Mauritanie ont entrepris de renforcer la coordination de leurs politiques antiterroristes. Tous s’accordent sur la nécessité d’une mise en commun des renseignements qui peut rendre plus efficace la lutte contre al-Qaïda au Maghreb islamique. Au mois d’avril dernier, l’Algérie a renoué avec le Mali, pays qu’elle considérait jusqu’alors comme le maillon faible dans la lute contre le terrorisme. Le nouveau ministre des Affaires étrangères malien, Soumeylou Boubeye Maïga, a scellé cette réconciliation par une visite à Alger le 26 avril, dans le cadre d’une visite qui l’a aussi conduit à Nouakchott, en Mauritanie, et à Niamey, au Niger.

Autre mesure : le Mali, la Mauritanie, le Niger et l’Algérie ont promis, le mois dernier, de mettre sur pied une force de 75 000 hommes pour sécuriser la sous-région saharo-sahélienne. Beaucoup craignent en effet que le conflit libyen donne un nouvel élan au trafic d’armes dans la région.

Depuis l'intervention militaire de l'Otan en Libye, Aqmi serait détentrice d'armes lourdes achetées ou volées en Libye.
André Bourgeot, directeur de recherche émérite au CNRS
10-10-2013 - Par Nathalie Amar

 


 

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