Libye : à Tripoli, la traque de Kadhafi s'intensifie

Insurgés libyens dans le quartier d'Abou Salim, à Tripoli, le 25 aôut 2011.
© AFP PHOTO/Mehdi Lebouachera

Sur le front Est, ce jeudi soir 25 août 2011, les insurgés qui avancent en direction du fief kadhafiste de Syrte ont reconnu faire face à une résistance inattendue à Ben Jawad, à environ 140 km à l'est de leur objectif. Dans l'Ouest, les forces loyales à Mouammar Kadhafi encerclent et bombardaient Zouara, sur la route côtière menant à la frontière tunisienne. Mouammar Kadhafi reste introuvable même si des rumeurs insistantes affirment qu'il serait à Tripoli dans le quartier d'Abou Salim, l'un des derniers fiefs des forces de Mouammar Kadhafi. Les insurgés ont encerclé le quartier et donné l'assaut dans la foulée d'un raid aérien de l'Otan contre un bâtiment de ce secteur. Ailleurs dans la capitale, les habitants des quartiers s'organisent pour combattre les pro Kadhafi.

Avec notre envoyé spécial à Tripoli,

Ce jeudi, les tirs ont été beaucoup moins nombreux que hier, mais les familles restent calfeutrées chez elles et leurs hommes dans les comités d’autodéfense de leur quartier craignent toujours les snipers, les infiltrations et des attaques kadhafistes. Des cartes d’ailleurs vont bientôt être distribuées pour contrôler toutes les entrées et les armes commencent aussi à être enregistrées pour pouvoir les récupérer une fois la guerre terminée pour éviter toute prolifération.

Sur le plan militaire, les rebelles ont marqué des points. D’abord en consolidant leurs positions. La résidence de Bab al-Aziziya semble désormais sous leur contrôle, beaucoup plus sécurisée que mercredi en tout cas. Les gens y viennent maintenant poser pour une photo souvenir devant cette fameuse statue en forme de poing écrasant un F16 américain. Beaucoup de curieux viennent aussi pour visiter tout simplement les anciens appartements présidentiels totalement dévastés, pillés et saccagés dans les combats très violents de ces derniers jours.

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Changement d’ambiance donc à Tripoli. Il faut bien imaginer que hier mercredi au même endroit des balles des snipers sifflaient au milieu des rebelles et les loyalistes parvenaient encore à pilonner la forteresse kadhafiste.

En fait, ce jeudi, le front s’est déplacé plus au sud, c'est-à-dire dans le quartier relativement pro Kadhafi d'Abou Selim. Dans cette zone les rebelles ont rassemblé leurs forces. Des centaines d’hommes et de pick-up dont beaucoup viennent de Misrata avec mitrailleuses lourdes et lance-roquettes Grad se concentrent à cet endroit. Ils ont lancé un assaut d’envergure dans la soirée parce que selon une rumeur Kadhafi et certains de ses fils seraient à l’intérieur de ce quartier et cette rumeur a vraiment galvanisé ces combattants qui sont déterminés à mener à bien cette traque même si pour l’instant rien n’indique vraiment que Kadhafi soit caché dans ce quartier.

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Où pourrait se cacher Mohammed Kadhafi ?

© AFP PHOTO/AL-MANARA

Selon Olivier Pliez, géographe et chercheur au CNRS, spécialiste de la Libye, le Guide libyen s'il veut se cacher peut s'appuyer sur ses réseaux dans deux villes : Syrte -d'où les rebelles tentent maintenant de se rapprocher- et la ville de Sebha dans la région du Fezzan dans le sud-ouest.

« Deux endroits logiques apparaissent. D’abord, Syrte : ville nouvelle, ville créée de toute pièce, ville symbole du pouvoir de Mouammar Kadhafi. Dans la région, la tribu des Kadhafa a son assise territoriale.

Et d’autre part, dans le sud-ouest de la Libye, dans une région saharienne qui se situe à quelques centaines de kilomètres plus au sud, en frontière avec le Niger, le Tchad et l’Algérie, une région qui s’appelle le Fezzan, et notamment la ville de Sebha qui est une ville dans laquelle il a fait ses études à l’école primaire. Mais aussi dans le Fezzan parce que cette région est un grand carrefour transsaharien par lequel passent les migrants dont on a beaucoup parlé, mais aussi de nombreux échanges commerciaux avec le Niger et le Tchad.

Tous ces réseaux transsahariens, Kadhafi les a directement ou indirectement soutenus dans la durée. Et beaucoup dans cette région lui doivent énormément du point de vue des activités économiques florissantes liées à l’économie de transit de marchandises et de migrants. »

Dans le reste du pays, les combats continuent

Les rebelles buttent de nouveau sur Ben Jawad. La résilience des forces loyalistes dans cette localité, à 150 kilomètres de Syrte, a frustré à plusieurs reprises depuis le début du conflit, les ambitions des insurgés sur le front Est. Les hommes de Kadhafi, après avoir perdu Brega, sont visiblement parvenus à dresser des lignes de défense solides sur la route qui longe le golfe de Syrte, la ville natale de l'ancien Guide.

Sur le front Ouest les forces fidèles au colonel affichent le même activisme, notamment dans les localités d'Adjelat et de Zaouya, et elles continuent de pilonner Zouara, dernière grande ville avant le poste frontière avec la Tunisie. « C’est une ville qui est attaquée depuis trois jours avec des missiles Grad, avec des blindés qui viennent notamment du sud de la ville, par trois axes différents. Les civils sont touchés, il y a beaucoup de blessés. Toute la ville est encerclée en fait, il n’y a pas de point de sortie ni d’entrée. Les blessés ont dû être évacués par la mer vers la Tunisie. La situation reste complexe et dangereuse », explique Otmane Bensasi, représentant de Zouara au sein du CNT.

Les soldats loyalistes sont en nombre sur cette portion de route longue d'une centaine de kilomètres entre la capitale Tripoli et Zouara. Il s'agit selon les rebelles, de soldats qui ont dû reculer suite aux revers essuyés aux mois de juin et juillet dans le Djebel Nefoussa, mais aussi des fidèles à Kadhafi qui ont fui les combats de ces derniers jours dans la capitale Tripoli.

 

 

 

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