Sénégal : vives tensions autour du projet de ticket présidentiel


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Au Sénégal, les députés examinent ce jeudi 23 juin 2011 un projet de loi instituant un ticket présidentiel. Ce texte, adopté en Conseil des ministres il y a tout juste une semaine, prévoit notamment l’élection simultanée au suffrage universel direct d’un président et d’un vice-président fait débat et suscite de vives contestations. La coalition Benno Siggil Senegaal a suspendu sa participation au fichier électoral, estimant qu’avec ce projet, l’élection présidentielle de février 2012 serait biaisée. Plusieurs manifestations spontanées ont éclaté hier à Dakar.

De leur côté, des partis politiques de l’opposition et des mouvements de la société civile avaient convoqué une assemblée générale pour appeler à la mobilisation contre ce projet de loi dans une salle archicomble comptant plusieurs centaines de jeunes du mouvement « Y en marre », des imams, et les principaux leaders charismatiques de l’opposition. Tous n’ont qu’un seul slogan : « Non au viol de la Constitution ».

« Personne n'est dupe »

Depuis mercredi, des appels à la mobilisation contre le projet de réforme de la Constitution circulent sur internet et par sms. « Ce projet de loi vise simplement à faire passer le président avec 25% des suffrages exprimés », dénonce Mamadou Lamine Diallo, le leader du mouvement Tekki.

Un pouvoir qui « a avec lui les gouverneurs, les préfets et les sous-préfets, tout le monde sait que ce minimum de 500-600 000 voix, ils peuvent l’obtenir facilement, déplore M. Diallo. Par conséquent, ces 25% sont calibrés pour permettre au ticket présidentiel de passer au premier tour. Et de cela personne n’est dupe », souligne ce leader de l’opposition.

A l’issue de cette réunion, plusieurs dizaines de GMI, les Groupements mobiles d’intervention, ont dispersé la foule, pour montrer que le gouvernement veut maintenir ce projet. Selon Moustapha Guirassy, le porte-parole du gouvernement, ce texte est « légal  et ne comporte  aucun enjeu électoralC’est un projet de loi dont les soubassements ne datent pas d’aujourd’hui : il y a des fondements historiques depuis 1991, rappelle le ministre. Les dispositions prises ne permettent pas de parler de dévolution monarchique. C’est une réponse constitutionnelle pour rassurer l’opinion nationale et internationale », assure M. Guirassy.

La préoccupation de Washington

Ce jeudi, la société civile et l’opposition manifestent devant l’Assemblée nationale, dont 88% des députés représentent la mouvance présidentielle, porteuse de ce projet de loi. S’il est adopté par les députés, le texte devra ensuite être discuté au Sénat, puis au Congrès pour enfin être promulgué par le président de la République.

Les Etats-Unis ont déclaré être « préoccupés » par cette réforme qui selon un communiqué diffusé mercredi soir par l’ambassade américaine à Dakar, « modifierait de façon aussi fondamentale le système utilisé pour élire le président du Sénégal (…) a été proposé sans faire l’objet d’un débat approfondi, significatif et ouvert au sein d’un large spectre de groupes et de citoyens ».

Les Etats-Unis craignent que cette réforme puisse « entraîner un affaiblissement des institutions démocratiques » et invitent le gouvernement à mettre en place un « processus inclusif » prenant en compte les « préoccupations soulevées par les citoyens sénégalais ».