Election en Tunisie: les principaux partis en lice


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Dimanche 23 octobre, les tunisiens voteront pour élire l'Assemblée constituante. Pour cette première éléction libre du pays sont en lice plus de 1 500 listes, 11 000 candidats et quelques cent partis reconnus. Revue non exhaustive des principaux partis.

Ennahda

Rached Ghannouchi, leader du parti islamiste Ennahda. © Reuters

Interdit et réprimé sous Ben Ali, le parti islamiste jouit depuis d’une grande popularité dans cette Tunisie nouvelle et se maintient en tête des sondages qui lui accordent entre 22% et 30% des sièges. Présent dans toutes les circonscriptions, Ennahda est le grand favori de cette élection. Fondateur du mouvement en 1981, le candidat Rached Ghannouchi apparaît, à l’ère post-Ben Ali, comme un islamiste modéré et rassurant. Le mouvement Ennahda s’est inspiré des Frères musulmans égyptiens et se revendique proche de la ligne de l’AKP turc. Certains détracteurs accusent Ghannouchi de double-langage, l’un public et consensuel et l’autre, plus radical dans les mosquées.
Dans son programme, Ghannouchi, qui se dit contre l’instauration d’un « Etat théocratique en Tunisie », entretient le flou sur des sujets tels que la polygamie, une pratique interdite. Mouvement politique le mieux structuré et organisé de cette élection, il jouit également d’une réputation de véritable parti de résistants à Ben Ali qui avait embastillé 30 000 prisonniers politiques sous son règne. Ennahda, bien ancré dans la société tunisienne, sort très clairement grandi de cette révolution.

Le PDP

Le chef du PDP, Nejib Chebbi lors de sa campagne éléctorale ici à Tunis le 17 octobre 2011 © REUTERS

Un parti dirigé par une femme comme principale alternative politique au mouvement islamiste. Voilà un autre scénario de cette élection du 23 octobre avec Maya Jribi à la tête de l’autre grande force politique tunisienne : le Parti démocrate progressiste. Ce parti a été fondé en 1983 par un avocat de centre-gauche et vieux routard de la politique d’opposition au régime de Ben Ali. Ahmed Nejib Chebbi a toujours été dans l’opposition, celle reconnue et tolérée par Ben Ali, ce qui a valu à Chebbi et au PDP, de vives critiques de la part d’activistes démocrates purs et durs. Au lendemain de la chute de Ben Ali, il fait un passage éphémère au sein du gouvernement provisoire comme ministre du Développement régional et local mais ses ambitions sont présidentielles et il a d’ailleurs refusé de s’engager lui-même sur une liste. Pour lui, l’avenir de la Tunisie est au centre et démocratique plutôt qu’islamiste. Mais en cas de victoire des islamistes, « je m'inclinerai devant les résultats du vote. Le peuple souverain a le droit de se tromper », souligne M. Chebbi qui exclut « à titre personnel » de participer à un gouvernement d'union nationale avec Ennahda.

Ettakatol

Mustapha Ben Jaafar à Tunis le 21 septembre 2011 lors d'un rassemblement pour le peuple palestinien © AFP/Fethi Belaid

Le parti politique Forum démocratique (Ettakatol, ancien Forum démocratique pour le travail et les liberté) du social-démocrate Mustapha Ben Jaafar, est lui aussi représenté dans toutes les circonscriptions. Perçu comme un parti d’élites du centre-gauche, Ettakatol milite pour l’égalité hommes-femmes, les libertés individuelles, la sauvegarde des acquis…Une ligne idéologique plutôt proche du Parti socialiste français. Ce parti politique légalisé en 2002 a gagné en popularité après avoir claqué la porte du premier gouvernement provisoire post-révolutionnaire et en menant une campagne de proximité. Mustapha Ben Jaafar, médecin de formation, et opposant sans compromis à Ben Ali appelle à « une vraie rupture ». Son projet : « rompre définitivement avec la dictature et l'ancien système » pour construire « un pays moderne et ouvert et à la fois, enraciné dans sa culture arabo-musulmane ». Toutefois, Ettakatol ne participera pas au jeu des alliances possibles de ces élections : « Malgré toutes les rumeurs, nous disons qu’il n’y a pas d’alliances ni avant ni après les élections, ni avec Ennahdha, ni avec une autre force politique », a déclaré M.Ben Jaafar.

