L’interminable printemps égyptien


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Une nouvelle manifestation a rassemblé, ce vendredi 8 juillet, des dizaines de milliers de personnes sur la place Tahrir au Caire. Si les revendications demeurent inchangées depuis le départ d’Hosni Moubarak, en février dernier, le « ras-le-bol » est prégnant et la pression s’accroît sur des militaires accusés de scléroser la révolution.

Cinq mois se sont écoulés depuis la chute du raïs, et la population attend. Elle attend de voir, de sentir la différence. Au Caire, mais aussi à Alexandrie et à Suez, dans toutes les grandes villes du pays, les Egyptiens sortent chaque semaine crier comme au premier jour de la révolution. Une révolte en chassant très vite une autre dans les médias, beaucoup ont déjà l’impression d’être les oubliés du printemps arabe, et le font savoir bruyamment.

La situation se tend donc inexorablement. Le grand rassemblement cairote du 28 juin s’est soldé par plus d’un millier de blessés du côté des manifestants. Huit jours plus tard, le 6 juillet, c’était au tour de la ville de Suez de connaître des violences similaires, après l’annonce de la libération de plusieurs policiers accusés d’avoir tué des opposants au régime. Si Hosni Moubarak cristallise un peu moins la rancœur de la population depuis l’annonce de son procès qui doit se tenir le 3 août prochain, les Egyptiens réservent désormais leur fiel pour le chef de l’Etat de facto, le maréchal Mohamed Hussein Tantaoui, chef du Conseil suprême des forces armées (CSFA). En charge d’assurer la « transition » du pays vers la démocratie, il s’est plutôt jusque-là distingué par une rigidité, très décriée, pour tout ce qui touche à la sécurité de l’Etat. Ancien ministre de la Défense de Moubarak, nommé en urgence vice-Premier ministre au soir du 29 janvier pour étouffer dans l’œuf une révolution naissante, en offrant à la population un nouvel interlocuteur, il est toujours perçu comme un reliquat de l’ancien régime.

Défense de l’appareil d’Etat

Pour Tewfik Aclimandos, chercheur associé à la chaire d’histoire contemporaine du monde arabe au Collège de France, et invité de RFI, la révolution n’a pas échoué pour autant. Elle a même réalisé de grandes choses en chassant un chef d’Etat et en imposant « son tempo » au CSFA, même s’il est vrai que « ce dernier est dans une logique de défense de l’appareil d’Etat ». Selon l’historien, si on assiste sans doute à un « tournant », en ce début de mois de juillet, l’Egypte connaît, depuis le début du soulèvement, des « cycles de fortes pressions populaires » auxquels le gouvernement répond par des mesures au compte-gouttes. Ainsi, ces derniers jours, les militaires ont annoncé la création d’un fonds d’aide sociale pour les familles des victimes de la répression, la dissolution des conseils municipaux tenus majoritairement par des proches de l’ex-raïs et le renvoi devant la justice de 25 responsables des violences meurtrières du 2 février dernier contre les manifestants de la place Tahrir .

Des mesures qui sont loin de contenter la population, elle qui demande surtout la levée de l’état d’urgence, la fin de l’utilisation des tribunaux militaires pour juger les civils et des sanctions effectives contre les instigateurs de la répression. Et c’est d’une même voix que les différentes composantes de l’opposition (partis laïcs, Frères musulmans et mouvements de jeunes) demandent à l’armée de desserrer l’étau sur la vie politique, en dépit de leurs divergences sur le calendrier de relance du processus démocratique. Cependant, pour Tewfik Aclimandos, même les militaires n’ont rien à gagner à cet immobilisme : « Ils veulent une transition politique dans le calme […], et estiment que c’est au nouveau pouvoir civil, quand ils lui remettront les rênes du pouvoir, de voir ce qu’il y à faire » pour le renouvellement de l'appareil d'Etat.

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