Somalie : la piraterie maritime bat des records, des responsables s’alarment


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Alors que le premier procès en France de pirates somaliens présumés s'est ouvert mardi 15 novembre à Paris, des voix s’élèvent pour réclamer le durcissement de la lutte contre la piraterie. La Grande-Bretagne organisera en 2012 à Londres une conférence internationale sur ce thème. Selon le Bureau maritime international (BMI), la piraterie près des côtes de Somalie a atteint des records cette année 2011 avec près de 200 opérations.

David Cameron n’a pas mâché ses mots, lundi 14 novembre, lors de la traditionnelle réception en l'honneur du nouveau lord-maire de la City de Londres : « Les pirates somaliens ne sont pas invincibles : ils sont violents, bafouent les lois et opèrent à bord de petites embarcations. Il est temps que nous leur résistions comme ils le méritent », a déclaré le Premier ministre britannique. Et d’ajouter : « Il existe un besoin réel et pressant de coordonner les efforts internationaux. C'est pourquoi la Grande-Bretagne organisera une grande conférence l'an prochain à Londres ».

David Cameron n’a pas précisé de date. Mais la situation de la Somalie, pays dépourvu d’autorité centrale depuis 1991, l’inquiète au plus haut point : c’est « un État à la dérive qui menace directement les intérêts britanniques ». En octobre, Londres avait annoncé avoir autorisé les navires marchands battant pavillon britannique à embarquer des gardes armés pour prévenir toute attaque de pirates, comme le font déjà de nombreux autres pays.

« Pendant ce temps-là, les pirates ont la liberté d'agir »

Jack Lang, conseiller spécial de l'ONU pour les questions juridiques liées à la piraterie en Somalie
10-10-2013 - Par Christophe Boisbouvier

Dimanche 13 novembre, veille de l’intervention de David Cameron, c’est Jack Lang qui tirait le signal d’alarme. « Il faut agir vite, clair et fort », déclarait à l’AFP le conseiller spécial du secrétaire général de l'ONU « pour les questions juridiques liées à la piraterie au large des côtes somaliennes » nommé en août 2010. Invité Afrique de RFI ce mardi 15 novembre, l’ancien ministre français renouvelle sa demande et réclame au plus vite l’application de la résolution des Nations unies votée en avril 2011 et largement inspirée de son rapport. Dans ce texte, il préconisait la mise en œuvre urgente d’une action internationale.

Aujourd’hui, Jack Lang regrette l’inertie internationale et manifeste son impatience : « Pendant ce temps-là, les pirates ont la liberté d'agir ». Selon lui, neuf pirates somaliens interpellés sur dix sont remis en liberté faute de structures judiciaires et pénitentiaires adaptées à l'ampleur du phénomène. Parmi ses propositions, la mise en place d'une cour somalienne extraterritoriale. Cette juridiction serait basée à Arusha, ville du nord de la Tanzanie qui abrite déjà le tribunal pénal international pour le Rwanda (TPIR). « Je suis allé plaider devant le président tanzanien, qui était au départ réservé et finalement a accepté », affirme Jack Lang.

Coût total sur trois ans de l’ensemble des mesures prônées par le conseiller spécial de Ban Ki-moon : quelque 25 millions de dollars. « Ce n'est rien par rapport à ce que coûte la piraterie ! », argumente-t-il, rappelant que ses propositions s'accompagnent également de volets économique et sécuritaire.

Jusque dans la mer Rouge et l'océan Indien

Il faut dire que malgré les efforts internationaux pour sécuriser la zone, la piraterie près des côtes de Somalie a atteint des records cette année. Et cela, même si les attaques se soldent de plus en plus souvent par des échecs. Selon un rapport du Bureau maritime international (BIM) publié en octobre, les pirates ont pris en otages 625 personnes à travers le monde depuis le début 2011, tuant huit personnes et en blessant 41. « Les chiffres des attaques armées en mer et des actes de piraterie ces neuf derniers mois sont les plus élevés que nous ayons jamais enregistrés sur une période équivalente », constate Pottengal Mukundan, directeur du BIM.

De janvier à septembre, 352 attaques ont été recensées dans le monde, dont 56% ont été menées par des pirates somaliens. Le BIM souligne que ces derniers n'hésitent pas à élargir leur zone d'opération au-delà des côtes somaliennes, jusque dans la mer Rouge et l'océan Indien. Mais si les pirates somaliens ont accru le nombre de leurs opérations (199 de janvier à septembre, contre 126 pour les neuf premiers mois de l'année 2010), celles-ci ont de moins en moins de succès : les tentatives de capture de navires n'ont réussi que dans 12% des cas en 2011 (24 bateaux), contre 28% en 2010 (35 bateaux).

Le Nigeria et le Bénin ont lancé des patrouilles conjointes

Pour le BIM, cette baisse d'efficacité des pirates est à mettre au crédit de la présence dans la zone de forces navales internationales, ainsi que de la mise en œuvre des pratiques recommandées par le secteur du transport maritime et l'amélioration des mesures de sécurité. Les eaux de la Somalie et du Golfe d'Aden sont sillonnées par une vingtaine de navires de guerre, dont ceux de la force européenne de lutte contre la piraterie Atalante, lancée en décembre 2008.

Au-delà de la Somalie, le BIM souligne qu'en Afrique de l'Ouest, les actes de piraterie se sont multipliés au large du Bénin, avec 19 attaques conduisant à la capture de 8 navires en 2011, alors qu'il n'y avait pas une seule attaque recensée en 2010. En réponse, le Nigeria et le Bénin ont lancé fin septembre un programme de patrouilles maritimes conjointes.
 

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