Les shebabs somaliens à la quête d'une franchise al-Qaïda pour l'Afrique orientale

Le porte-parole des shebabs, Ali Mouhamoud Rage
© Reuters

Les insurgés somaliens shebabs, qui ont revendiqué lundi le double attentat de Kampala, ont gagné en envergure ces dernières années pour devenir les représentants attitrés d'al-Qaïda en Afrique de l'Est.

Le double attentat de Kampala, qui a fait au moins 74 morts, marque la première action d'envergure du groupe à l'extérieur de la Somalie, dans la droite ligne d'un processus visant apparemment à acquérir la franchise al-Qaïda pour l'Afrique orientale.

« Nous sommes derrière cette attaque car nous sommes en guerre avec eux (Les Ougandais) », a déclaré à la presse à Mogadiscio l'un des porte-parole du mouvement, Ali Mouhamoud Rage.

Plus tôt dans la journée, des sites internet proches des shebabs s'étaient « félicités » de ces attentats perpétrés dans un pays pourvoyeur de la moitié des troupes de la force de l'Union africaine en Somalie (Amisom).

Les tribunaux islamiques devenus shebabs

Les shebabs, dont la création remonterait à 2006, étaient à l'origine le mouvement de la jeunesse des tribunaux islamiques, qui ont contrôlé brièvement la Somalie au deuxième semestre 2006 avant d'être mis en déroute par l'armée éthiopienne, un de leurs ennemis jurés.

Tandis que la majeure partie des dirigeants des tribunaux partaient en exil, les combattants restés en Somalie pour lutter contre les troupes éthiopiennes s'unissaient sous la bannière shebab, qui devint de fait le bras armé du mouvement islamiste somalien.

Les shebabs, qui veulent mettre en application une forme très stricte de la charia (loi islamique), ont appelé au départ de toutes les troupes étrangères, à commencer par celles, burundaises et ougandaises, composant l'Amisom.

Jusque récemment, le groupe poursuivait des objectifs strictement internes à la Somalie et des discussions avec les dirigeants du mouvement permettaient aux agences humanitaires d'acheminer et de distribuer leur aide.

La Somalie, futur sanctuaire d'al-Qaïda ?

En perpétrant les attentats de Kampala, les shebabs ont atteint quatre cibles physiques et symboliques à la fois : Kampala pour sa participation à l'Amisom et pour l'organisation prochaine d'un sommet de l'Union africaine (fin juillet), un restaurant éthiopien et le football, une pratique jugée «non-islamique», parmi d'autres.

Les explosions de Kampala sont les plus meurtrières dans la sous-région depuis les attentats d'août 1998 contre les ambassades américaines de Nairobi et Dar es-Salaam qui avaient fait 224 morts et avaient été revendiquées par al-Qaïda.

Plusieurs suspects recherchés pour ces attentats ont été repérés ces dernières années en Somalie, parmi eux, le Comorien Fazul Abdullah Muhammad, qui occuperait un poste important dans la hiérarchie shebab.

En octobre 2008, les shebabs avaient franchi un premier cap en organisant des attaques- suicide simultanées dans les deux régions autonomes du nord du pays, le Puntland et le Somaliland.

Courant 2009, un afflux sans précédent de combattants étrangers renforçait les craintes des Etats-Unis et de leurs alliés de voir la Somalie devenir un nouveau sanctuaire d'al-Qaïda.

Le mouvement n'est cependant pas complètement homogène : une attaque-suicide lors d'une cérémonie de remise de diplômes à Mogadiscio fin 2009 provoquait un débat interne au sommet de l'organisation entre « étrangers » et somaliens.

La ligne dure du mouvement a semble-t-il pris le dessus et se réclame régulièrement de l'idéologie du jihad mondial prôné par al-Qaïda.

Le chef des shebabs, Mohamed Abdi Godane, alias Abou Zubaïr, est un religieux natif du Somaliland qui compense ses très rares apparitions publiques par la diffusion de messages enregistrés via des médias locaux ou internet.

Les shebabs, qui contrôlent environ 80% de la Somalie, seraient en mesure de mobiliser 7 000 hommes, dont 3 000 réellement aguerris.

Republier ce contenu

Vous êtes libres de republier gratuitement cet article sur votre site internet. Nous vous demandons de suivre ces Règles de base

Le Partenaire s'engage à ne pas porter atteinte au droit moral des journalistes. A ce titre, le Contenu devra être reproduit et représenté par le Partenaire tel qu'il a été mis à disposition par RFI, sans modifications, coupures, ajouts, incrustations, altérations, réductions ou insertions

Ajoutez cet article à votre site Web en copiant le code ci-dessous.