Libye : tortures et exécutions dénoncées par Amnesty International


©

Amnesty International a appelé à l’arrêt des tortures et mauvais traitements en Libye, commis dans les deux camps, par des rebelles et par des pro-Kadhafi. L’association de défense des droits humains se base sur des témoignages recueillis sur le terrain. Elle fait également état d’exécutions sommaires de détenus, par des forces loyales à Kadhafi.

Dans un communiqué, publié ce vendredi 26 août 2011, Amnesty International fait état d’exécutions sommaires de prisonniers dans deux camps militaires, proches de Tripoli. Dans ces deux camps, utilisés par la brigade Khamis Katiba -elle-même dirigée par l’un des fils du colonel Kadhafi, Khamis Kadhafi– les forces loyales ont exécuté, en début de cette semaine, « de nombreux prisonniers », alors que les rebelles étaient déjà entrés dans Tripoli, affirme Amnesty International.

Dans l’un des camps, à Khilit al-Ferjan, dans la banlieue de Tripoli, des gardes ont ouvert le feu et lancé des grenades sur environ 160 détenus qui tentaient de s’échapper. Amnesty International rapporte qu’une vingtaine de détenus ont pu s’enfuir, mais elle n’est pas en mesure de fournir des informations sur ce qui a pu arriver aux survivants, ni combien ils sont.

Dans l’autre camp, à cinq Km, à Qasr Ben Ghashir, des gardes ont ouvert les cellules de cinq détenus et les ont abattus, entraînant un mouvement de panique. Les quelque 70 autres prisonniers ont réussi à s’échapper, mettant en fuite les cinq gardes qui les retenaient.

Interrogée par RFI, Hassiba Hadj Sahraoui, directrice adjointe du programme Moyen-Orient et Afrique du Nord d’Amnesty International précise que les 160 détenus du camp de Khilit al-Ferjan, sont probablement des personnes qui ont été arrêtées au cours du conflit et non pas des anciens détenus politiques.

Il est probable que les détenus soient des personnes étant perçues comme étant proches de l’opposition et qu’on a cherché à neutraliser en les faisant disparaître
Hassiba Hadj Sahraoui, directrice adjointe du programme Moyen-Orient et Afrique du Nord d’Amnesty International
10-10-2013 - Par Nicolas Champeaux


Appel à l’arrêt des tortures et mauvais traitements commis dans les deux camps

La délégation locale d’Amnesty International en Libye a par ailleurs recueilli des témoignages « très forts » qui font état de tortures pratiquées par les deux camps, notamment à Zawiyah, ville côtière, proche de Tripoli. Les conditions de détention dans les prisons sont aussi dénoncées. L’école de Bir Tirfas, utilisée comme prison pour les anciens soldats pro-Kadhafi, les mercenaires et loyalistes de l’ancien régime, est un exemple. Les conditions de détention y sont apparues extrêmement difficiles, avec par exemple 125 personnes entassées dans une cellule, incapables de s’allonger ou de bouger. Un prisonnier a témoigné que les détenus étaient « battus et insultés » en prison.

D’autres détenus, désignés comme des mercenaires par les rebelles, ont indiqué à Amnesty qu’ils n’étaient pas des mercenaires, mais des travailleurs immigrés africains. Ils ont été arrêtés chez eux ou sur leur lieu de travail, à cause de la couleur de leur peau.

En début de semaine, c’était au tour de Malcolm Smart, directeur du programme Moyen-Orient et Afrique du Nord d’Amnesty International de déclarer que « les travailleurs migrants coincés en Libye, dont beaucoup sont originaires de pays d’Afrique subsaharienne, sont très vulnérables. Non seulement la situation explosive sur le terrain les empêche de fuir, mais en plus ils peuvent être pris pour cibles s’ils sont perçus comme des ˝mercenaires˝ ».

Amnesty International rappelle également que pendant le conflit, la torture était généralisée, du côté des forces pro-Kadhafi. A la prison Abou Salim de Tripoli, des témoignages de viols de détenus par les gardiens ont été recueillis.

L’Association rappelle enfin que « des milliers d’hommes, y compris des civils non armés, ont disparu » et que certains, relâchés récemment, ont témoigné des tortures et mauvais traitements subis dans les prisons de Syrte et Tripoli, ainsi que d’exécutions sommaires.