L'ex-président Didier Ratsiraka de retour à Madagascar

L'ex-président malgache Didier Ratsiraka à son arrivée à Antananarivo, le 24 novembre 2011.
© AFP/Grégoire Pourtier

Après neuf ans d'exil en France, l'ancien président malgache Didier Ratsiraka est de retour dans son pays. A la tête de l'Etat malgache pendant 21 ans, il avait quitté Madagascar à l'issue d'un conflit post-électoral avec Marc Ravalomanana, devenu alors président de la République. Dès son arrivée à l'aéroport d'Antananarivo ce jeudi 24 novembre 2011, Didier Ratsiraka a appelé à la « réconciliation » pour sortir le pays de la crise institutionnelle actuelle.

Didier Ratsiraka a atterri ce jeudi matin 24 novembre à l'aéroport d'Antananarivo à bord d'un vol régulier. Il a d'ailleurs fallu attendre que les particuliers soient sortis de l'appareil pour voir apparaître l'ex-président. Ensuite le show a commencé. Didier Ratsiraka, 75 ans, a mis du temps à descendre l’escalier, il a ensuite embrassé ses proches. Puis, on lui a mis un tapis sous les pieds, il s’est agenouillé et a embrassé le sol.

Il ne s’est pas arrêté là. Il ne s’est pas relevé tout de suite et il s’est même permis de simuler quelques pompes pour montrer qu’il tenait toujours la forme. Didier Ratsiraka a ensuite rejoint le salon d’honneur où beaucoup de ses vieux amis, mais aussi certains de ses vieux ennemis étaient réunis. Il a alors prôné la « réconciliation » sans s'attarder car la foule l’attendait aussi dehors.

Là encore pas de long discours mais plutôt des chants, hymne national ou chant traditionnel, qu’il s’est permis d’entonner a cappella. Le cortège d’une centaine de véhicules s’est ensuite mis en branle vers la ville. Il a fait une halte une première fois pour que Didier Ratsiraka salue la population - toujours en chantant - et puis il s’est remis en route vers l’hôtel Carlton où il doit dormir car il n’a pas de résidence actuellement à Antananarivo.

Pas de tapis rouge pour l'ex-président

Didier Ratsiraka est revenu car il a sans doute jugé que la situation était favorable à son retour. Il n’a pas adhéré à la feuille de route de sortie de crise. Il prévient aujourd’hui qu’il a deux ou trois solutions alternatives et il souhaite organiser un grand sommet avec tous les acteurs politiques malgaches.

Ce qui est certain c’est que le régime ne voit pas d’un très bon œil le retour de cet ancien président. On ne lui a pas déroulé le tapis rouge, aucun proche du président Andry Rajoelina n’était à l’aéroport.

On n’ignore le poids que peut véritablement avoir ce retour mais il intervient à un moment particulier puisqu’un gouvernement d’union nationale a enfin été mis en place. On pensait donc que le pays était enfin sur la voie d’un processus quasi consensuel mais ce retour pourrait tout chambouler.

En près de 40 ans de carrière politique, Didier Ratsiraka peut se targuer d'avoir collectionné les surnoms. Sorti de l'école navale, ce brillant militaire fut rapidement surnommé « L'amiral », puis « L'amiral rouge » lorsqu'à la tête du pays, il prône le socialisme.

Jacques Foccart l’appelait « Le rusé », ses adversaires le qualifient encore aujourd'hui de « Caméléon ». Didier Ratsiraka est quasiment né homme politique, son père était un dirigeant local du Padesm (le Parti des déshérités de Madagascar), parti plutôt francophile. Mais cela n'empêche pas le jeune Ratsiraka devenu ministre en 1972 de fâcher Paris en négociant le départ des soldats français.

Propulsé à la tête du pays par le directoire militaire en 1975, il met alors en place une politique socialiste. Réélu en 1982 et 1989, il voit cependant sa popularité fondre à mesure que le socialisme à la malgache s'englue.

En 1993, alors qu'Albert Zafy accède à la présidence, Madagascar est l'un des pays les plus pauvres du monde. Mais la transition libérale ne produit pas de miracles, Zafy est destitué et Ratsiraka réélu fin 1996.

En 2001 il est devancé au premier tour par Marc Ravalomanana qui se proclame vainqueur, Ratsiraka part en exil. Aujourd'hui alors que la Grande Ile est plongée en plein marasme depuis deux ans, Didier Ratsiraka propose de dévoiler ses propositions de sortie de crise. Ses partisans l'ont accueilli à l'aéroport en scandant un surnom qui a dû lui réchauffer le cœur. « Deba », ce qui signifie, « Le chef ».
 

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