La Commission contre la corruption du Nigeria est elle-même corrompue, d'après HRW

Le rapport de HRW : La corruption en procès? Le bilan de la Commission contre le crime économique et financier. Sur la couverture, Bode George, à sa sortie de prison.
© (HRW)

Un rapport de l'organisation des droits de l'homme, Human Rights Watch, rendu public le 25 août 2011 dénonce les faillites de l'agence nigériane contre la corruption (EFCC) dans sa mission : ingérence politique, incompétence et... corruption interne.

La commission contre le crime économique et financier (EFCC) a été créée en décembre 2002. À son actif, l’EFCC a enquêté sur une trentaine de personnalités politiques de premier plan, mais au final, seulement quatre personnes ont été poursuivies, écopant de peines allégées. Bode George, membre du parti au pouvoir et président de l'Autorité des ports nigérians, est le seul à avoir été emprisonné pendant deux ans et demi, et accueilli avec enthousiasme par les hommes politiques.

Un maigre bilan pour Eric Guttschuss, spécialiste du Nigeria au sein de Human Rights Watch (HRW)  : « L’EFCC fait face à d’importantes entraves. Certaines sont dues à des problèmes de corruption en interne et d’incompétence, d’autres sont imputables aux limites du système judiciaire et de l’exécutif ».

L’organisation américaine estime à l’image de nombreux Nigérians que l’agence anti-corruption est aussi souvent un instrument de persécution aux mains du pouvoir exécutif : « Quand l’EFCC a peu d’indépendance, elle se penche sur les cas de corruption faciles à traiter, des cas qui ne sont pas trop proches du pouvoir exécutif. Tant que le responsable de l’agence n’aura pas l’assurance d’être nommé pour une durée de dix ans, sans être limogé du jour au lendemain, il y a un risque que l’EFCC soit utilisée comme instrument de persécution politique et que l’entourage du président ne soit jamais inquiété ».

Joint par RFI à Abuja, Femi Babafemi, le porte-parole de la Commission, a refusé de commenter en détails les accusations de corruption interne, avançant qu’il s’agissait de rumeurs sans preuves. Il a toutefois jugé les recommandations du rapport salutaires : « la lutte contre la corruption ne peut pas être la bataille d’une seule agence. Elle doit impliquer toute la société nigériane ».

De l'indépendance (1960) à 1999,  plus de 380 milliards de dollars auraient disparu des caisses de l'État en corruption et mauvaise gestion, selon un chiffre cité par l'ancien président de la commission. Farida Waziri, une ancienne commissaire de police, est  présidente de l'EFCC depuis mai 2008.

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À consulter :

Corruption on Trial. Rapport HRW 25/8/2011.
 

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