Amnesty international : le gouvernement ivoirien doit agir pour indemniser les victimes du Probo Koala


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Il y a cinq ans des fûts de déchets toxiques étaient déversés en plein cœur d’Abidjan, capitale économique ivoirienne. Un énorme scandale qui n’a pas fini de faire couler de l’encre. Selon Amnesty international, une grande partie des victimes n’ont toujours pas été indemnisées. Et pour cause, affirme Amnesty international, d’importantes sommes d’argent auraient été détournées. L’organisation de défense des droits de l’homme demande au gouvernement ivoirien d’agir pour « rendre justice » aux personnes affectées.

« Le nouveau gouvernement de la Côte d’Ivoire doit garantir l’indemnisation des victimes des déchets toxiques déchargés par le groupe pétrolier Trafigura, à Abidjan, en 2006 », c’est l'appel que lance Amnesty international, au cinquième anniversaire de la catastrophe environnementale, survenue en Côte d'Ivoire, en septembre 2006.

Probo Koala, le navire qui a déversé des déchets toxiques dans la nuit du 19 août 2006, à Abidjan en Cote d'Ivoire. © ( Photo : AFP )

Dans la nuit du 19 au 20 août 2006 à Abidjan, le Probo Koala*, navire affrété par la société Trafigura, décharge au port d'Abidjan 581 tonnes de déchets toxiques (un mélange de pétrole, de sulfure d'hydrogène, de phénols, de soude caustique et de composés organiques). Ces derniers, répandus à terre en zone de décharge et sans doutes mélangés à de l'acide, ont provoqué des émanations de gaz mortels causant ainsi la mort de 17 personnes et l'intoxication de plus de 100 000 autres.

Sans être au préalable préparés, les déchets toxiques ont traversé, à bord du navire Probo Koala, un océan et trois mers. Ces déchets auraient pourtant pu être transformés dans des conditions adéquates lors d'au moins deux escales européennes.

La société Trafigura, une des plus importantes multinationales spécialisées dans les marchés de l’énergie et des métaux de base, se tourne vers la Côte d’Ivoire, dont elle connaît les faiblesses en matière de traitement de ce genre de « slops », pour que ces déchets d’une grande toxicité, transportés par le navire qu’elle affrétait, soient « traités ».

Près de cinq ans après les faits, les principales personnes responsables de ce drame n’ont toujours pas répondu de leurs actes.

La multinationale et ses dirigeants continuent non seulement de nier leur responsabilité dans ce drame mais également les conséquences humaines et environnementales du déversement de ces déchets toxiques. Quant aux victimes, toutes n’auraient pas reçu de réparation, même si, à ce jour, Trafigura a versé au total 260 millions de dollars en plusieurs versements.

Victimes toujours en attente d'indemnisation 

« Il est inacceptable qu’autant de personnes touchées par cette catastrophe n’aient pas reçu la somme qui leur est due. Un manque de transparence et des retards répétitifs sont les causes de la non-indemnisation des victimes. Le gouvernement du président Ouattara doit agir activement pour montrer que la corruption et le détournement de fonds ne seront pas tolérés dans cette affaire », a annoncé Bendetta Lacey d'Amnesty international.

En fevrier 2007, un protocole d’accord est conclu entre l’État de la Côte d’Ivoire et les parties Trafigura. Trafigura effectue un premier versement de 195 millions de dollars (**) destiné à la réparation des préjudices subis par la Côte d’Ivoire, pour l’indemnisation des victimes ainsi que le remboursement des frais de dépollution.

Mais le processus d’indemnisation par le gouvernement ivoirien n’a jamais été accompli et il reste des doutes sur la part des 195 millions de dollars qui a été versée aux victimes.

En avril 2008, Trafigura effectue un deuxième versement de 20 millions de dollars au gouvernement ivoirien en tant que versement final convenu lors du protocole et comme frais supplémentaires pour la dépollution.

En septembre 2009, un tribunal anglais prend acte de l’accord intervenu entre la société Trafigura et le cabinet Leigh Day & Co, qui représente près de 31 000 victimes ivoiriennes du déversement de déchets toxiques par le Probo Koala. Trafigura effectuera alors un troisième versement de 45 millions de dollars pour dédommager les victimes.

Un groupe portant le nom de Coordination nationale des victimes de déchets toxiques de Côte d'Ivoire (CNVDT-CI) affirme qu'il représente ces 31 000 victimes ayant intenté une action contre Trafigura au Royaume-Uni. Le groupe obtient d’un tribunal ivoirien l’ordre du transfert de la totalité de la somme sur son compte, en vue de sa distribution auprès des sinistrés. Mais le cabinet Leigh Day & Co rapporte récemment que près de 6 000 de ses clients sont encore en attente de paiement de leur indemnisation par le CNVDT-CI. Le chef de CNVDT-CI étant porté disparu, il n’y a aucune indication sur la date d’indemnisations des victimes restantes.

