Les mercenaires africains de Kadhafi


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Les forces pro-kadhafistes opposent encore de la résistance aux insurgés, notamment à Bani Walid, mais leur sort semble scellé. Parmi ces hommes, des mercenaires africains notamment touareg, maliens, nigériens. Ils étaient venus en Libye écoutant des promesses d’emploi, d’argent qu’ils pourraient envoyer à leurs proches, mais ne s’attendaient pas à se battre pour un pays qui n’est pas le leur et pour un régime qu’ils ne soutiennent pas. Beaucoup sont morts, d’autres ont été capturés par les rebelles et leur sort est incertain. Quelques uns ont pu réchapper de l’enfer et témoignent.

Un treillis, une arme automatique et une semaine de formation militaire. C’est tout ce que donnait le régime de Kadhafi aux mercenaires africains non libyens qu’il recrutait pour les envoyer sur le front combattre avec les troupes du « Guide » contre l’insurrection. Mal formés, ils étaient venus en Libye pour gagner de l’argent, mais sûrement pas pour faire la guerre. Appâtés par les promesses des recruteurs qui annonçaient voitures, maisons, argent, ils se sont engagés pour un pays qui n’est pas le leur, et pour toucher, seulement au retour des batailles, une solde minime, en moyenne 500 euros par mois. Certains ont vécu l’enfer et leur sort suscite des inquiétudes.

Selon la Fédération internationale des droits de l'homme, environ 6 000 mercenaires africains se trouvaient en Libye en février 2011. Près d'un millier auraient été recrutés à la même époque et vraisemblablement d'autres sont venus les rejoindre au fil des combats. Mais il reste aujourd’hui impossible de connaître le nombre de mercenaires africains présents au sein des forces de Mouammar Kadhafi. Ce que l’on sait, c’est qu’ils se sont battus dès le début de la révolution, il y a six mois, notamment sur le front de Benghazi.

Retour au pays avec un garrot

Placés en première ligne, utilisés comme boucliers, ces soldats de fortune souvent sans formation militaire ont subi les assauts, la violence des batailles. Beaucoup sont morts, certains blessés sont repartis au pays, sans même se faire soigner avec seulement un garrot pour stopper l’hémorragie.

Ceux qui sont encore en Libye vivent cachés car un grand nombre d’Africains ont été arrêtés par les insurgés depuis la prise de Tripoli. Ils sont toujours en prison et il est quasi impossible de les rencontrer. Parmi ces hommes, il y a des mercenaires mais aussi des civils, interrogés par les forces de sécurité, qui annoncent qu’elles souhaitent juger ceux qui se sont battus. Mais aucun calendrier ne peut être fixé car le système judiciaire n’existe plus aujourd’hui en Libye.

Recrutement à la va-vite

Le recrutement des ces hommes se faisait de manière très simpliste. Il suffisait d’une pièce d’identité, parfois même une simple photocopie, et de deux photos pour rentrer dans l’armée de l’ex-régime. Organisée par des militaires libyens mais aussi par des Africains, l’embauche de ces mercenaires s’est faite dans l’ex-citadelle de Kadhafi de Bab al-Aziziya ou dans les quartiers populaires comme celui d’Abou Salim.

Après leur semaine de formation au maniement de l’arme, les mercenaires étaient intégrés dans la foulée dans trois casernes et emmenés sur différents fronts sans savoir ce qu’ils allaient combattre. Il y a des histoires terrifiantes sur leur sort : certains combattants racontent par exemple que les soldats de Kadhafi se retournaient contre eux s’ils refusaient d’avancer ou si la bataille semblait perdue.

Quelques uns ont accepté de témoigner. Mohamed, un Nigérien qui a combattu pour Kadhafi et pour améliorer sa vie et celle de sa famille, parle d'une guerre qui l'a marqué pour toujours.

Je regrette beaucoup mon geste. J'aimerais que tout cela s'arrête. Je soutiens la démocratie.
Mohamed
10-10-2013 - Par Guillaume Thibault

« Dieu seul sait combien sont morts »

Un autre mercenaire touareg qui a combattu aux côtés des troupes de Kadhafi à Benghazi, Brega et Misrata, raconte ses derniers instants au front : «J’étais à plat ventre pendant le combat. J’avais une mitrailleuse. Je me lève un instant, et cela coïncide avec un tir de RPG de l’un de mes compagnons. J’ai reçu dans la poitrine la partie du missile qui se projette en arrière. C’était à Misrata. Depuis cette blessure je ne suis plus jamais retourné au front. » Selon lui, « parmi les Nigériens et les Maliens, il y a eu beaucoup de morts. Dieu seul sait combien ». Il dit qu’il en connaissait certains, et qu’il y avait « au moins 40 morts par jour sans compter les blessés » Quelques jours après son retour à Agadez, il apprenait la mort de quelques autres de ses camarades restés au front en Libye.

Un troisième, lui aussi touareg qui a combattu dans les forces pro-Kadhaf, raporte avoir été appâté par Aghali Alambo qui lui a promis, à lui et deux autres hommes, « chacun trois millions et demi. Il avait promis que cet argent allait être envoyé à nos familles, il n’en était rien. Nos familles n’avaient rien reçu, nous non plus », raconte-til. Et conclut : « la souffrance c’est tout ce que nous avons eu ».