La France a-t-elle appuyé l'offensive kényane controversée en Somalie?


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La France affirme formellement qu’elle n'a apporté qu'un appui logistique à l’armée kényane qui a lancé, le 16 octobre 2011, une offensive contre les insurgés islamistes shebabs en Somalie. Néanmoins, et selon un porte-parole militaire kényan, la France aurait bien apporté un soutien militaire dans cette opération, qui est désormais dénoncée par le président somalien.

Emmanuel Chirchir, porte-parole militaire kényan, déclarait au New York Times, le 23 octobre 2011 que « des forces militaires étrangères » aidaient les troupes kényanes dans leur offensive contre le milices islamistes somaliennes shebab. Il déclarait également que les forces terrestres kényanes étaient soutenues par des frappes aériennes d’un pays étranger. Il précisait enfin que la marine française avait tiré sur des positions rebelles dans la localité de Koday, située à environ 80 km au nord de Ras Qambooni.

Cette information a été formellement démentie par les autorités françaises. Interrogé par RFI, le colonel Thierry Burkhard, porte-parole de l’état-major des armées, précise qu’il s’agit d’un soutien logistique « limité » avec l’envoi d’un avion Transvall dont l’action se limite au transport de matériel pour l’armée kényane, sans franchir les frontières kényanes. En revanche, il a démenti qu’un navire militaire français ait bombardé les côtes somaliennes pour appuyer l’offensive kényane.

A la demande des autorités kényanes, la France a décidé d’apporter un soutien logistique limité à l'Etat kényan.
Thierry Burkhard, porte-parole de l’état-major des armées.
10-10-2013 - Par Olivier Fourt

France et Etats-Unis soutiennent l’offensive militaire kényane

Dès le lendemain du début de l’offensive militaire kényane en Somalie, le ministère français des Affaires étrangères avait répondu par la négative à la question de savoir si la France participait à l’opération du Kenya. Rappelons que la France dispose d’une base militaire à Djibouti, à proximité de la Somalie, avec près de 2 000 troupes terrestres d’élite et des avions de transport et de combats pré-positionnés.

Deux jours plus tard, le 20 octobre 2011, au lendemain de l’annonce de la mort de l’otage française Marie Dedieu, enlevée le 1er octobre 2011 au Kenya et détenue ensuite en Somalie, la France affirmait son soutien à l’offensive kényane. Elle souhaitait que « l’opération kényane, qui est menée en lien et en étroite concertation avec le Gouvernement fédéral de transition (GFT) contre les exactions des milices shebab, contribue à faire retrouver au plus vite à la Somalie la sécurité et la stabilité» selon le porte-parole adjoint du ministère des Affaires étrangères, Romain Nadal. Lequel rappelait également la contribution de la France à former les forces de sécurité somaliennes.

La France tout comme les Etats-Unis participent en effet à la formation des militaires kenyans et les deux gouvernements soutiennent l’opération menée par Nairobi.Les Etats-Unis ont mis en garde leurs ressortissants sur le risque d’attaques terroristes. Ce dimanche 23 octobre 2011, la secrétaire d’Etat Hillary Clinton a qualifié la situation de « très dangereuse » et ajouté que « les shebabs demeurent une menace très grave, c’est la raison pour laquelle nous avons pris des mesures contre eux ».

Objection du président somalien et rappel de la France

Alors que l’intervention kényane est toujours en cours et qu’un accord avait pourtant été conclu, le président somalien Sharif Cheikh Ahmed a dénoncé ce lundi 23 octobre 2011, à Mogadiscio, l’intervention kényane dans son pays, laissant entendre qu’elle avait été lancée sans son accord. « Le gouvernement somalien et son peuple ne permettront pas à des troupes d’entrer sur leur territoire sans accord préalable » a-t-il lancé et ajouté : «Le Kenya a donné son accord pour aider les forces somaliennes d’un point de vue logistique, mais nous ne permettrons jamais quoi que ce soit qui puisse nourrir les soupçons d’intervention (extérieure)».

Pour le moment, le gouvernement kényan n’a pas souhaité commenter ces propos du président somalien qui risquent de mettre Nairobi dans une situation délicate. En revanche, la France, par la voix du porte parole du ministère français des Affaires étrangères, Bernard Valero, a réaffirmé ce mardi 25 octobre 2011 qu’il y a eu accord entre Nairobi et le Gouvernement fédéral de transition (TFG) somalien. « L’intervention kényane a été décidée en accord avec le TFG » a-t-il déclaré. Il a également précisé que cet accord avait été « conclu par une déclaration commune les ministres de la Défense des deux pays », Kenya et Somalie, le 18 octobre 2011.

Les Kényans doutent du bien fondé de l’offensive militaire en Somalie

La population kényane est inquiète et commencent à douter sérieusement du bien fondé de l’offensive de son pays, lancée le 16 octobre 2011, contre les insurgés islamistes shebabs en Somalie. Depuis cette intervention, les shebabs ont menacé de se venger et bien qu’ils n’aient pas revendiqué le double attentat à Nairobi dans la nuit du 23 au 24 octobre, tous les regards sont portés sur eux.

Ils sont également soupçonnés d’être derrière les enlèvements récents, au Kénya, de deux Espagnoles, d’une Britannique et de la Française Marie Dedieu, décédée en captivité. Ce sont ces soupçons et accusations que les shebabs ont jusqu’à présent réfutés qui auraient motivé l’intervention militaire kényane contre eux en Somalie. Depuis, ils ont menacé de se venger sur le sol kényan.

De nombreux habitants se disent inquiets et leur inquiétude est d’autant plus grande qu’ils craignent la présence de sympathisants de ces rebelles shebab au Kenya même. Il se trouve que le pays abrite une forte diaspora somalienne et pour les Kényans, selon le quotidien Daily Nation, pour les Kényans « poursuivre les militants shebabs à l’intérieur de la Somalie alors que la tête du serpent est tout simplement au kenya» est un non sens.

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