Afrique du Sud : la société civile mobilisée contre un projet de loi sur le contrôle de la presse


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En Afrique du Sud, la société civile ne décolère pas contre un projet du gouvernement qui mettrait en cause la liberté d'expression. Le texte prévoit de mettre en place un tribunal spécial dirigé par le Parlement, chargé de juger les journalistes.qui « font mal leur travail ». Le gouvernement veut aussi classifier toute information considérée comme une menace à l'intérêt national. Le 13 août, 400 organisations de la société civile se sont rassemblées à Johannesburg pour protester contre ce projet de loi. Pour elles, c'est un retour de la censure.


C'est l'une des plus importantes mobilisations de la société civile contre un projet de loi depuis la fin de l'apartheid. Certes, le gouvernement a fait quelques concessions par rapport au texte initial. Les journalistes ne vont pas encourir de peine de prison s'ils publient une information classifiée. Mais pour Dale McKinley, le porte-parole à Johannesburg de la campagne « The right to know», le droit de savoir, ce n'est pas assez :

« En fait, les concessions ont juste été annoncées, mais rien est écrit sur le papier. Le projet de loi reformulé, c'est simplement du copié-collé. On a juste mis certaines clauses à différents endroits, mais le texte ne règle pas le problème que nous avons pour la défense de l'intérêt national. Et la défense de l'intérêt national pour les journalistes, ça signifie que si vous êtes en possession d'informations, même classifiées, vous devez pouvoir les publier si elles sont d'intérêt public ».

Dix-sept ans à peine après les premières élections démocratiques en Afrique du Sud et la chute de l'apartheid, Julie Reid s'inquiète de voir que certains leaders semblent avoir oublié le régime de la censure. Cette universitaire milite pour la suppression du projet de loi :

« On se retrouve avec ce projet de loi sur la protection de l'information car c'est dans le cadre d'une vaste stratégie de l'ANC qui ne s'arrête pas là. Il y le projet de tribunal des médias, la constante intimidation des journalistes, la brutalité des forces de police qui ne cesse d'augmenter et en plus tout ça, vous avez ce projet ».

Un comité de parlementaires doit étudier le texte jusqu'au 23 septembre. Les militants de la campagne le droit de savoir souhaitent que cette loi très compliquée soit abandonnée. Pour eux, il faut recommencer à zéro et organiser de larges consultations pour réfléchir aux moyens de réguler les médias.