Trois ans avant le 11-Septembre, les attentats de Nairobi et Dar es Salaam


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A Nairobi au Kenya et à Dar es Salaam en Tanzanie, le 7 août 1998, deux attentats à 10 mn d’intervalle frappaient les intérêts américains. Ces deux capitales africaines qui sont loin d’être des vitrines de la toute puissance américaine ont tout de même subi les assauts de groupes islamistes anti-américains. Le choix des lieux n’avait pas une importance capitale mais il démontrait que partout les intérêts américains seraient désormais en danger.

Le 7 août 1998 à 10h30, le Kenya et la Tanzanie sont plongés dans l'horreur. Les explosions quasi simultanées de voitures piégées devant les ambassades américaines font quelque 243 morts et des milliers de blessés à Nairobi, une douzaine de morts et des centaines de blessés à Dar es Salaam.

Tout parait étonnant. Le mode opératoire est nouveau, jamais vu en Afrique subsaharienne. La recherche de carnage est surprenante. L'attaque bien préparée est menée à la voiture piégée. Les véhicules bourrés d’explosifs, quelque 900 kg,  explosent avec leur conducteur devant l'ambassade. A Nairobi, le souffle de la déflagration a provoqué l'effondrement de plusieurs immeubles du quartier des affaires.

Sur la totalité des victimes, moins d’une vingtaine sont américaines

Malgré la promptitude des revendications par l’Armée islamique de libération des lieux saints musulmans, les soupçons se tournent dans un premier temps vers les extrémistes hutus rwandais et l’opposition radicale kényane. Ces deux hypothèses auraient pu avoir des intérêts communs : condamner le soutien américain au nouveau pouvoir rwandais ou encore la complaisance américaine face au pouvoir vieillissant du président Daniel Arap Moi au Kenya.

Mais ces pistes seront rapidement abandonnées car le visage de la nouvelle guerre se précise. En effet, tous les groupuscules islamistes ont alors commencé à se placer sous la coupe d’un financier entièrement voué à la destruction du « grand Satan » américains. Ce champion de la nouvelle lutte s'appelle Oussama ben Laden. Il a jeté les bases d’une « multinationale » du terrorisme baptisée al-Qaïda. Il s'est aussi spécialisé dans la publication de moult fatwas contre les Etats-Unis depuis le début des années 90.

Principaux accusés, le groupe terroriste et son chef sont visés quelques jours plus tard par une riposte ordonnée par le président américain, Bill Clinton. Un camp d’entrainement des moudjahidines en Afghanistan est bombardé, puis une usine chimique au Soudan, soupçonnée d’être une unité de production d’armes. Ces représailles qualifiées de « maigres » ont, selon de nombreux observateurs, permis à al-Qaïda de tirer des enseignements pour le futur.

En effet, la posture « internationale » du groupe terroriste regroupant des soldats d’horizons divers le rend insaisissable. Il a établi ses fondations sur la guerre en Afghanistan contre l’occupation soviétique, à partir de 1979 avec, à l’époque, l’aide des Américains. Tous ces éléments réunis ont pu servir de galop d’essai en attendant de viser plus haut et plus fort et - pourquoi pas? - sur le sol américain.

Impact et enseignements

Loin de toutes ces préoccupations, l’Afrique, à travers ses institutions politiques, condamne les attentats de Nairobi et Dar es Salam, mais elle se sent surtout faible et fragile, prise entre le marteau et l’enclume. Trop soutenir les Etats-Unis dans cette épreuve l’exposerait, peut-être, à davantage d’actions spectaculaires et meurtrières. A l’inverse, marquer une solidarité avec ces mouvements de « libération », fussent-ils d’obédience religieuse, reviendrait à accorder peu de crédit aux vies humaines et aussi à prendre le risque de se passer du parapluie occidental avec des conséquences fortes sur le plan économique.

Les Etats-Unis se considèrent comme la principale victime de ces attentats (ambassades détruites et moins d’une vingtaine de morts) et se préoccupent peu du sort des Kényans et des Tanzaniens, encore moins de l’insaisissable organisation terroriste. Pour assister les familles, le gouvernement kényan a créé un fonds essentiellement alimenté par des apports privés. Les blessés recevront une indemnité comprise entre 400 et 1 500 dollars américains et les familles des disparus quelques 9 000 dollars. Ces indemnisations sont dérisoires en comparaison à celles versées pour les victimes du 11-Septembre évaluées entre 1 et 3 millions de dollars par personne.

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A consulter :

Kenya : l'amertume des victimes des attentats. Article RFI 15/9/2001