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Tunisie

Tunisie : le mouvement islamiste Ennahda veut rassurer avec son nouveau programme

Arrivée de Rached Ghannouchi, le chef du parti islamiste tunisien Ennahda, à Tunis le 30 janvier 2011.
© AFP/FETHI BELAID

Grand favori des premières élections libres en Tunisie, le mouvement islamiste tunisien Ennahda a présenté son programme, ce mercredi 14 septembre 2011, à Tunis. Rached Ghannouchi, responsable du mouvement, a tenu à rassurer une partie de l’électorat tunisien qui redoute l’arrivée d’Ennahda au pouvoir, lors de l’élection du 23 octobre 2011.

La réunion publique s’est ouverte, devant un millier de partisans d’Ennahda rassemblés au palais des Congrès de Tunis, sur la lecture d’un verset du Coran. La charia, la loi islamique, n’a en revanche jamais été évoquée par les différents orateurs. Les responsables ont préféré insister sur l’identité arabo-musulmane de la Tunisie.

Prudent, le leader d’Ennahda a tenu, quant à lui, à rassurer les femmes en leur promettant de défendre leurs acquis et leurs droits : « Nous affirmons le droit de la femme à participer à toutes les activités de la société », a déclaré Rached Ghannouchi dont le discours s’est avéré plus vague lorsqu’il a fait allusion à la famille. Il a en effet affirmé vouloir rétablir l’équilibre dans la famille tunisienne pour protéger les enfants et réduire le nombre de divorces, sans toutefois fournir plus de précisions.

La Tunisie dispose d’une législation avancée en matière d’émancipation des femmes, dotée d’un statut juridique des plus avancés dans le monde-arabo-musulman. Grâce à ce statut, la polygamie et la répudiation sont abolies et le divorce a été institué. Sur le champ politique cependant le chemin est encore ardu. Lors du prochain scrutin, seulement 5% de femmes figurent en tête des quelque 1 600 listes enregistrées.

Démocratie, liberté, justice, bonne gouvernance

Les Tunisiens auront probablement du mal à saisir exactement ce qui différencie fondamentalement les partis car les slogans utilisés par les uns et les autres sont souvent les mêmes. Le programme d’Ennahda, basé sur la construction d’un Etat démocratique, la justice, la bonne gouvernance et les libertés individuelles, regroupe les revendications de la révolution. Elles ont été largement évoquées lors de la réunion de ce mercredi. Ce sont aussi ces mêmes revendications que beaucoup d’autres formations politiques tunisiennes défendent.

Cependant, Ennahda est le mouvement qui arrive en tête dans les intentions de vote. Il est crédité de 20 à 25% des voix dans les sondages. Plusieurs facteurs ont, certes, joué en sa faveur. C’est le parti le mieux connu par l’ensemble des Tunisiens. Il est très bien implanté dans le pays et en particulier dans le sud de la Tunisie. Son leader, Rached Ghannouchi, bénéficie d’une forte popularité. Et le mouvement compte également, pour sa notoriété, sur la répression subie sous l’ancien régime de Ben Ali. En tête de liste figurent précisément les militants qui ont fait de la prison et qui sont connus pour cela.
Cette image d'un parti qui a souffert, victime de l’ancien régime véhicule la volonté d’une rupture totale avec le passé, ce qui est perçu comme un atout pour le mouvement.

Ennahda « fait peur »

Lors de la réunion de présentation du programme, tous les représentants d’Ennahda ont tenu à affirmer leur attachement au consensus. Ce thème est d’ailleurs revenu souvent dans le discours du parti tout au long des derniers mois. Il laisse entrevoir la possibilité de gouverner avec des formations gouvernementales de coalition, justement pour rassurer et pour ne pas effrayer la population tunisienne. C’est l’analyse de Malika Zeghal, professeur à Harvard et spécialiste de l’islam tunisien. Face à des résistances extrêmement fortes de la part de certaines franges de la population, « il y a là, au sein d’Ennahda, un discours qui veut rassurer, en particulier vis-à-vis de la démocratie et de la liberté »,elle précise, par rapport à ce discours pragmatique sur la politique, qu’« Ennahda se présente justement comme un parti civil ; comme un parti essentiellement politique et non pas comme un parti religieux, même si son programme et ses idées sont fondées sur des références islamiques ».

Interrogée par RFI, Malika Zeghal explique que ce besoin de rassurer l’opinion est intrinsèquement lié à l’histoire d’Ennahda, diabolisé sous l’ancien régime.

Ennahda fait peur.

Malika Zeghal, professeur à Harvard et spécialiste de l’islam tunisien.
14-09-2011

Les Tunisiens sont appelés aux urnes le 23 octobre prochain, pour élire une Assemblée constituante de 218 membres. Pour cette échéance, les 110 partis politiques qui ont vu le jour depuis la révolution du 14 janvier sont en compétition.

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