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Justice RDC

RDC : Verdict attendu ce jeudi dans le procès des assassins de Floribert Chebeya

A la cour militaire, ouverture du procès de huit policiers accusés du meurtre de Floribert Chebeya, à Kinshasa le 12 novembre 2010.
© AFP/Gwenn Dubourthoumieu

La cour militaire de Kinshasa doit rendre son verdict ce jeudi 23 juin 2011, dans le procès de huit policiers accusés de l’assassinat du militant des droits de l’homme Floribert Chebeya et de son chauffeur Fidèle Bazana, en juin 2010, dans la capitale de la République démocratique du Congo.

Le verdict devait être initialement rendu le 16 juin 2011 mais l’audience a été reportée le même jour, en raison de l’absence d’un juge, pour maladie, selon le greffe de la cour.
L’affaire remonte au 2 juin 2010. Floribert Chebeya, président de l’ONG des droits de l’homme, « La Voix des sans voix » (VSV), est retrouvé mort dans sa voiture, avec des marques de menottes aux poignets. Son chauffeur, qui l’accompagnait, n’a jamais été retrouvé. Floribert Chebeya avait disparu la veille au soir, après avoir informé plusieurs personnes qu’il se rendait à un rendez-vous avec le chef de la police nationale, le général John Numbi.

Huit policiers sont jugés depuis sept mois

Seuls cinq prévenus, qui ont toujours nié les faits, ont comparu au procès. Les trois autres sont en fuite et jugés par contumace. La peine de mort a été requise contre le colonel Daniel Mukalay, chef adjoint des services spéciaux de la police et contre un lieutenant. Vingt ans de prison ont été demandés contre les trois autres accusés présents. La peine capitale a également été requise contre les trois fugitifs : le chef du bataillon d’élite Simba, son garde du corps et le chef du protocole à l’inspection générale de la PNC (police nationale congolaise). Ce dernier a été arrêté en avril mais il n’a jamais été présenté à la cour au grand dam des parties civiles. Il serait détenu au secret, selon « La Voix des sans voix ».

Le général John Numbi n’a jamais été mis en accusation

Les parties civiles ont toujours réclamé l’arrestation du général Numbi qu’elles considèrent comme étant « le suspect numéro un ». Il a été suspendu de ses fonctions mais il n’a jamais été poursuivi. Le général Numbi a été entendu comme témoin et nié avoir donné rendez-vous à Floribert Chebeya. Il a toutefois signé la lettre de convocation de Floribert Chebeya – convocation à laquelle le militant des droits de l’homme s’est rendu après avoir envoyé un texto à sa femme lui indiquant qu’il allait rencontrer le chef de la police nationale.

Au micro de RFI et interviewé par Sarah Tisseyre le 11 juin 2011, Me François Cantier, président d’Avocats sans frontières/France et membre du collectif des avocats des parties civiles, relève plusieurs failles dans ce procès et cite un exemple concret parmi tant d’autres : « Nous nous sommes aperçus qu’à l’entrée des locaux de la police où Floribert Chebeya été convoqué, et où il a vraisemblablement été assassiné, il y avait une caméra. Et il y a une salle où sont retransmises les vidéos enregistrées par cette caméra. Sachant que les policiers disent que Floribert Chebeya ne s’est jamais présenté dans leurs locaux, il y avait un moyen simple de le vérifier en saisissant les bandes-vidéos, mais elles ont disparu ».

Méfiance des parties civiles quant à l’issue du procès

Lors des audiences, le mois dernier, les avocats des parties civiles se sont retirés en apprenant que la cour militaire de Kinshasa envisageait de requalifier les faits d’assassinat en « homicide involontaire ». Pour la veuve du défenseur des droits de l’homme, Annie Chebeya, quel que soit le verdict, le combat ne s’arrêtera pas là. Le 11 juin 2011, elle déclarait sur RFI : « Nous allons continuer jusqu’à ce que qu’on arrête John Numbi, pour qu’on puisse le juger comme tout le monde. Les enfants et moi, nous attendons que la justice soit rendue, pour que la lutte de Floribert contre l’impunité ne soit pas vaine ».

De son côté, le successeur de Floribert Chebeya, Dolly Ibefo Mbunga, le nouveau directeur-exécutif de l’ONG « La Voix des sans-voix » déclarait, également sur RFI : « Nous ne croyons plus dans ce procès. (…) Nous nous réservons le droit de faire appel, et même de saisir les instances internationales sur cet assassinat ».

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