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Le Cap-Vert : une jeune démocratie citée en exemple


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Le Cap-Vert se prépare à franchir le cap d’un nouveau processus électoral présidentiel. Le second tour se déroulera dimanche 21 août 2011. Cet archipel ouest-africain est souvent présenté comme un modèle de démocratie et de bonne gouvernance en Afrique. Néanmoins, sur le plan économique et social, beaucoup reste à faire.

Le Cap Vert s’est doté d’un régime parlementaire qui accorde l’essentiel du pouvoir à l’Assemblée nationale et au gouvernement. Devenu indépendant en 1975, il a vécu sous un régime de parti unique, avec le PAICV ; c’est en 1990 que le multipartisme a été instauré avec le Mouvement de la Démocratie (MPD, libéral) qui remporte les premières élections démocratiques de 1991.

Depuis, l’alternance politique s’est toujours limitée à ces deux partis : PAICV et MPD.
Interrogé par RFI, André Corsino Tolentino, chercheur à l’Institut de l’Afrique occidentale, à Praia, au Cap-Vert, considère qu’il s’agit « d’une réalité qui mérite réflexion. Il y a, d’un côté, ceux qui se reconnaissent dans l’une ou l’autre des formations politiques et, d’un autre côté, les autres. Il faut absolument que les partis politiques interviennent davantage auprès de la société civile et devenir ainsi plus représentatifs de tous les citoyens. ». Dans cette jeune démocratie qui compte à peine 20 ans d’existence le jeu de la transparence et de l'acceptation des résultats issus des urnes est une réalité.

Le Cap-Vert a fait de la démocratie un atout pour s’ouvrir au monde

Le Cap-Vert, en réussissant à installer une démocratie politique, s’est aussi préoccupé d'entretenir des relations diplomatiques et économiques, principalement, avec les pays où résident les fortes communautés capverdiennes. L’archipel compte un grand nombre de ses ressortissants à l’étranger. De plus de 700 000, ils sont plus nombreux que leurs compatriotes restés au pays (500 000). Pour la plupart, ils sont installés aux Etats-Unis mais également en Europe et en Afrique.

Fort d’une démocratie reconnue, le Cap-Vert fut ainsi le premier pays à bénéficier, avec succès, de plusieurs prêts du programme américain « compte des défis du Millénaire » - un fonds au développement établi en 2004 pour aider financièrement les pays qui adhèrent à une gestion économique libérale et qui respectent la démocratie et la bonne gouvernance.

Le Cap-Vert entretient également un partenariat très spécial avec la Belgique et avec certains pays de l’Union européenne dont le Portugal, la France et l’Italie. Par ailleurs, les relations se sont renforcées avec l’Espagne et la région des Canaries. Avec les pays émergeants tels que le Brésil (lusophone) mais aussi avec la Chine et l’Inde, le Cap-Vert a construit de solides échanges.

L’Afrique n’est pas non plus oubliée. Le Cap-Vert s’assume comme un pays africain et par conséquent solidaire avec les autres pays membres de l’Union africaine et de la CEDEAO, la Communauté économique des Etats de l'Afrique de l'Ouest, dont il est membre. Le Cap-Vert joue ainsi des coudes pour affirmer son existence diplomatique.

Une économie relevée sans ressources naturelles

Malgré son manque de ressources naturelles, le Cap-Vert est passé de la catégorie des pays les moins avancés à celle des pays à revenu intermédiaire, en janvier 2008. Il a misé sur le capital humain, les services, les nouvelles technologies de l’information, le tourisme, l’agriculture et la pêche. Il a réussi à attirer de plus en plus d’investissements étrangers, y compris de la part de sa propre diaspora. De nombreuses infrastructures, dont trois aéroports internationaux, ont été construites, et le pays a enregistré une croissance de 6% au cours des 10 dernières années.

Le pays reste cependant, largement dépendant de l’aide internationale. Les importations dépassent largement les exportations. L’agriculture occupe la moitié de la population et sa production agricole ne couvre que 10% des besoins. Mais cette ancienne colonie portugaise a su transformer sa dépendance économique en un facteur un certain pouvoir de négociation.

« Un pays africain très spécial »

Le Cap-Vert est-il réellement un modèle de démocratie et de bonne gouvernance en Afrique, comme le veut sa réputation ? Le mot « modèle » est sans doute exagéré si l’on en croit André Corsino Tolentino. Il préfère plutôt parler d’un « cas intéressant ». Il précise qu’effectivement la démocratie fonctionne bien mais il ne faut pas perdre de vue l’essentiel. Il relève, en effet les carences sociales et économiques du pays : « un taux de chômage très élevé, surtout chez les jeunes ; un taux de pauvreté encore considérable (20% des Capverdiens vivent toujours sous le seuil de pauvreté) et un niveau d’éducation qui, malgré les progrès considérables, avoisine encore les 20% d’analphabètes ».

Le Cap-Vert a d’autres particularités comme celle d’être un pays africain qui, au sein de la CEDEAO, est le seul territoire totalement insulaire. Cette position, combinée avec des éléments démographique, culturelle, linguistique, religieuse (95% de catholiques) ou encore historique, lui confère un statut spécial. Pour ces raisons, André Corsino Tolentino, le définit comme « un pays africain très spécial ».

Selon le chercheur de l’Institut de l’Afrique occidentale, à Praia, cette ouverture au monde que le Cap-Vert a su établir, lui donne une caractéristique assez spéciale « d’être probablement un petit pays ayant une vision bien plus grande que son propre corps ».