Republier
Madagascar

Didier Ratsiraka, «bête politique», revient dans l’arène


©

A la descente de l’avion qui le ramenait à Madagascar après neuf ans d’exil, Didier Ratsiraka, 75 ans, s’est agenouillé pour embrasser la terre de ses ancêtres. Puis il ne s’est pas tout de suite relevé. Il s’est mis à faire plusieurs séries de pompes, provoquant des rires surpris parmi les personnes venues l’accueillir. Comme pour montrer à tous qu’il est encore plein de force et qu’il n’est pas rentré pour mourir au pays.

Avec notre correspondante à Antananarivo

Opiniâtre, « têtu », selon ses proches, l’ancien président a marqué la scène politique malgache ces 40 dernières années, et ne semble pas prêt à la quitter de si tôt. Président de 1975 à 1991, puis de 1996 à 2002, Didier Ratsiraka a passé 21 ans à la tête du pays et revient d’une deuxième période d’exil. Jeune officier brillant formé l’école navale de Brest, celui que l’on appellera plus tard « l’Amiral rouge », arrive au pouvoir en 1975 et applique un programme d’inspiration marxiste développé dans le boky mena (« livre rouge »), avant de s'orienter à la fin des années 1980 vers une économie de marché.

Le 10 août 1991, des milliers de manifestants marchent vers le palais présidentiel de Iavoloha. Les forces de l’ordre sous son commandement tirent sur la foule, faisant au moins une centaine de morts. « Cet événement l’a beaucoup marqué, mais il n’en parle jamais », confie un proche de l’ancien président.

Il s’exile à Paris une première fois, mais ce n’est que pour mieux revenir. Fin stratège, il rentre triomphalement en 1996 alors que le président Albert Zafy est destitué, et remporte les élections en 1997. Il qualifie alors son régime de « République écologique et humaniste ». « Il a une qualité que les autres n’ont pas : il arrive à sentir la population. Il arrive à dire ce que les gens veulent entendre », analyse Alain Tehindrazanarivelo, ancien ministre de la Santé et proche de Didier Ratsiraka pendant de nombreuses années.

Mais le règne est cette fois de courte durée : après six mois de crise postélectorale, il cède la place à son adversaire Marc Ravalomanana et reprend le chemin de l’exil en juillet 2002. En 2003, il est condamné à contumace à des peines de travaux forcés pour atteinte à la sûreté de l’Etat et détournement de fonds publics. « Cela fait neuf ans qu’il a quitté Madagascar, mais il a continué de suivre chaque jour la vie politique, il m’appelait régulièrement pour avoir mon point de vue », raconte Ange Andrianarisoa, membre du comité directeur du parti l’Arema (l’Avant-garde de la révolution malgache).

Impliqué dans le processus de sortie de crise depuis trois ans, Didier Ratsiraka a choisi de revenir quelques jours après la formation du « gouvernement d’union nationale » auquel il a décidé de ne pas participer. S’il n’a pas encore dévoilé ses intentions, d’aucuns pensent qu’il est rentré pour revenir dans la mêlée.

« Je ne pense pas qu’il soit rentré pour faire de la figuration », affirme Alain Tehindrazanarivelo, qui en veut pour preuve les chansons de la campagne électorale de 2001 entonnées avec la foule à la sortie de l’aéroport. « Aujourd’hui, il a été submergé par l’émotion, il s’est laissé aller. Mais demain, c’est la bête politique qui revient », ajoute-t-il.

Republier ce contenu

Vous êtes libres de republier gratuitement cet article sur votre site internet. Nous vous demandons de suivre ces Règles de base

Le Partenaire s'engage à ne pas porter atteinte au droit moral des journalistes. A ce titre, le Contenu devra être reproduit et représenté par le Partenaire tel qu'il a été mis à disposition par RFI, sans modifications, coupures, ajouts, incrustations, altérations, réductions ou insertions

Ajoutez cet article à votre site Web en copiant le code ci-dessous.