Révélations de Robert Bourgi : beaucoup de démentis et une confirmation


©

C'est un véritable pavé dans la mare «Françafrique» que vient de lancer Robert Bourgi, conseiller non officiel de Nicolas Sarkozy pour l'Afrique. Dans Le Journal du Dimanche, cet avocat Franco-Libanais, héritier de Jacques Foccart révèle 25 ans de pratiques occultes en France. Il affirme que la campagne présidentielle de 2002 de Jacques Chirac a été financée par plusieurs chefs d'Etat africains, avec la complicité de Dominique de Villepin. Des propos qui ont provoqué la réaction des intéressés qui les réfutent en bloc, à l'exception du président de l'Assemblée nationale ivorienne. 

Mais que cherche Robert Bourgi ? En révélant au grand jour les pratiques du financement des campagnes politiques françaises par l'argent du pré-carré africain, Robert Bourgi fait trembler l'édifice de la Françafrique : selon ses dires, durant plus de 25 ans, la classe politique française a été financée avec l'argent des pays africains. Principal bénéficiaire du système : Jacques Chirac à la mairie de Paris puis à la tête de la France.

Depuis hier dans la presse, cet homme de tous les secrets du pouvoir se fait très bavard. Il assure qu'à l'occasion de la campagne présidentielle de 2002, cinq chefs d'Etat africains, Abdulaye Wade, Blaise Compaoré, Laurent Gabgbo, Denis Sassou Nguesso et Omar Bongo ont versé environ, 10 millions de dollars pour le compte de Chirac. C'est Dominique de Villepin, alors secrétaire général de l’Elysée qui est à la manoeuvre.

Dans ce circuit trouble, c'était lui le porteur de valises, mais alors pourquoi parler aujourd'hui?« parce que les temps ont changé et qu'il veut une France propre. Or cette France de la rupture c'est Nicolas Sarkozy qui l'incarne, affirme t-il, avec des accents gauliens ».

Il était temps de mettre fin à ces pratiques inacceptables,(...),au côté obscur de la Françafrique. Je veux une France propre, je veux une relation avec l'Afrique assainie dans le droit fil de ce que le président de la République a décidé.
Robert Bourgi
10-10-2013 - Par Christine Muratet

Selon lui, le président français a rompu avec ce système de financement occulte. Plus question de soutenir des potentats au pouvoir depuis 30 ans, et de citer le Burkina, le Sénégal ou la Guinée Equatoriale.


Ces Etats ont démenti fermement toutes ces allégations. Robert Bourgi refuse qu'on le qualifie de conseiller Afrique de Nicolas Sarkozy. Mais celui qui appelait Omar Bongo «papa» , se targait, il n'y a pas si longtemps, d'avoir favorisé la candidature du fils Ali Bongo...!

Réactions

Comment les révélations de Robert Bourgi à propos de l’argent que Laurent Gbagbo a envoyé à Jacques Chirac ont-elles été accueillies à Abidjan ?

Le n° 2 du régime déchu de Laurent Gbagbo, Mamadou Koulibaly a affirmé le 11 septembre à l’Agence France Presse que 3 millions d'euros ont été transférés d'Abidjan à Paris en 2002, pour financer la campagne électorale du président français Jacques Chirac. Les déclarations du président de l’Assemblée nationale ivoirienne confirment ainsi une partie des accusations de l'avocat Robert Bourgi, le conseiller officieux pour l'Afrique de Nicolas Sarkozy, à qui Jacques Chirac avait également confié plusieurs missions auprès de certains chefs d’Etat africains.

Du côté de la Côte d’Ivoire, Mamadou Koulibaly fait état d'environ 2 milliards de francs Cfa soit à peu près 3 millions d'euros, que Laurent Gbagbo a envoyés à Jacques Chirac. Des coupures de billets transportées par valise. Mamadou Koulibaly, qui a quitté récemment le FPI (Front populaire ivoirien), le parti de Laurent Gbagbo, pour créer sa propre formation politique, dit avoir rencontré Robert Bourgi à la table de Gbagbo. L’avocat français était à Abidjan pour solliciter un financement occulte de la campagne présidentielle en France.

Face à l’objection de Mamadou Koulibaly, qui s’opposait contre une donation d’un pays pauvre à un pays riche, Robert Bourgi lui aurait dit qu’« on est généreux quand on veut faire de la politique ».

Le FPI n’a pas encore réagi à ces révélations, comme d’ailleurs le nouveau pouvoir.

Ce n'est pas le cas du Burkina Faso qui rejette en bloc les révélations de Robert Bourgi, affirmant qu’il a ramené de Ouagadougou pour Jacques Chirac et Dominique de Villepin la somme de 3 millions de dollars cachés dans des djembés, des tamtams africains, et qu'il est arrivé à l'Elysée avec un émissaire burkinabè Salif Diallo, alors ministre de l'Agriculture. Réaction du porte-parole du gouvernement, Alain Edouard Traoré.

Tout cela est grotesque,et c'est l'image de la France qui est en jeu.
Alain Edouard Traoré,
10-10-2013 - Par Christine Muratet

Robert Bourgi affirme aussi que le président équato-guinéen Obiang Guéma a remis directement à Dominique Villepin une mallette de 1 million et demi d'euros, pour la campagne présidentielle de 2002 de Jacques Chirac. Ce que dément catégoriquement ce dernier par la voix de son conseiller spécial, Miguel Oyono.

C'est une campagne de diffamation contre des Chefs d'Etats africains. Nous avons avec la France des relations d'Etat à Etat.
Miguel Oyono
10-10-2013 - Par Christine Muratet

Révélations de Robert Bourgi : réactions à Dakar
10-10-2013 - Par Laurent Correau
De son côté, le Sénégal réfute également par les accusations sur ces fonds occultes. «Je voudrais démentir de la manière la plus formelle ces affirmations de Robert Bourgi», a déclaré à l'AFP Serigne Mbacké Ndiaye, porte-parole et ministre à la présidence, tandis que la société civile sénégalaise dénonce ces pratiques.