« Plus de 6 000 personnes sont dans l’attente de l'équivalent d'un an de salaire après un accord durement gagné avec Trafigura, a déclaré Benedetta Lacey. Le gouvernement de la Côte d'Ivoire doit s'assurer que CNVDT-CI verse des millions qu'il doit à des demandeurs ».

Aujourd'hui, Amnesty international appelle le gouvernement de la Côte d'Ivoire de localiser les fonds manquants et d'assurer le paiement intégral à des milliers de personnes qui, cinq ans après le désastre, sont toujours en attente d'indemnisation.

Les gaz toxiques inhalés auront  des effets néfastes plusieurs années

Les premiers troubles ont été constatés dans la nuit du 19 août 2006 à Abidjan chez les dizaines de milliers de personnes qui ont afflué vers les centres de soins : nausées, céphalées, vomissements, réactions cutanées et saignements de nez. Dès le 20 août 2006, des odeurs pestilentielles se sont répandues dans toute la ville d’Abidjan et ont pollué l’air, contaminant la population environnante. Très vite, de nombreux Abidjanais se sont plaints de violents malaises. Des milliers de personnes ont afflué vers les centres de soins.

Les principaux symptômes étaient :

- respiratoires : irritations naso-laryngées (éternuements, brûlures des narines), douleurs thoraciques, difficultés respiratoires, essoufflement, toux.

- oculaires : rougeurs, brûlures et douleurs, possibilité de photophobie (ne supportant pas la lumière) et infections.

- digestifs : douleurs pharyngées (maux de gorge), douleurs abdominales, diarrhées, nausées et vomissements.

- neurologiques : vertiges, somnolence, céphalées (maux de tête), convulsions, perte de connaissance, coma possible en cas d’intoxication aigüe.

- cutanés : sécheresse de la peau, irritations, sensation de brûlure, démangeaisons.


 

Selon le Docteur Tigori et le Professeur Yao Kouamé Albert, experts désignés lors de l’instruction du dossier, les gaz toxiques inhalés par la population abidjanaise continueront d’avoir des effets néfastes sur la santé pendant plusieurs années. Outre le mercaptan, les autres composantes de ces déchets sont notamment le plomb, l’hydrogène sulfuré et le benzène. Or, l’hydrogène sulfuré se traduit à court terme par une irritation, une paralysie des centres nerveux olfactifs, une anesthésie de l’odorat, des troubles neurologiques, psychiques, amnésiques et des hallucinations.
A moyen terme, on observera que le taux d’avortements spontanés deviendra très élevé dans les zones exposées et pour les enfants qui naîtront, on notera d’importants risques de malformation.

Pour les effets à long terme, la spécialiste a cité la fatigue, la perte de la libido, l’anorexie, la nausée et la diarrhée au niveau digestif. S’agissant du benzène, le Dr Tigori a révélé que ce produit pétrolier serait à la base de nombreux cancers. 

Entreprises

• Trafigura : société mère créée en 1993, spécialisée dans le négoce des marchandises, comme le pétrole brut, les produits raffinés, les concentrés de métaux et les métaux raffinés, fournissant également les navires et les installations nécessaires à leur transport et à leur stockage. Elle est l’affréteur du Probo Koala.

• Puma Energy C.I : filiale de Trafigura basée à Abidjan, Côte d’Ivoire, ayant pour objet le stockage et la vente des produits pétroliers sous douane. Son administrateur a assuré l’interface entre les sociétés Waibs et Tommy, Tommy et Trafigura et entre la société Tommy et les autorités ivoiriennes.

• Waibs Shipping : West African International Business Service, agent consignataire en Côte d’Ivoire. Cette compagnie a coordonné les opérations de réception, de déchargement des eaux sales du navire Probo Koala et a conseillé de faire appel à la société Tommy pour le traitement des déchets.

• Tommy : avitailleur maritime, ayant reçu son agrément le 7 juin 2006 pour travailler dans le vidange, l’entretien et le soutage des navires au port autonome d’abidjan (PAAb).

Autorités ivoiriennes:

• Ministère des Transports :
Anaky Kobenan, ministre des Transports, et Balou Tibe Bi, directeur général des affaires maritimes et portuaires.

• Port autonome d’Abidjan :
Marcel Gossio, directeur général, et Marcel Bombo Dagui, commandant de la capitainerie du port.

• Douanes :
Konan Gnamien, directeur général.

• Ministère de l’Environnement et des eaux et forêts :
Jacques Andoh Alle, ministre de l’Environnement, André Doh, directeur du Centre ivoirien antipollution (CIAPOL).

• District d’Abidjan
Pierre Djedji Amondji, gouverneur du district d’Abidjan.

* Le Probo Koala, dont l'équipage est russe, est un navire pétrolier immatriculé au Panama, appartenant à une compagnie grecque et affrété par la société hollandaise et suisse Trafigura.

** Source : Rapport de l'Amnesty international, « Côte d’Ivoire: missing millions must reach Trafigura toxic waste victims »

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