Dix ans après le 11-Septembre : Aqmi, franchise d'al-Qaïda en Afrique

Le chef de l'Aqmi, Abdelmalek Droukdel alias Abou Moussab Abdelwadoud sur l'écran d'un groupe de surveillance américain de terrorisme à Paris.
© AFP/THOMAS COEX

Dix ans après les attentats d’al-Qaïda aux Etats-Unis, Aqmi (al-Qaïda au Maghreb islamique) constitue une des tentacules se réclamant du mouvement terroriste de ben Laden. Elle sévit en Afrique du nord et particulièrement dans la région du Sahel où les différents gouvernements tentent d'agir de concert pour lutter contre ce fléau.

D’origine algérienne, cette organisation islamiste a été précédée jusqu’en 2007 par le GSPC, Groupe salafiste pour la prédication et le combat, et aurait renforcé, selon plusieurs observateurs, ses relations avec aussi bien des dissidents touaregs qui sillonnent la région que des trafiquants d’armes et de drogue.

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Al-Qaïda au Maghreb islamique (Aqmi) est basé dans les régions frontalières de l'Algérie, du Niger, du Mali et de la Mauritanie. © RFI/Latifa Mouaoued

Le Sahel s'étend essentiellement des régions semi-arides du Sénégal jusqu'à certaines parties de la Mauritanie, du Mali et du Niger qui sont déconseillées aux visiteurs étrangers après de nombreuses prises d’otages.

La lutte armée qui a toujours été une tradition en Algérie a connu son apogée après l’indépendance avec le retour de combattants islamistes partis s’entraîner et se battre au Pakistan et en Afghanistan contre les soviétiques. Les « Afghanis » comme on les appelait avaient noué ainsi des liens étroits avec les moudjahidines puis les talibans, qui avaient bénéficié à l’époque du soutien de l’Arabie Saoudite et des Etats-Unis au nom de la lutte contre le communisme. Par la suite, de nombreux Algériens et Arabes sont partis se battre en Irak après l’invasion américaine pour soutenir al-Qaïda, ce qui a donné une impulsion nouvelle à leurs activités.

Conférence antiterroriste au Sahel

La recrudescence des attaques terroristes dans le Sahel et des enlèvements de ressortissants étrangers - certains exécutés, mais dont la plupart ont été libérés contre rançon, gonflant le trésor de guerre d'Aqmi - a suscité l’émoi des pays de la région mais aussi de l’Union européenne et des Etats-Unis. L’Algérie, qui entend jouer un rôle de chef de file dans la région, a d’ailleurs réuni, les 7 et 8 septembre dernier, une Conférence sur la coopération antiterroriste entre les pays du Sahel et leurs partenaires extérieurs.

L’Algérie affirme, en effet, vouloir normaliser ses relations avec ses voisins car elle a longtemps considéré le Mali, par exemple, comme un maillon faible de la région en termes de lutte contre le terrorisme. Le gouvernement algérien reprochait en particulier au Mali d'avoir libéré des terroristes en échange des otages français détenus par Aqmi et a également des divergences avec la Mauritanie.

L'Algérie a été mandatée par les membres du Comité d’état-major opérationnel conjoint (Cemoc), qui a vu le jour en avril 2010, d’organiser une réunion sur la sécurité de la région subsaharienne. Le Cemoc est destiné à combattre l’Aqmi et a exclu toute ingérence étrangère directe sur le terrain. Le dispositif compte pour le moment 25 000 hommes dévolus à cette tâche, qui passeront à 75 000 dans les dix-huit mois à venir.

Le développement économique de la région est considéré comme une des armes contre Aqmi, privant le mouvement de ses foyers de recrutement. Ainsi, parallèlement aux initiatives régionales africaines, Européens et Américains ont multiplié les contacts et les déplacements. Les pays de UE, avec en tête la France qui entretient des relations privilégiées avec le Mali, la Mauritanie et le Niger, soutiennent l’Initiative sur le Sahel élaborée par la responsable européenne des Affaires étrangères, Catherine Ashton, et la Commission. Le Conseil des Affaires étrangères de mars 2011 a donné son feu vert concernant cette stratégie pour la sécurité et le développement, jugés indissociables pour favoriser la croissance économique et la réduction de la pauvreté. Cette stratégie comprend quatre axes spécifiques : développement, bonne gouvernance et résolution des conflits internes ; action politique et diplomatique ; sécurité et État de droit ; lutte contre l'extrémisme violent.

Une situation libyenne préoccupante

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L'UE veut combattre les causes profondes de la pauvreté, qui favorise le recrutement terroriste, en étroite coopération avec les autorités, la société civile et les instances régionales et internationales. Dans ce cadre, la Commission européenne soutient la consolidation des institutions étatiques, de la justice, de la police et des douanes afin de renforcer la sécurité et l'état de droit dans la région, et tenter ainsi de faire reculer le terrorisme, les enlèvements et les activités criminelles transfrontalières telles que le trafic de drogue et la traite des êtres humains. Cette stratégie a été au centre de visites de responsables européens dans la région du Sahel mais aussi de rencontres bilatérales avec la France qui fournit un soutien économique et sécuritaire.

Cette situation est aggravée par la crise libyenne qui favorise la prolifération d’armes dans la région. Le colonel Mouammar Kadhafi en fuite et introuvable, a toujours combattu le terrorisme islamique mais il pourrait soutenir les activités d’Aqmi pour semer le chaos, d’autant plus qu’il a beaucoup aidé financièrement les pays du Sahel dans le cadre de sa vision du « grand Sahara ».

Pour la France, la sécurité au Sahel est une priorité qui passe notamment par un appui renforcé au développement des régions concernées. Dans le cadre d’un Fonds de solidarité prioritaire (FSP) régional (Mauritanie, Mali, Niger), Paris a engagé dès 2009 des actions visant à renforcer la justice et la sécurité ainsi que la coopération militaire.

De son côté, le général Carter Ham, patron du Commandement militaire américain pour l’Afrique, l’Africom, a apporté son soutien aux pays du Sahel dans leur action commune dans la lutte contre le terrorisme au cours de visites en Algérie et en Mauritanie notamment.

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