24 morts dans des affrontements entre coptes et forces de l'ordre au Caire


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« La nation est en danger. Ces événements nous ont ramenés en arrière au lieu d'aller de l'avant », a averti le Premier ministre égyptien Essam Charaf, dans une allocution télévisée dans la nuit de dimanche à lundi après les graves incidents qui ont opposé hier les chrétiens coptes et les forces de l'ordre dans le centre du Caire. Le premier bilan est de 24 morts et de 200 blessés. Ce 10 septembre 2011, le calme semblait revenu dans la capitale après l'instauration d'un couvre-feu dans le centre-ville.

Avec notre correspondant au Caire, Alexandre Buccianti

Le bilan est très lourd après les affrontements entre des manifestants coptes et policiers militaires de ce dimanche 9 octobre 2011 : 24 morts dont 17 chrétiens coptes et plus de 200 blessés. Les forces de l'ordre comptent 3 morts dans leurs rangs.

Les manifestants protestaient pacifiquement contre l'incendie d'une église dans la région d'Assouan, dans le sud du pays, en réclamant le limogeage du gouverneur.

Il y avait beaucoup de femmes, des musiciens, des guitares, et soudain, à 18h00, tout a dégénéré. On ne sait pas qui a tiré en premier. L'armée accuse les coptes et les coptes accusent l'armée. Des témoins parlent d'une tierce partie : les tirs seraient venus du quartier informel voisin de Boulak. La situation devient très vite chaotique avec des tirs dans tous les sens. Les blindés de l'armée foncent au milieu de la fusillade. Les accrochages se déplacent dans le centre-ville.

Sur la place Tahrir, se retrouvent les manifestants coptes d'un côté, les forces de l'ordre de l'autre, et de jeunes musulmans.

Les incidents s'étendent à divers quartiers du Caire. Des chrétiens ont été agressés autour de l’hôpital copte où se trouvaient leurs blessés. Des manifestants coptes ont aussi été pris à partie à Alexandrie au nord, à Assiout en Moyenne Égypte et à Assouan au sud du pays.

Selon les autorités les agresseurs étaient à chaque fois des « habitants du quartier » alors que les coptes parlent de « jeunes islamistes ».

Autant de raisons qui rajoutent au ras-le-bol des chrétiens. En effet, les chrétiens en ont assez d’être les oubliés de la révolution. Ils estiment qu’on brûle leurs églises et qu’on les agresse impunément.

Selon une association copte, les agressions anti-chrétiennes ont triplé ces derniers mois par rapport à l’ère Moubarak.

Le gouvernement n'a pas respecté ses promesses comme celle d'une loi unifiée sur la construction des lieux de culte et celle contre la discrimination sur une base religieuse. Les textes n'ont pas été adoptés alors qu’il suffit d’un décret-loi de l’armée pour les appliquer. Beaucoup de coptes ont aujourd’hui le sentiment que l’armée a conclu un pacte tacite avec les islamistes à leur détriment.

Le gouvernement intérimaire du Premier ministre Essam Charaf a lancé un appel au calme, dans une allocution télévisée, soulignant cependant que la nation égyptienne « était en danger (...) Ces évènements nous ont ramenés en arrière (...) au lieu d'aller de l'avant pour construire un État moderne sur des bases démocratiques saines.» Mais, pour Leila Skandar, elle-même copte, la réponse du gouvernement est loin d'être satisfaisante:

Personne n'envisage de trouver les coupables de ces exactions.
Leila Skandar
10-10-2013 - Par Véronique Gaymard