L'Otan, la France et la chute de Mouammar Kadhafi


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Depuis son entrée dans le conflit libyen en mars jusqu’à la mort de Mouammar Kadhafi ce jeudi 20 octobre 2011, l’Otan a participé activement à la chute du régime libyen en engageant des moyens importants pour soutenir les forces du CNT. Un rôle controversé alors que la mission de l'Organisation atlantique devait être uniquement de protéger les populations civiles.

Vers 8h30 ce jeudi matin, des bombardiers de l’Otan ont attaqué un convoi militaire des forces kadhafistes. Ils ont frappé deux véhicules qui en faisaient partie. Les faits se sont produits dans les environs de Syrte, mais la localisation reste imprécise et durant toute la journée, l’Otan s'est refusé à confirmer que Mouammar Kadhafi avait été touché.

C'est de la France que sont venues en fin de journée les précisions. D'après le ministre de la Défense Gérard Longuet, c'est l'aviation française qui aurait stoppé le convoi de Mouammar Kadhafi alors qu'il tentait de fuir Syrte. Lors d'une conférence de presse qu'il tenait à son ministère, Gérard Longuet a ainsi déclaré que le convoi, composé de plusieurs dizaines de véhicules « a été stoppé dans sa progression alors qu'il cherchait à fuir Syrte, vraisemblablement pour Bani Walid, mais n'a pas été détruit par l'intervention française ». Un peu plus tard, le ministre est revenu en partie sur ses déclarations en précisant qu'il y avait « au moins un avion français » dans l'unité qui a mené l'assaut aérien.

Ce qui est certain, c’est que l’Otan aura été indispensable jusqu’au bout aux insurgés libyens pour mener leur action. L’Alliance atlantique a beau répéter, depuis qu’elle a pris le commandement des opérations le 31 mars, que la chute de Kadhafi n’était pas dans son mandat, elle a toutefois réclamé à maintes reprises son départ. Et sa mission de protection des populations civiles libyennes a de plus en plus fréquemment ressemblé à un soutien actif de la défense des insurgés, voire de ses offensives.

Questions sur le rôle de l'OTAN dans la capture de Kadhafi

Avec notre correspondant à Bruxelle, Pierre Benazet

Il a fallu recouper les déclarations officielles de l’Otan avec celles en provenance des différentes capitales pour se faire une idée du rôle des alliés dans les évènements. Si ce sont effectivement les avions de l’Otan, un mirage français et un drone américain, qui ont stoppé le convoi de Mouammar Kadhafi et donc permis aux insurgés de mettre la main sur l’ancien dictateur libyen, alors l’ Organisation du Traité de l'Atlantique Nord aura joué un rôle crucial dans la chute de Mouammar Kadhafi. Tout comme d’ailleurs les alliés ont constamment favorisé par leurs frappes les opérations menées par les insurgés depuis six mois. Le secrétaire général de l’Otan Anders Fogh Rasmussen a souligné le succès de l’opération alliée, mais il s’est gardé de tout triomphalisme. Cette modestie partielle et le quasi mutisme observé hier par l’Alliance sur le déroulement exact des évènements sont peut-être des signes de la volonté de l’Otan de ne pas paraître avoir outrepassé le mandat fixé par la résolution des Nations unies. Il y a un pas en effet, voire un sacré fossé, entre protéger des civils et soutenir une rébellion.

Il est évident que l'Otan aura encore un rôle à jouer en Libye. Mais l'Otan n'a absolument pas vocation à se substituer à un gouvernement pour rétablir la démocratie en Libye.
François Géré
10-10-2013 - Par RFI

Le 19 mars 2011, après l'adoption de la résolution 1973 de l'ONU autorisant le recours à la force pour protéger les civils, la France envoie ses Mirages et ses Rafales bombarder les chars pro-Kadhafi au portes de Benghazi. Quelques heures plus tard, Britanniques et Américains détruisent les bunkers et les centres de communications des forces loyalistes.

Le 31 mars, l’opération passe sous commandement de l'OTAN, mais dès le 4 avril, l'armée américaine retire ses avions d'attaque au sol. L'opération aérienne montre rapidement ses limites : les avions manquent et les cibles sont difficiles à identifier.

Courant avril, la France reconnaît avoir envoyé une dizaine de conseillers militaires techniques auprès du CNT à Benghazi. A la fin du mois, l'armée américaine déploie des drones équipés de missiles pour s'attaquer aux troupes gouvernementales.

Début juin, la France décide d'engager ses hélicoptères de combat, pour intervenir au plus près du terrain. Les Britanniques font de même. Cette stratégie s’avère payante : les équipages de l'aviation légère de l’armée de Terre débusquent les pick-up des forces pro-Kadhafi, dissimulés sous les arbres ou près des habitations. Mais les forces gouvernementales, qui alignent des centaines de blindés et de nombreux mercenaires, résistent.

Fin juin, alors que le font s'enlise à l'est, la France joue la carte des tribus de Djebel Nefousa et parachute armes et matériels dans l'ouest du pays. En juillet les rebelles avancent jusqu'à Zintan et Nalout. Début août, le porte-avions français Charles-de-Gaulle quitte la zone d'opération après plus de quatre mois de missions de guerre. Le 23 août, les rebelles, mieux organisés et disposant à présent de moyens d'artillerie, parviennent à prendre la capitale Tripoli.

Dernier épisode enfin ce 20 octobre avec l'annonce de la mort de Mouammar Kadhafi et la chute de Syrte, la ville qui lui sera resté fidèle jusqu'au bout.