Nessma TV s’excuse pour une séquence du film Persépolis jugée blasphématoire


© DR

L’affaire de la diffusion du film Persépolis de la Franco-Iranienne Marjane Satrapi par une chaîne de télévision tunisienne et des réactions qu’elle a engendrées, continue. Le directeur de la chaîne, après avoir assuré qu’il ne céderait pas aux pressions, a finalement présenté des excuses pour une scène du film jugée blasphématoire. La séquence représente Dieu sous les traits d'un vieil homme barbu alors que la religion musulmane proscrit toute représentation divine.

« Je m'excuse. Je suis désolé pour tous les gens qui ont été dérangés par cette séquence, qui me heurte moi-même », a déclaré Nebil Karoui, le directeur de Nessma TV sur la radio locale Monastir. « Je considère qu'avoir diffusé cette séquence est une faute », a-t-il dit. « Nous n'avons jamais eu l'intention de porter atteinte aux valeurs du sacré », a-t-il ajouté.

Aller dans le sacré est un problème

Nebil Karoui s'explique au micro de RFI
11-10-2011

Un retournement de situation quelques jours après l’attaque par des salafistes du siège de la chaîne de télévision à Tunis, dimanche 9 octobre. Le directeur avait alors affirmé qu’il ne céderait pas aux pressions : « Nous sommes une chaîne moderniste, qui est donc pour la liberté d’expression et pour la démocratie. On dérange beaucoup certaines franges intégristes et salafistes. Nous sommes à 15 jours des élections. On voudrait que la Tunisie passe à la démocratie et pas à une autre tyrannie. On est dans un combat juste. On ne va pas s’arrêter pour ça », avait-il expliqué.

Il semble que le directeur de Nessma TV ait changé d’avis suite à de multiples réactions qui ont relancé dans le pays le débat sur l'identité arabo-musulmane particulièrement sensible dans le pays à quelques jours des élections. Des Tunisiens, simples civils, avaient en effet pris le relais des salafistes devant le siège de la télévision et manifesté en scandant : « Nous ne sommes pas des barbus mais nous défendons l'islam ».

Sur les réseaux sociaux Facebook et Twitter, la chaîne de télévision privée est accusée de faire de la provocation et des pétitions de citoyens voient le jour. L’affaire ne cesse d'enfler. Les différents partis politiques condamnent les violences, dont Ennahda, le mouvement islamiste qui fait figure de grand favori pour les élections. Mais il fait savoir toutefois dans un communiqué ce mardi 11 octobre qu’il est choqué par « les flagrantes attaques contre les croyances et les symboles sacrés ».

Le gouvernement tunisien lui-même appelle « au respect de la chose sacrée », au cours d'un point de presse. Un collectif d’avocats a de plus porté plainte contre la chaîne pour atteinte aux valeurs du sacré et le procureur de Tunis a ouvert une enquête préliminaire. Un tollé qui a donc conduit Nebil Karoui à faire marche arrière et à s’excuser tout en ajoutant que « ce film a déjà été projeté intégralement dans plusieurs salles en Tunisie et n'a pas entraîné toute cette agitation ».

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