Tunisie : ouverture du procès par contumace de l'ex-président Ben Ali et de sa femme Leïla Trabelsi


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C'est ce lundi 20 juin 2011 que s'ouvre à Tunis le procès de l'ex-président Ben Ali, et de son épouse Leïla Trabelsi. C'est un procès par contumace, le couple étant réfugié en Arabie saoudite depuis sa fuite de Tunisie le 14 janvier. L'affaire s'ouvrira devant la chambre criminelle du tribunal de première instance de Tunis. La défense du président déchu aurait l'intention de demander un report du procès.  

La Tunisie après Ben Ali

L'ex-président Ben Ali sera jugé pour détention d'armes et de stupéfiants, des accusations qui font suite à des fouilles menées au palais présidentiel de Carthage où des pièces archéologiques ont été également retrouvées. Il sera aussi jugé pour accaparement de fonds et vols de biens. Son épouse est là aussi concernée.

Les autorités ont saisi 27 millions de dollars, en liquide et de nombreux bijoux rangés précieusement dans leurs coffrets, dans un autre de leur palais à Sidi Bou Saïd, quelques semaines après leur exil forcé le 14 janvier.

Pour ces premières accusations, Zine el-Abidine Ben Ali risque des peines allant de 5 à

20 ans de prison. Il devrait être représenté à l'audience par deux avocats tunisiens commis d'office.

Au total 93 affaires ont été instruites contre l'ex-président Ben Ali ces cinq derniers mois,  mais une trentaine seront transmises à la justice militaire, notamment celles pour homicides et tortures, pour lesquelles il risque la peine capitale.

Mais toutes ces peines sont évidemment théoriques : l'Arabie Saoudite n'a pas donné suite à la demande d'extradition des autorités tunisiennes, transmise fin février.

Réactions

Pour Maître Jean-Yves Leborgne , avocat de l'ex- président Ben Ali, ce procès est une manière de liquider un passé politique. Nous sommes dans un système de justice des vainqueurs et non dans un processus de procès équitable, estime t-il

C'est une situation qui est celle du bouc émissaire. L'objectif est de détruire l'image d'un homme.
Maître Jean- Yves Le Borgne
10-10-2013 - Par Carine Frenk

Il s'agira donc d'un procès par contumace. Et celà au grand regret de nombreux Tunisiens qui ont fait la révolution, notamment des jeunes qui ont participé aux sit-in de la casbah, et qui ont pour beaucoup d'entre eux, campé pendant des jours et des nuits devant les bureaux du Premier ministre. Tel est le cas de Mohammed Amin Salama, un des leaders des manifestants , fondateur de Casbah-TV sur le web.

On va juger un fantôme. C'est un procès pour faire taire les Tunisiens, pour essayer de calmer la foule qui réclame ses droits.
Mohamed Amin Salama
10-10-2013

Avec notre correspondante à Riyad, Clarence Rodriguez

Ben Ali, son épouse Leïla Trabelsi, leurs fils de 7 ans et une de leurs filles de 19 ans, sont toujours réfugiés dans une maison bourgeoise prêtée par le gouvernement saoudien à Abha, une ville située à quatre cents kilomètres au sud de Jeddah. Depuis l’épisode de son faux coma en février dernier alors qu’il s’agissait d’un simple malaise dû à une crise d’hypoglycémie, Ben Ali se fait plutôt discret. On oublie tout simplement qu’il vit en toute impunité en Arabie Saoudite.

Malade, atteint d’un cancer de la prostate, l’ancien président se rend régulièrement à l’hôpital du Roi-Faycal à Jeddah pour y subir des contrôles médicaux. Parfois, un médecin se rend chez lui dans son refuge à Abha. Ben Ali aurait tenté d’adresser un discours audio au peuple tunisien début juin. Etant donné que toutes les communications avec l’extérieur sont obligatoirement vérifiées par les autorités saoudiennes, son message a donc été intercepté.

Mais le week-end dernier, l’ancien président tunisien est sorti de son silence. Il a fait savoir par l’intermédiaire de son avocat libanais, Maître Azouri, qu’il contestait en bloc les accusations portées contre lui. De leur côté, les autorités saoudiennes n’ont pour l’instant pas manifesté l’intention de remettre Ben Ali à la justice tunisienne comme celle-ci le réclame. Il faut dire qu’il n’existe aucune convention d’extradition entre l’Arabie et la Tunisie. Cela sous-entend aussi que l’ancien président tunisien et la « régente » (*) de Carthage sont d’ores et déjà condamnés à vivre en Arabie Saoudite jusqu’à la fin de leur vie.

(*) On retrouve ce surnom dans l’ouvrage La régente de Carthage, main basse sur la Tunisie , écrit autour de Leïla Trabelsi, l’épouse du président Zine el-Abidine Ben Ali par Nicolas Beau et Catherine Graciet (éd. La Découverte).
 

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