Rapport accablant de l'ONU pour l'industrie pétrolière en pays Ogoni


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Le Programme des Nations unies pour l’environnement (PNUE) a publié jeudi 4 août 2011 un rapport révélant les conséquences de cinquante ans d’exploitation pétrolière intense sur le pays Ogoni, au Nigeria. Nappes phréatiques et air pollués, végétation détruite, les résultats de l’étude sont particulièrement alarmants, tant pour l’environnement que la population. Selon le rapport, il faudra près de 30 ans pour tout nettoyer.

C’est une étude sans précédent et ses conclusions sont effrayantes. Durant plus d’un an, l’équipe du Programme des Nations unies pour l’environnement s’est installée en pays Ogoni, dans le sud-est du delta du Niger, pour y observer les conséquences de l’exploitation pétrolière dans la région. Pas moins de 200 sites et 122 kilomètres d’oléoducs ont été étudiés, 4 000 échantillons analysés, plus de 5 000 dossiers médicaux examinés à la loupe et 23 000 personnes interrogées lors de réunions publiques locales.

Le bilan de ce rapport publié jeudi 4 août 2011 est sans appel : l’impact du pétrole sur l’environnement a été désastreux. A de nombreux endroits, les mangroves sont dépourvues de feuilles et de tiges, et les racines recouvertes d’une épaisse couche de substance bitumée. L’eau de surface des criques dans tout le pays Ogoni et dans ses environs contient des hydrocarbures, variant entre une épaisse couche d’huile noire et de légers reflets. Sans parler des conséquences pour les populations. Les puits souillés et l’air pollué affectent la qualité de vie de près d’un million de personnes. Dans l’ouest du pays Ogoni par exemple, des familles boivent de l’eau provenant de puits contaminés par du benzène, un cancérigène reconnu, à un niveau 900 fois supérieur à celui que préconise l’Organisation mondiale de la Santé. Dans la nappe phréatique alimentant ces puits, les chercheurs du PNUE ont découvert une épaisse couche de pétrole raffiné, liée à une fuite datant d’au moins six ans d'un oléoduc.

C'est une situation très grave où des populations sont exposées à des risques extrêmement élevés et n'ont pour seul tort que de vivre dans une zone riche en ressources naturelles.
Ibrahim Thiaw
10-09-2013 - Par Guillaume Thibault



Shell pointé du doigt

Fort d'une richesse géologique exceptionnelle, le pays Ogoni est depuis plus de cinquante ans le terrain d’une intense exploitation pétrolière. De nombreux groupes étrangers s’y sont installés, parmi lesquels l’anglo-néerlandais Shell. Mais dans les années 1990, sous la pression du Mouvement pour la survie du peuple Ogoni (Mosop en anglais), qui réclame un partage des richesses issues du pétrole et dénonce la destruction de son environnement, Shell ferme ses puits du pays Ogoni.

Mais l’exploitation pétrolière ne cesse pas pour autant et le gouvernement nigérian ferme les yeux sur la détérioration que celle-ci provoque sur l’environnement. Comment, en effet, mettre fin à un secteur représentant 80% de l’économie nationale et 95% de ses recettes d’exportation ? Le pays Ogoni continue donc d’être quadrillé par un important réseau d’oléoducs, dont le rapport de PNUE dénonce aujourd’hui le manque d’entretien. « Le contrôle et la maintenance de l’infrastructure pétrolière en pays Ogoni ont été et demeurent inadéquats : les propres procédures de la Shell Petroleum Development Company n’ont pas été appliquées, menant à des problèmes de santé publique et de sûreté ». Les canalisations fuient, et à la pollution du sol s’ajoutent les incendies qui ravagent la végétation et créent une croûte de cendres et de goudron rendant difficile toute revégétation. Par ailleurs, Shell s’est reconnu mercredi 3 août 2011 responsable de deux marées noires en pays Ogoni.

Trente ans de nettoyage

Pour les défenseurs du peuple Ogoni, ce rapport du PNUE est donc une petite victoire. L’avocat nigérian Femi Falana a jugé « formidable » le travail de l’ONU « qui confirme d’une certaine manière les souffrances exprimées par le peuple Ogoni depuis des années ». Mais la tâche reste encore immense. Le PNUE a en effet estimé qu’il faudrait près de 30 ans pour nettoyer les marécages et les mangroves. Pour y parvenir, le rapport recommande notamment la mise en place d’un Fonds pour la restauration environnementale du pays Ogoni, qui serait lancé avec un capital initial d’un milliard de dollars provenant de l’industrie pétrolière et du gouvernement et qui couvrirait les cinq premières années du projet de nettoyage.

Après avoir reçu l’étude, le président nigérian Goodluck Jonathan a assuré que son gouvernement allait « discuter avec Shell et d’autres compagnies […] ainsi que les agences gouvernementales compétentes pour voir comment nous pouvons gérer ce rapport ». Le Mouvement pour la survie du peuple Ogoni réclame quant à lui une mesure radicale : la révocation pure et simple de la licence de Shell.