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Zambie

Zambie : une élection présidentielle sur fond de boom du cuivre

Une vue de la capitale de la Zambie, Lusaka.
© Wikimedia

Ce mardi 20 septembre, les Zambiens votent pour une élection présidentielle. Parmi les candidats : le président sortant Rupiah Banda et son principal rival Michael Sata, surnommé le « roi Cobra ». Pendant la campagne électorale, ils se sont affrontés sur la corruption et le boom économique du cuivre. 

Le président sortant Rupiah Banda et son principal opposant Michael Sata se retrouvent à nouveau face à face. Les deux hommes sont âgés de 74 ans et se sont déjà affrontés en 2008. Le résultat s’était alors joué à deux points d’écart. Michael Sata, du Front patriotique (FP) avait accusé le parti de Rupiah Banda, le Mouvement pour la démocratie (MMD) d’avoir triché. Plusieurs jours d’émeutes entre ses partisans et les forces de l’ordre avaient alors secoué la capitale.
Proche de l’ancien président Kenneth Kaunda, Michael Sata a occupé plusieurs postes ministériels et c’est seulement en 2001, juste avant les élections, qu’il a quitté le MMD pour fonder son propre parti et se présenter aux élections.

Seulement deux partis au pouvoir, depuis l’indépendance, en 1964

Le 24 octobre 1964, la Rhodésie du Nord s’est éteinte pour donner naissance à la Zambie. Kenneth Kaunda, le « Père de l’indépendance », dirigea alors le pays pendant vingt-sept ans sous le régime de parti unique, le Parti uni de l’indépandance nationale (Unip).

Lorsque le multipartisme fut légalisé en 1990, mettant ainsi fin au règne Kaunda, les Zambiens ont connu les premières élections multipartites largement remportées, en 1991, par Frederick Chiluba et son parti, le Mouvement pour la démocratie multipartite (MMD). Depuis lors, c’est le MMD qui a toujours dirigé les affaires de la Zambie.

Frédérick Chiluba s’est maintenu au pouvoir pendant deux mandats consécutifs. Pour briguer un troisième mandat, en 2001, il a essayé de changer la Constitution mais il a renoncé sous la pression populaire. Ce fut tout de même un autre candidat du MMD, Levy Mwanawasa, qui se présenta et qui remporta la présidentielle de justesse. L’opposition avait alors dénoncé de nombreuses fraudes.

Cinq ans plus tard, en 2006, deuxième réélection de Levy Mwanawasa et de son parti qui a obtenu la majorité du Parlement. Mais il est décédé, en août 2008, d'une attaque cérébrale et n'a donc pas pu achever son deuxième mandat présidentiel. C’est Rupiah Banda, son vice-président, qui lui a succédé, élu, lui aussi, de justesse, face à Michael Sata, son principal opposant. Au départ, simple président de transition, Rupiah Banda se présente aujourd’hui pour un nouveau mandat de cinq ans après avoir placé ses hommes au gouvernement et consolidé son assise au sein du MMD.

Un laisser-aller en matière de corruption

Politiquement, la Zambie est considérée comme l’un des pays les plus stables de l’Afrique australe. Cependant, la pauvreté persistante et un certain laisser-aller en matière de corruption peuvent ébranler cet équilibre.

Le président sortant fut souvent accusé d’avoir fait marche arrière en matière de corruption. Un télégramme diplomatique de l’ambassade américaine à Lusaka, publié par WikiLeaks, indique qu’ « en 2009 le gouvernement zambien a tourné le dos à la lutte anti-corruption, à la bonne gouvernance et à la stabilité régionale, des sujets sur lesquels le gouvernement de Mwanawasa se focalisait ».

Rupiah Banda a par ailleurs renoncé à faire appel de la relaxe de l’ancien président Frederick Chiluba, poursuivi pour avoir détourné 500 000 dollars de 1991 à 2002. Il a également démantelé l’unité anti-corruption au sein du parquet.

Entre-temps et en 2010, la Cour suprême de la Zambie a refusé d’entériner un jugement rendu à Londres en 2007, condamnant également l’ex-président Chiluba à rembourser 58 millions de dollars de fonds publics détournés au détriment du gouvernement zambien.

Le cuivre : l’or rouge de la Zambie

La Zambie recèle dans son sous-sol l’une des plus importantes réserves de cuivre au monde. C’est le premier producteur africain (8e au rang mondial). Vue l’envolée des cours du cuivre à 10 000 dollars la tonne, début 2011, on comprend aisément l’importance stratégique de cette matière première pour les économies modernes. Et pour la Zambie, qui tire ses principaux revenus du cuivre, c’est une véritable aubaine. Selon le FMI, l’activité économique de la Zambie a enregistré 7,6 % de croissance en 2010 contre 6,4 % en 2009.

Néanmoins, la Zambie fait partie des pays où l’adage « un pays riche, un peuple pauvre » se vérifie. Le pouvoir y est précisément accusé de ne pas en faire assez pour redistribuer les richesses dans ce pays où 64 % de la population vit avec moins de deux dollars par jour et où la majorité des 13 millions d’habitants a moins de 20 ans.

La Zambie s’est « vendue » avec son cuivre à la Chine

L’opposition n'a pas hésité à critiquer le gouvernement dans la façon qu’il a eue, depuis le début, de gérer le secteur minier et en particulier les mines de cuivre. Leur privatisation et le bradage des exploitations, en 2000, à des multinationales ont eu des conséquences désastreuses pour les populations : appauvrissement et environnement contaminé.

Autre motif de tension : le volet social des contrats passés avec la Chine, le plus grand investisseur en Zambie. Dans un pays de tradition syndicale, le climat est souvent tendu entre les mineurs et les patrons chinois. Des disputes au niveau des salaires et les incidents en 2010, lorsque des membres des équipes d’encadrement chinois ont ouvert le feu sur les employés, faisant onze blessés, à la mine de Collum, sont encore dans les mémoires.

Alice Odiot a réalisé, en mai 2011, un documentaire intitulé Zambie : à qui profite le cuivre ?, tourné dans l’une des mines les plus importantes de Zambie : la mine de Mopani. Interrogée par RFI, la réalisatrice a constaté que sur les 12 multinationales qui exploitent le cuivre, aucune n’est zambienne et surtout qu’une seule de ces multinationales paye des impôts sur ses bénéfices.

L'Etat zambien ne perçoit que 5 % de la valeur du cuivre qui est exporté.

Alice Odiot, réalisatrice.
19-09-2011

 

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