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Maroc

Un scrutin législatif à valeur de test pour les réformes du Maroc

«C’est nous qui choisissons», peut-on lire sur les affiches électorales...
© REUTERS/Jean Blondin

Au Maroc, 13 millions d’électeurs sont appelés aux urnes pour désigner les 395 membres de leur futur Parlement. Ce sont les premières législatives depuis l’adoption d’une nouvelle Constitution le 1er juillet dernier. Un scrutin à valeur de test sur la capacité du pays à se démocratiser.

De notre correspondante au Maroc

« C’est nous qui choisissons », proclame en grandes lettres blanches sur fond rouge une affiche de 6m par 4m. Sur le dessin une main glisse un bulletin dans l’urne. Ces posters, financés par le ministère de l’Intérieur en charge de l’organisation du scrutin, se sont multipliés ces derniers jours sur les bus, les murs ou les gigantesques panneaux publicitaires des grandes villes du royaume. Idem avec les appels à aller voter diffusés sur les radios et télévisions publiques et par texto sur les téléphones portables.

Une insistance médiatique qui dissimule mal la crainte n°1, celle de l’abstention. En 2007 37% seulement des 13 millions d’électeurs marocains s’étaient rendus aux urnes. Cette année, un scénario identique serait interprété comme un désaveu de la politique de réformes engagées depuis des mois par le souverain. Et ce d’abord parce que ces élections anticipées sont une réponse à la grogne de la rue qui s’est fait entendre dans la foulée des révolutions tunisienne et égyptienne. Deux semaines après la première marche nationale demandant une véritable monarchie parlementaire et plus de démocratie, le roi Mohamed VI a annoncé une réforme de la Constitution censée garantir, entre autres, l’indépendance de la justice, le renouvellement et l’autonomisation de la vie politique. Une faible participation à ces élections équivaudrait donc à un acte de défiance par rapport à ce texte et son application.

Taux de participation : l'enjeu principal

Le scénario tunisien et ses 90% de participation aux élections à la Constituante le 23 octobre ont également placé la barre très haut. Selon le politologue Mohamed Tozy « on en déduit que les Arabes sont politisés dès lors qu’ils sont libres. A contrario, une faible participation signifierait absence de liberté ou défiance à l’égard du pouvoir ». Or, à la veille du scrutin, rien ne semble indiquer une participation massive à ces législatives.

« Moi ? Je n’ai jamais voté ! », s’exclame, comme s’il s’agissait d’une évidence, un jeune pompiste de 32 ans à une station service de Casablanca. « A quoi ça sert ? Ils promettent des choses et ils ne font jamais rien ! Ils s’enrichissent, vivent entre eux et écrasent les pauvres. Nous, on n'existe pas ! », poursuit le jeune homme qui gagne 200 euros par mois pour 48 heures de travail. A quelques kilomètres de là dans un quartier populaire, un vendeur de légumes fait preuve du même fatalisme. « J’aimerais bien voter mais pour qui ? », affirme le jeune homme. « Aucun des candidats ne va m’aider à résoudre mes problèmes ». Partout c’est le même refrain : « A quoi bon voter, les élus ne feront rien, à part profiter de leur immunité pour s’enrichir ». Pour beaucoup, seul le roi Mohamed VI, régulièrement à la télévision pour inaugurer des écoles et des hôpitaux s’active pour le peuple.

Les électeurs mécontents courtisés

L’autre donne qui pourrait grossir le rang des abstentionnistes est le boycott du scrutin par des acteurs politiques qui comptent. Parmi eux le Parti socialiste unifié (PSU), qui avait toujours participé aux élections précédentes, mais aussi le mouvement islamiste Justice et Bienfaisance, non reconnu mais toléré par les autorités et qui jusqu’à présent c’était toujours abstenu de donner des consignes de vote. Ces formations opposées idéologiquement estiment toutes deux que la réforme de la Constitution est cosmétique et qu’il n’y a aucune garantie qu’elle provoque une démocratisation du pays. « Si le rôle du Parlement est renforcé, le roi garde l’essentiel de ses prérogatives et les partis politiques sont faibles », analyse l’économiste Mehdi Lahlou, membre du PSU. « Le prochain gouvernement et Premier ministre n’aura pas de nouveaux pouvoirs contrairement à ce qui a été dit. Cette réforme est de la poudre aux yeux ». Exemple : le fait que le roi est désormais président du Conseil de la magistrature.

Dans ce contexte politique morose, les islamistes modérés du PJD (Parti de la justice et du développement) comptent bien tirer leur épingle du jeu et espèrent rassembler les électeurs mécontents. Alors que la crédibilité des politiques est en chute libre au Maroc, le PJD prône l'intégrité, défend la lutte contre la corruption et met en avant sa virginité d’opposant puisqu'il n'a jamais participé au gouvernement. « Rien n’est gagné », estime cependant Mehdi Lahlou, selon lequel le scrutin est très ouvert. « A cause du mode de scrutin, il sera très difficile pour un parti d’obtenir la majorité » et d’autant plus pour le PJD.

Car en face, une coalition de huit partis surnommée le G8, menée, entre autres, par le ministre des Finances sortant, Salahedine Mezouar et Fouad Al Himma un proche du roi, et qui dispose de solides relais électoraux en milieu rural a fait campagne sur le thème du « tout sauf le PJD». La coalition a déjà annoncé qu'elle refuserait toute alliance avec le Parti islamiste s'il devait gagner.

Une chose est sûre : le prochain gouvernement, avec ou sans le PJD, devra agir vite pour tenter une véritable rupture quant à son programme et aux élus chargés de l’appliquer. Sinon, le mouvement de contestation du 20 février se prépare déjà à redescendre massivement dans la rue.

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