Libye: la présence d'un charnier autour de la prison d'Abou Salim remise en question

Les ossements retrouvés aux abords de la prison d'Abou Salim pourraient être ceux d'animaux.
© REUTERS/Suhaib Salem

Dimanche 25 septembre, le porte-parole du Conseil militaire des ex-rebelles libyens, Khaled Cherif, annonçait la découverte d’un charnier de près de 1 700 corps, au pied de la prison d’Abou Salim à Tripoli. Des ossements d’opposants au régime de Kadhafi, massacrés en 1996 par leurs geôliers. Mais 48 heures après, le quotidien français Libération affirme que les seuls restes retrouvés seraient ceux d’animaux. Sans faire totalement marche arrière, les experts du CNT concèdent que des investigations sont nécessaires pour déterminer qu'il s'agit bien d'un charnier. 

Les corps des quelque 1200 prisonniers - c’est le chiffre plutôt avancé par les ONG - qui auraient été tués en 1996 dans la prison tripolitaine d’Abou Salim sont-ils bien enterrés aux abords de celle-ci ? Après l’annonce par les responsables du CNT de la découverte d’ossements humains de l’autre côté de l’enceinte, tout le monde croyait tenir une énième preuve matérielle des exactions de l’ex-Guide libyen.

Seulement, selon le quotidien français Libération, rien, pour le moment, ne certifie qu’il s’agisse là de restes humains. Et le journal d’avancer que les personnes qui ont accouru sur les lieux de la « macabre découverte » - journalistes et famille de disparus - ne seraient en présence que de carcasses animales. Sur place, aucune équipe médicale, ni officiels du nouveau gouvernement ne sont venus confirmer ou infirmer, en effet, les dires de Khaled Cherif. Un état de faits également rapporté par la radio France Info.

En milieu d’après-midi, ce mardi 27 septembre, les responsables du comité technique libyen en charge des identifications ont reconnu que cette découverte nécessitera « plus d’investigation » pour déterminer s’il s’agit bien d’un charnier. Pour le docteur Salem, numéro deux de ce comité, il n’y a pourtant pas de doute sur la nature des ossements retrouvés.

(...) au cours d’une visite assez courte - quarante minutes - j’ai trouvé des ossements humains. Je peux vous l’assurer, j’ai trouvé des fragments de crâne, de radius, d’humérus, mais j’ai dit aux membres du Conseil militaire que j’étais incapable de dire si ce site renfermait dix, cent ou cinq cents cadavres...

Docteur Salem
27-09-2011

Une identification plus difficile

Doit-on parler d’emballement de la part des nouvelles autorités libyennes ? Pour Michel Fournier, responsable pour le Moyen-Orient et l’Afrique du nord à l’ONG Amnesty international, une chose est sûre : les hommes du CNT et les proches de disparus ne doivent en aucun cas procéder aux fouilles eux-mêmes, « au risque d’entraver le futur travail d’identification ». S’il ne remet pas en doute l’ampleur du charnier à découvrir, il explique que le caractère « peu homogène » du CNT peut amener à certaines difficultés de communication ou à des déclarations précipitées.

Néanmoins, selon les informations recoupées par Amnesty international (dont les équipes se sont rendues à plusieurs reprises sur le sol libyen avant et pendant le conflit), la présence des ossements dans ce secteur semble « plausible ». En revanche le chiffre communément avancé par les ONG sur le nombre de tués - près de 1200 - est inférieur aux 1700 morts comptabilisés par les nouvelles autorités de Tripoli. Un recensement qui correspondrait, en fait, à la population carcérale totale à l’époque du massacre.

La prison d’Abou Salim est tout un symbole pour les ex-rebelles libyens. L’insurrection qui a débuté en février dernier et qui a chassé le colonel Kadhafi du pouvoir, trouve ses racines entre les murailles de ce centre de détention de la capitale. Le 29 juin 1996, à la suite d’un soulèvement des détenus contre leurs conditions d’enfermement et une politique restrictive en matière de visites familiales, les geôliers auraient entraîné plusieurs centaines de prisonniers dans la cour de l’établissement, avant de les abattre à la kalachnikov et à la grenade. Un récit qui repose sur plusieurs témoignages - dont celui apporté à l'ONG Human Rights Watch par un ancien responsable de la prison - et confirmé pour partie par Kadhafi lui-même, en 2004, bien que l'ancien maître de Tripoli n'ait pas évoqué le nombre de morts. Ce sont les familles des disparus, qui pour protester contre l’arrestation de leur avocat, avaient appelé à manifester à Benghazi, en février dernier, point de départ du soulèvement…

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