Ettajdid (ex-communiste)

Ahmed Ibrahim, le secrétaire-général du mouvement Ettajdid à Tunis le 12 octobre 2011. © REUTERS

C’est l’universitaire Ahmed Brahim qui a impulsé en 1993 une orientation social-démocrate au mouvement Ettajdid et a formé en mai la coalition du Pôle démocrate moderniste (PDM) en vue de ce scrutin du 23 octobre. Ce PDM rassemble autour d’un projet laïc Ettajdid, le Parti socialiste de Gauche, le Parti républicain, et la Voie du Centre, mais aussi des mouvements d’initiative citoyenne. Objectif affiché : « faire barrage » à Ennahda. « Aujourd'hui en Tunisie, il y a une mouvance moderniste qui cherche à renforcer les libertés et les valeurs progressistes », a déclaré Ahmed Brahim à l’agence de presse Reuters. Et le secrétaire-général d’Ettajdid ajoute : « Il y a une seconde mouvance qui souhaite utiliser les sentiments religieux du peuple et qui tente d'imposer un certain contrôle et un mode de vie bien spécifique ». Il est le seul mouvement à avoir présenté des listes paritaires, normalement obligatoires, note l’Observatoire politique tunisien, alors que 5% des têtes de listes sont des femmes.

Cliquer sur l'image pour visualiser l'infographie des partis politiques en cours de réalisation par le média social tunisien FHIMT.

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Le Congrès pour la République (CPR)

© Reuters

Créé en 2001 par 33 fondateurs dont le médecin marqué à gauche Moncef Marzouki, le CPR a été aussitôt interdit par le régime de Ben Ali. Ses dirigeants ont vécu en exil en France jusqu'en 2011. Ancien président de la Ligue tunisienne des droits de l'homme jusqu'en 1994, et co-fondateur du conseil des libertés en Tunisie, Moncef Marzouki avait été condamné à un an de prison en 2000. Présent dans toutes les circonscriptions, le CPR se veut le défenseur de l’identité arabo-islamique et a entrepris un rapprochement avec Ennahda. Dans la soirée du 18 octobre, la page Facebook du CPR, qui comptait 50 000 fans, a été piratée et affichait comme message « Le Congrès pour Ennahda » avec pour image le drapeau islamique. Dans la foulée, le CPR a créé une nouvelle page officielle qui a atteint 11 000 utilisateurs en moins de cinq heures.
 

Le Parti communiste des ouvriers de Tunisie (PCOT)

Le leader du Parti communiste tunisien Hamma Hammami lors d'une conférence de presse à Tunis le 8 septembre 2011 © AFP/Salah Habibi

En 25 ans de lutte pour les libertés, le PCOT jouit d’une importante notoriété. Dirigé par Hamma Hammami, qui a longtemps vécu dans la clandestinité, le PCOT prône notamment une séparation de la religion et de l’Etat tout en défendant la liberté d’action et d’expression, y compris pour Ennahda. Lors d’un meeting organisé jeudi 6 octobre à Bizerte, Hamma Hammami a clarifié sa position alors que certains l’accusent de prôner l’athéisme. Il s’agit selon lui de « ne pas se servir des lieux de culte à dessein politique et de ne pas faire douter des croyances de ceux qui n'accomplissent pas leurs devoirs religieux ». Fin septembre, le PCOT a brisé le silence pour dénoncer les « pratiques policières d’un autre âge perpétrées contre ses militants ».

RCD nouvelle génération

L'ancien ministre de Ben Ali, Kamel Morjane ici à Tunis le 10 octobre 2011. © REUTERS

Plus ou moins en rupture avec l’héritage de Ben Ali, une quarantaine de formations se disputent l’héritage électoral de l’ancien parti du régime au pouvoir. Deux anciens ministres de Ben Ali, Mohamed Jegham et Kamel Morjane, émergent comme les nouveaux leaders des avatars du RCD qui font valoir leur expertise et leur expérience passée pour rétablir la Tunisie. Déroutés par le millier de candidats en lice, certains tunisiens n’excluent pas d’accorder leurs suffrages à des listes parrainées par des personnalités extérieures au premier cercle de Ben Ali.

Les candidats blogueurs
Des cyberactivistes qui ont oeuvré à la chute de Ben Ali, entendent aujourd’hui participer à la transition. Certains d’entre eux dont Slim Amamou et Bassem Bouguerra ont participé avec des dizaines d’autres bénévoles au développement de la plateforme Afkar Mostakella dédiée aux candidats indépendants. Objectif : favoriser la présence de ces candidats attachés aux valeurs de transparence, de justice et de liberté dans l’assemblée constituante. Et promouvoir ces valeurs dans l'espace démocratique tunisien. Les candidatures des blogueurs ont une dimension symbolique et permettent de préserver et rappeler les valeurs de ces acteurs clés de la révolution. Parmi les sept blogueurs candidats sur des listes indépendantes, Riadh Guerfali. Ce spécialiste en droit public et constitutionnel est plus connu sur les réseaux sociaux comme @Astrubaal et sur la toile comme co-administrateur du portail d’information participatif Nawaat. Il est candidat dans sa ville natale de Bizerte sur la liste indépendante Al Jalaa. Et la liste indépendante « Voix indépendante » rassemble plusieurs blogueurs de renom. Comme Amira Yahyaoui qui se présente comme tête de liste à Paris. Ou encore l’ingénieure Imen Braham.