Sur RFI : le témoignage de René Robert, le grand-père de l’un des otages, Pierre Legrand

Les otages français au Sahel : Daniel Larribe (haut gauche), Marc Feret (haut droite), Pierre Legrand (bas gauche), Thierry Dole (bas droite).
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Il y a 400 jours, sept étrangers étaient capturés dans la ville d’Arlit au Niger, pour la plupart des employés d’entreprises françaises travaillant dans les mines d’uranium. Depuis, quatre français sont toujours aux mains des ravisseurs qui se revendiquent d’Aqmi, al-Qaïda au Maghreb islamique. 400 jours de captivité, d’après les autorités nigériennes et françaises les otages sont en vie. Et leurs familles espèrent communiquer avec elle, leur faire passer un message par l’intermédiaire de RFI.

RFI : Bonjour, René Robert. Vous êtes le grand-père de Pierre Legrand, l’un des quatre otages français enlevés au Niger. Début octobre, le Premier ministre nigérien, Brigi Rafini, affirmait que les otages étaient en vie. Avez-vous plus d’informations et avez-vous pu avoir quelques nouvelles concernant votre petit-fils ?

René Robert : Non, ces informations du président du Niger confirment et sont de même nature que celles que nous donnent le Quai d’Orsay ou des entreprises avec qui nous sommes régulièrement en relation. Mais nous n’avons aucun élément supplémentaire, ni aucun élément de fiabilité de cette information. Nous devons faire confiance dans les propos qui nous sont tenus de la part du Quai d’Orsay et des entreprises. Les entreprises sont fortement impliquées, je pense, dans ce qui se passe sur le terrain. Je pense qu’elles sont comme nous attentives et intéressées par le retour de leurs salariés. Nous n’avons qu’à leur faire confiance. Nous ne pouvons faire que cela.

Un processus de négociation est en cours, mené notamment par le Quai d’Orsay mais aussi par des intermédiaires. Est-ce que vous êtes associés à ce processus ? Est-ce que le Quai d’Orsay communique régulièrement avec vous ?

R.R. : Le Quai d’Orsay ne communique pas sur les négociations. Nous savons, enfin c’est ce qu’on nous dit, que sur le terrain les relations existent, que des contacts sont actifs. Nous ne savons pas qui conduit ces contacts, ni avec qui, ni comment. Non, tout cela nous dépasse.

Avez-vous le sentiment que les autorités françaises, les autorités nigériennes, mais aussi les entreprises impliquées dans ce processus, font ce qu’il faut et en font suffisamment pour obtenir une libération des otages ?

R.R. : C’est ce qu’ils nous disent et nous leur faisons confiance. Nous n’avons aucune raison de croire qu’ils ne font pas ce qu’ils nous disent.

Vous n’avez pas choisi non plus de vous rendre au Niger ou au Mali pour tenter de vous rapprocher de vos familles ?

R.R. : C’est une mise en danger que, pour l’instant, nous n’envisageons pas. Certes il pourrait être intéressant d’être sur place et de faire entendre notre voix, mais quel serait son poids ? Voilà, c’est à voir si vraiment les choses duraient trop longtemps mais pour l’instant, ce n’est pas encore en projet.

La France a entamé, ce jeudi 20 octobre, son retrait d’Afghanistan. On sait que ce retrait est l’une des conditions posées par Aqmi pour la libération des otages. Selon vous, cette nouvelle va-t-elle faire progresser les négociations ?

Je peux l’espérer mais je ne sais pas non plus si ce qui se passe en Afghanistan a vraiment un lien avec ce qui existe au Mali.

En tout cas, c’était l’une des revendications au départ ?

R.R. : C’est une revendication qui a été affirmée. Si oui, c’est bien, mais si on doit attendre le départ du dernier soldat, ça risque tout de même d’être encore un petit peu long.

René Robert, les quatre familles des quatre otages se connaissent maintenant depuis quatre cents jours. Et vous avez décidé tous ensemble de faire passer un certain nombre de messages à vos proches ?

R.R. : Oui, c’est vrai que depuis un an, les relations se sont confortées entre nos quatre familles et nous formons maintenant aujourd’hui une seule et vraie famille, la famille des otages. Que ce soit Pierre, Marc, Thierry ou Daniel, on les considère comme les nôtres. Lorsque nous nous retrouvons, effectivement nous pensons beaucoup à eux, nous parlons d’eux, nous les connaissons mieux tous. Nous avons envie effectivement de nous adresser à eux puisque de temps à autre nous parviennent par l’Agence France-Presse, de Gao (nord du Mali) entre autres, des nouvelles qui ne sont pas forcément fiables nous disant qu’ils sont en bonne santé. Et on voudrait nous aussi leur dire qu’on est en bonne santé.

Est-ce que vous avez des messages plus particuliers ou personnalisés pour Thierry, Marc, Daniel et Pierre ?

R.R. : Ce qu’on souhaiterait, c’est que les personnes qui sont en relation directe ou indirecte avec eux, leur transmettent notre message. C’est un message adressé, c’est vrai, au nom des quatre familles. Je parle à Pierre au nom de Marion, sa fiancée que j’aime beaucoup, qui est ma petite fille aussi ; de Pascal et Alain les parents, des petites sœurs ; à Daniel évidemment de la part de Françoise et de ses filles Marion et Maud, on se connaît ; à Marc également des nouvelles de Katia et de sa sœur Christine, aussi de ses fils Lucas le plus grand et Ethan qu’on a vu, qu’il ne connaît pas ; et également Thierry, son épouse que l’on connaît aussi. Nous nous retrouvons. Je vous dis, nous sommes tous en bonne santé et nous les attendons dans la confiance. Nous sommes une grande famille qui les attend, qui ne les oublie pas. Leurs amis ne les oublient pas non plus. Nous voudrions qu’ils sachent cela pour que leur santé morale soit bonne aussi.

Nous espérons que de là où ils sont, ils nous entendent.

R.R. : Voilà. Juste un mot, c’est dire que tous les soirs quand on regarde le ciel, on regarde les étoiles et on se dit : les étoiles, la lune sont les mêmes qu’ils voient aussi et qui peut-être nous rapprochent et font qu’on est ensemble à regarder ce ciel.

Tout le monde dans les quatre familles garde bon moral ?

R.R. : Tout le monde garde la confiance qu’ils vont revenir bientôt.

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