Côte d’Ivoire: première réunion de travail pour les membres de la Commission vérité et réconciliation

Photo prise devant le cabinet privé de Charles Konan Banny, le président de la Commission dialogue, vérité et réconciliation. Il manque sur la photo le 11e commissaire, la star du football Didier Drogba, qui représente les Ivoiriens de la diaspora.
© Maureen Grisot

Les 11 membres de la « Commission dialogue, vérité et réconciliation » se sont réunis ce mardi 6 septembre 2011, au lendemain de leur nomination. Le président de la Commission, l’ancien Premier ministre Charles Konan Banny, s’est attaché à définir les missions qui incombent à cette instance chargée de réconcilier les Ivoiriens.

L’équipe de l’ancien Premier ministre Charles Konan Banny était ce mardi presque au complet. A son cabinet, il manquait juste le footballeur Didier Drogba qui n’a pas pu se déplacer pour cause de blessures lors d’un match du championnat anglais, il y a deux semaines.

Une première réunion de travail pour les membres d’une Commission qui a la lourde tâche de convaincre les Ivoiriens de vivre ensemble pacifiquement, après dix ans de tensions politiques et de terribles violences. En cinq mois, la dernière crise postélectorale 2010-2011 a fait au moins 3 000 morts.

Une Commission qui se veut représentative du peuple ivoirien

Voulue par le président Alassane Ouattara et inspirée du modèle sud-africain, la Commission est constituée par des autorités religieuses, des commissaires qui représentent les grandes régions de la Côte d’Ivoire, un chef coutumier, un footballeur médiatique et quatre femmes.

Charles Konan Banny sera d’abord épaulé par trois vice-présidents. Le premier est un chef coutumier, le roi des N’Zima Kôtôkô, sa Majesté Désiré Amon Tanoé, au nom des rois et chefs traditionnels de Côte d’Ivoire. C’est aussi un ancien diplomate et ancien leader des étudiants, qui adorait défier les autorités. Aujourd’hui, le roi s’est assagi.

Cheick Boikary Fofana est le deuxième vice-président. Homme de terrain, il est le président du Conseil supérieur des imams (COSIM). Véritable autorité de la communauté musulmane en Côte d’Ivoire, il est l’un de ceux qui ont permis d’éviter que la crise politico-militaire ne bascule en un conflit interreligieux. Il est respecté par les musulmans et les non-musulmans.

Le troisième vice-président est une autre figure charismatique.L’archevêque métropolitain du diocèse de Bouaké, Mgr Paul Siméon Ahouanan, est un franciscain et un homme franc et direct. Au plus fort de la crise postélectorale, ses interventions avaient été appréciées aussi bien au nord qu’au sud de la Côte d’Ivoire.

Les femmes intègrent également la Commission. C’est Charles Konan Banny qui l’a déclaré : « Cette réconciliation, forcément, passe par les femmes ». Elles sont au nombre de quatre : Odette Kouaméet Françoise Offoumou Kaudjisqui représentent respectivement le centre et l’est du pays ; Marie-France Goffri qui représente le sud et Djégué Kane Diallo qui représente les Africains qui résident en Côte d'Ivoire. 

Les résidents ouest-africains sont, quant à eux, représentés par Diégué Kane Diallo, et la diaspora ivoirienne par le footballeur international Didier Drogba. La star du football n’est pas seulement un symbole ; au plus fort de la crise postélectorale, il a essayé de jouer un rôle fédérateur. Issu de la même ethnie que Laurent Gbagbo, Drogba est sorti de son rôle de joueur en appelant au calme et en demandant aux différents acteurs de la crise de penser d’abord à la Côte d’Ivoire.

La réconciliation doit passer par la justice

L’un des défis de la Commission, c’est de parvenir à dissiper l’idée que la réconciliation se fait sur le dos du camp de l’ancien président.

Laurent Gbagbo et certains de ses proches sont déjà inculpés pour crimes économiques ou pour atteinte à la sûreté de l’Etat. Ses partisans, les moins radicaux, demandent la libération de tous les ténors de l’ancienne majorité présidentielle qui sont aujourd’hui derrière les barreaux afin qu’ils participent au dialogue et à la réconciliation.

Pour le moment, les mandats d’arrêt sont essentiellement lancés contre les membres de l’ancien régime.

La Commission Konan Banny, qui s'installera officiellement le 28 septembre prochain, risque de voir son travail pollué par le soupçon qui commence à s’installer, alimenté par des organisations de défense des droits de l’homme, selon lesquels le pouvoir actuel veut instaurer une justice des vainqueurs.

Veiller à ce que « les poursuites judiciaires ne soient pas perçues comme le prolongement de la lutte armée », c’est aussi un des appels adressés aux membres de la Commission afin que leur travail de réconciliation puisse réussir.

Dans un entretien accordé à RFI le 17 juin 2011, Reine Alapini-Gansou, rapporteur spéciale de la Commission africaine des droits de l’homme et des peuples, insistait sur le devoir de justice pour les victimes. « Pas de réconciliation en Côte d’Ivoire sans justice pour les victimes », avait-elle déclaré après avoir expliqué que la Commission vérité et réconciliation se devait d'être impartiale mais ne devait, en aucun cas, occulter la question cruciale de la réparation des préjudices subis par les victimes.

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