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Égypte

Le procès de Hosni Moubarak ajourné

Alaa (G) et Gamal (D) encadrent leur père Hosni Moubarak, au premier jour du procès, ce 3 août 2011 au Caire.
© reuters/Egypt TV

Un procès historique pour l'Egypte et pour le monde arabe s'est ouvert aujourd'hui au Caire. Celui, très attendu, de l'ex-président de la République Hosni Moubarak. Six mois après sa chute suite au mouvement de révolte populaire. Hosni Moubarak comparaît avec neuf autres personnes. C'est dans une atmosphère électrique que s'est déroulé ce procès.

Un vent de fureur révolutionnaire soufflait ce matin dans et à l'extérieur de l'académie de police, le bâtiment qui fait office de tribunal. Il faut dire que c'est la première fois depuis le déclenchement des révoltes arabes qu'un chef d'Etat comparaît en personne à son procès. C'est d'ailleurs la première apparition en public de l'ex-Raïs depuis le 11 février dernier. L'autre président déchu, le tunisien Zine el-Abidine Ben Ali a été jugé par contumace.

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Dans un café du Caire sur écran géant le procès de la famille Moubarak est diffusé en direct, le 3 août 2011. © REUTERS/Asmaa Waguih

A l'extérieur, une foule est venue suivre sur un écran géant cet événement qu'ils attendaient avec impatience. Pour l'occasion, un important dispositif d'ordre a été mis en place. Un millier de policiers et de soldats ont été déployés pour assurer la sécurité aux alentours. Une dizaine de bus de la police anti-émeute gardaient l'entrée. Mais très vite, des affrontements et jets de pierres ont opposé pro et anti Moubarak.

A l'intérieur de la salle d'audience, la tension était palpable. Près de six cents personnes dont des familles des victimes et des journalistes ont été autorisés à assister au procès. A plusieurs reprises, le juge Ahmad Rifaat a réclamé le silence et le calme et a suspendu plusieurs fois la séance. Les neuf accusés, dont l'ancien président égyptien, se trouvaient derrière une grille vêtus de blanc comme dans tout procès criminel en Egypte. Comme un symbole, le président tombé de son trône en février dernier était allongé sur un brancard.

Lourdes accusations

D'abord et avant tout, les chefs d'accusation qui pèsent sur l'ex-président, ses deux fils, Alaa et Gamal ainsi que l'ancien ministre de l'Intérieur Habib el Adli et ses 6 adjoints. Jugés tous ensemble, comme en avait décidé le procureur général le mois dernier, ils sont accusés d'avoir donné l'ordre à la police de tirer sur les manifestants durant le soulèvement de janvier, entraînant la mort de 800 personnes. Pour cela, ils risquent la peine de mort. Hosni Moubarak et ses fils sont aussi accusés de détournements de fonds publics.

Des accusations que Hosny Moubarak et ses deux fils Gamal et Alaa ont catégoriquement rejeté. Et puis, à la fin de l'audience, le juge Rifaat a accédé à la demande des avocats de l'accusation et annoncé que le procès de l'ancien ministre de l'Intérieur et ses lieutenants sera finalement détaché de celui de Moubarak. Il reprend dès demain. Quant au second volet du procès des Moubarak, il aura lieu le 15 août. Le temps pour les avocats d'accéder et de consulter les pièces et procès verbaux qui ne leur ont pas encore été transmis par le procureur.

Premier jour d'audience et un procès déjà reporté

Il est certainement trop tôt pour tirer des conclusions. C'est vrai que les manifestants égyptiens ont pensé jusqu'au dernier moment que la comparution de l'ex-Raïs, une de leurs principales revendications serait reportée pour raison de santé. Avant de comparaître aujourd'hui, Habib el Adli, l'ancien ministre de l'Intérieur, personnage haï des égyptiens avait déjà vu son procès reporté à quatre reprises. Mais d'un point de vue symbolique, voir l'ancien président derrière la grille de la cour criminelle du Caire est déjà une grande victoire pour les manifestants qui ont ces derniers jours réinvesti la place Tahrir pour témoigner de leur impatience à voir les criminels jugés.

Et puis, il y a eu lors de cette première audience, quelques éléments de nature à satisfaire les contestataires. Certains noms ont été cités. D'abord, celui de l'amiral Hussein Tantawi, l'actuel chef du Conseil suprême des armées (qui dirige le pays) et celui d’Omar Suleïman, l'ancien chef des renseignements et bras droit de Hosni Moubarak qui avait occupé brièvement les fonctions de président par intérim durant la révolte. Les avocats de la Défense comme ceux de l'accusation ont demandé à ce que l'Amiral Tantawi comparaisse comme témoin.

La santé l’ancien président en question

Bagarre entre pro et anti Moubarak devant un cordon de policiers plutôt amusés au premier jour du procès Moubarak au Caire le 3 août 2011 © REUTERS/Amr Abdallah Dalsh

L'enjeu est de savoir si le témoin va se prononcer en faveur des accusés ou si Tantawi sera lui-même mouillé et accusé de trahison par l'ex-Raïs. Ce procès laisse également un goût amer à certains. Sur Twitter, devenu une plateforme de débat sur le feuilleton judiciaire égyptien, beaucoup regrettent que les accusations de meurtres ne portent pas sur les trois décennies de règne de Moubarak. D'autres se demandent si la partition n'est pas déjà écrite et si les militaires actuellement, au pouvoir, ne chercheraient pas à ménager la santé déclinante de l'ancien n°1 du régime, lui-même un haut gradé de l’armée.

Hosni Moubarak a quitté le tribunal à bord d'une ambulance, direction le centre médical international où officient les meilleurs cancérologues du pays et où l’ancien président pourra être suivi par le médecin de son choix.

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