Génocide au Rwanda : verdict attendu au TPIR pour le plus long procès de la justice internationale


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Depuis dix ans, Pauline Nyiramasuhuko, ex-ministre de la Famille, est poursuivie pour génocide devant le Tribunal pénal international pour le Rwanda (TPIR), avec cinq co-accusés, également poursuivis pour génocide en 1994, à Butare, dans le sud du Rwanda. Le verdict est prévu pour ce vendredi 24 juin 2011.

Pauline Nyiramasuhuko est la première femme poursuivie pour génocide devant la justice internationale. Elle comparaît au TPIR, à Arusha, en Tanzanie, depuis juin 2001 avec son fils Arsène Shom Ntahobali, deux anciens préfets de Butare ainsi que deux anciens maires. Jugés pour crimes de génocide et crimes contre l’humanité, les six accusés sont rangés, par le procureur, parmi les principaux responsables des massacres de Tutsis à Butare, en 1994.

Jusqu’à mi-avril 1994, la préfecture de Butare était une région épargnée par le génocide. A cette époque, Pauline Nyiramasuhuko disposait, en tant que ministre, d’un grand pouvoir, « ce dont elle a usé pour inciter aux massacres des Tutsis », a relevé l’accusation lors de l’audience de septembre 2005. Les juges du TPIR pointent ainsi les faits du « 25 avril 1994 lorsque des milliers de Tutsis, rassemblés dans un camp, sont massacrés par des miliciens, sous les ordres de Pauline Nyiramasuhuko. En d’autres occasions encore, aussi terribles, Madame Pauline aurait donné la mort en ces mois : d’avril à juillet 1994. ».

Sans eux, « le génocide n’aurait pas été possible à Butare »

L’agenda de Pauline Nyiramasuhuko, présenté aux juges par le procureur lors du procès, est aussi très compromettant. Elle y notait, au cours de l’année 1994, avec détails, divers événements, ses rencontres et même des noms de victimes des massacres. Un document sur lequel certains des co-accusés ont tenté progressivement de se positionner en subalternes de l’ancienne ministre. Ils n’auraient fait qu’obéir à ses ordres et auraient ainsi commis des actes pour lesquels ils ne peuvent être tenus pour responsables.

Lors du réquisitoire, le 20 avril 2009, la magistrate tanzanienne, Holo Makwaia, a déclaré que sans ces six accusés, « le génocide n’aurait pas été possible à Butare ». Elle a également soutenu que « Pauline Nyiramasuhuko, au lieu de protéger les familles comme le stipulait le mandat de son ministère, a décidé d’exterminer les familles ». La représentante du procureur a également accusé le fils de Pauline Nyiramasuhuko : « Shalom Nthobali n’était pas loin de sa mère ; il a tué et violé ».

L’avocate principale de l’ex-ministre, Me Nicole Bergevin, réfute les accusations en s’indignant : « une abomination que de prétendre que Pauline Nyiramasuhuko est allée jusqu’à ordonner à son fils de violer des jeunes femmes tutsies. ». Le deuxième avocat de Nyiramasuhuko, Guy Poupart, avait quant à lui dénoncé une campagne visant à diaboliser les membres du gouvernement en place pendant le génocide. Tous les avocats de tous les accusés plaident l’acquittement.

Le plus long procès de la justice pénale internationale

Ouvert en juin 2001, leur procès est le plus long de la justice pénale internationale. Les débats se sont éternisés en raison de difficultés avec les témoins, puis en raison de l’extrême lenteur des interrogatoires.

Pauline Nyiramasuhuko a été nommée ministre de la Famille et de la promotion féminine en avril 1992. Elle fut reconduite à ses fonctions en 1993, puis en 1994, pendant le génocide. Après la victoire du Front patriotique rwandais (FPR), actuellement au pouvoir, elle s’est réfugiée à Bukavu dans l’est de l’ex-Zaïre. C’est alors que les organisations internationales des droits de l’homme ont commencé à la mettre en cause. Elle a été arrêtée au Kenya en juillet 1997 et transférée, pour jugement, au TPIR. Quatorze ans plus tard, elle devrait enfin connaître le jugement de la justice internationale, ce vendredi 24 juin 2011.