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Cameroun: la France lâche-t-elle Paul Biya ?

Une femme vote dans un bureau de Yaoundé, le 9 octobre 2011.
© REUTERS/Akintunde Akinleye

Après avoir déclaré que l’élection présidentielle au Cameroun s’était déroulée « dans des conditions acceptables », la France a modifié sa position en parlant de « nombreuses défaillances et irrégularités ». L’opposition a apprécié que la France ait revu sa position. Du côté du gouvernement camerounais, on accepte mal que « certains se croient obligés de donner des leçons ».

Pour la première fois après des années de soutien sans faille au président du Cameroun Paul Biya, la France, ancienne puissance coloniale du Cameroun, a parlé de « nombreuses défaillances et irrégularités » lors du scrutin présidentiel du 9 octobre 2011 et demandé que des mesures soient prises.

Une « réévaluation conjointe entre l’Elysée et le Quai d’Orsay »

La France a ainsi revu sa position, qui n’était pas tout à fait la même deux jours après le vote. En effet, le 11 octobre 2011, Alain Juppé, ministre français des Affaires étrangères, avait déclaré que les élections au Cameroun s’étaient déroulées dans des « conditions acceptables ». Mais ce week-end, c’est une autre position de Paris qui est venue, en quelque sorte, contredire celle prise par le chef de la diplomatie française. Ce samedi 22 octobre 2011, le porte-parole du ministère français des Affaires étrangères, Bernard Valero, a indiqué que « lors du scrutin, de nombreuses défaillances et irrégularités ont été constatées ».

Y-a-t-il eu un recadrage de la présidence française ? Une source diplomatique a préféré parler d’une « réévaluation conjointe entre l’Elysée et le Quai d’Orsay » en fonction des informations qui remontaient, petit à petit, du Cameroun.

Paris « prend acte »

Le porte-parole du Quai D’Orsay, Paul Valero, a ainsi déclaré que Paris a « pris acte » du résultat et a averti que la France souhaitait « que des mesures soient prises pour que ces irrégularités ne se reproduisent pas lors des scrutins législatifs et municipaux de 2012 ».

Interrogé par RFI, John Fru Ndi, président du Social Democratic Front (SDF), principal parti d’opposition camerounais, apprécie que la France ait revu sa position et espère qu’elle fera quelque chose pour s’assurer que les prochaines élections au Cameroun soient crédibles et acceptables.

J’apprécie vraiment que la France ait revu sa position. Je suis sûr qu’elle a fait une enquête au point d’accepter son erreur de jugement.

John Fru Ndi, président du Social Democratic Front (SDF).
24-10-2011

De son côté, Grégoire Owona, secrétaire général adjoint du Rassemblement démocratique du peuple camerounais (RDPC), le parti du président Paul Biya, réagissant sur RFI au communiqué du porte-parole du Quai d’Orsay, rappelle que le Cameroun n’accepte pas que « certains se croient obligés de donner des leçons, oubliant que le Cameroun est un pays souverain et qu’il a à sa tête un président élu par les Camerounais ». Il affirme également qu’il n’y a pas eu de « graves irrégularités » au Cameroun.

Si des noms de personnes décédées figuraient sur des listes électorales, c’est parce que les gens n’ont pas pris l’habitude de déclarer les décès.

Grégoire Owona, secrétaire général adjoint du Rassemblement démocratique du peuple camerounais.
24-10-2011

Grégoire Owona répondait aussi aux propos de l’ambassadeur des Etats-Unis à Yaoundé, Robert Jackson qui, après avoir estimé que l’élection présidentielle du 9 octobre au Cameroun était entachée « d’ irrégularités à tous les niveaux », a fait 19 recommandations, parmi lesquelles l’adoption du bulletin de vote unique afin d’empêcher « l’achat des voix », et demandé au parti au pouvoir de s’abstenir de « susciter la peur en faisant valoir que voter pour l’opposition entraînerait l’instabilité et la guerre civile ».

Rappelons que Paul Biya, 78 ans, est au pouvoir depuis 1982. Le 9 octobre 2011, il a été élu pour un sixième mandat consécutif. La Cour suprême l’a crédité de 77,98% des voix contre 10,71% pour son opposant historique John Fru Ndi. En 1992, lors de la victoire de Paul Biya contre le même John Fru Ndi à la première présidentielle pluraliste, la France avait clairement soutenu le président sortant, malgré une victoire très sérieusement contestée. 

Réaction de Yannick Jadot, eurodéputé Vert, membre d’Europe Ecologie-Les Verts (EELV) porte-parole d’Eva Joly, invité de RFI ce mardi 25 octobre. 

«En Afrique subsaharienne, on continue à soutenir des dictateurs simplement parce qu’on y a de grandes entreprises et que ça nous arrange bien. Paul Biya est un dictateur (…). Un régime dictatorial empêche le Cameroun d’émerger et le plonge dans le sous-développement avec le soutien de la France. La communauté internationale a contesté les élections, a dit à quel point il y avait des irrégularités. Il n’est pas normal que la France s’aligne sur Paul Biya.»

 

 

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