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Maroc

Les islamistes grands vainqueurs des législatives marocaines

Abdelilah Benkirane, le secrétaire général du Parti justice et développement et probable futur Premier ministre marocain.
© REUTERS/Stringer

Avec 107 sièges sur 395, le Parti justice et développement (PJD) est, pour la première fois, en situation de diriger le gouvernement marocain avec un Premier ministre issu de ses rangs. C’est la grande nouveauté de la nouvelle Constitution. C’est aussi une nouvelle percée des islamistes dans la région, après la victoire, le 23 octobre 2011, du parti Ennahda en Tunisie.

De notre correspondante à Rabat

Au siège du PJD, les flashs ne s’arrêtent plus de crépiter. En 24h la petite villa d’un quartier résidentiel de Rabat est devenue le centre de toutes les attentions. Des banderoles avec le symbole du parti -la lampe- ont été accrochées à la hâte sur les murs. Dans le hall et sur le trottoir, il n’y a plus assez de place pour contenir la centaine de militants et sympathisants du parti islamiste modéré venu se féliciter de cette victoire aux législatives anticipées.

Avec 107 sièges sur 395 que compte le Parlement marocain, pour le PJD le score est historique. « Au-delà de nos attentes », avoue le chef du PJD Abdelilah Benkirane. Le parti de la lampe a plus que doublé son nombre de sièges au Parlement (47 sièges en 2007) et devance largement ses concurrents. L’Istiqlal, le parti le plus ancien du Maroc, dirigé par le Premier ministre sortant, Abbas el Fassi, est second avec 60 sièges. Après 14 ans passés dans l’opposition le PJD est donc, pour la première fois, en situation de diriger le gouvernement marocain avec un Premier ministre issu de ses rangs.

Les raisons de la victoire

Comment expliquer ce succès ? « Le contexte régional a joué en notre faveur, explique Mustapha el-Khalfi, directeur de l’organe de presse du PJD, Attajdid. Mais c'est aussi l'aboutissement d'un long processus et d’une campagne efficace ». Un parcours qui s’étale sur 14 ans : neuf députés en 1997, la troisième place aux élections législatives de 2002, la deuxième place en nombre de sièges – la première en termes de voix– lors des précédentes élections de 2007, juste derrière l'Istiqlal.

Mais à la différence de 2007, la formation a non seulement raflé des sièges en milieu urbain –sa réserve électorale où la classe moyenne désireuse de changement et de justice sociale se reconnaît depuis longtemps dans cette formation politique- cette fois le PJD a également fait une percée dans le secteur rural, domaine jusqu'ici réservé des notables locaux, influents et proches du pouvoir ou des partis historiques comme l’Istiqlal. « Le vent arabe a soufflé partout, et pas seulement dans les villes, résume Lahcen Daoudi, chef du groupe parlementaire du PJD, les gens veulent le changement et le changement passe par nous ». Des localités comme Sidi Ifini ou encore Dakhla dans le Sahara occidental ont été pour la première fois emportées par le PJD.

Il y a aussi le vote sanction, dont a bénéficié le parti islamiste modéré. Ces derniers mois, le parti a entamé avec succès, une vaste opération de séduction pour montrer qu’ils sont un parti à référence islamique mais modéré et qu’ils ne vont pas chercher à enfreindre les libertés individuelles. « Le PJD a eu une stratégie redoutable de dédiabolisation et de normalisation qui a marché », analyse Ali Bouabid, membre du bureau politique de l’Union socialiste des forces populaires (USFP) arrivé 5e avec 39 sièges. Visites dans les chancelleries occidentales, campagne avec des candidats jeunes, des femmes non voilées, lutte contre la corruption, ces éléments ont permis de séduire un électorat peu enclin à l’origine à voter pour les islamistes. « Le PJD est devenu la meilleure façon de canaliser la protestation pour ceux qui ne voulaient pas boycotter le scrutin et le seul parti qui incarnait potentiellement le changement. Une partie de notre électorat a migré vers le PJD », explique encore Ali Bouabid. Le PJD a ainsi absorbé une partie de l’électorat protestataire, qui a refusé la voie du boycott, de l’abstention ou encore le vote blanc.

Vers une coalition

Mais si la victoire est franche, le PJD ne pourra pas se passer d’alliances pour obtenir une majorité à l’Assemblée. Depuis hier les discussions sont en cours. Le scénario le plus probable est celui d’une coalition avec l’Istiqlal arrivé second et le parti de l’USFP justement, qui étaient déjà réunis dans une coalition –la koutla- dans le gouvernement sortant. « L’Istiqlal a fait part de son désir de travailler avec nous », a affirmé Abdelillah Benkirane hier. « Nous sommes ouvert à toutes les alliances, sauf avec le PAM », a-t-il poursuivi. Le Parti authenticité et modernité (PAM) -créé par Fouad Ali el-Himma, un proche ami du roi  en 2008 pour faire barrage aux islamistes - symbolise pour beaucoup de Marocains cette impunité pour les gens proches du monarque que l’électorat du PJD veut combattre. Mais avant cela, il faut que le Premier ministre soit nommé. Abdelilah Benkirane devrait être reçu, ce mardi 29 novembre, par Mohamed VI. Il sera le premier chef de gouvernement issu du parti arrivé en tête, conformément à une modification contenue dans la nouvelle Constitution adoptée en juillet dernier.

Les défis qui attendent le PJD et les attentes de ses électeurs sont immenses, à l’image de celles d’Imad, 19 ans, qui a voté pour la première fois cette année. « Que ce soit le Parti socialiste ou tous les autres, ils n’ont rien changé, rien donné de plus, c’est pour ça que j’ai voté pour le PJD », résume le jeune étudiant avant de citer en vrac les priorités du nouveau gouvernement : créer de l’emploi, lutter contre la corruption, améliorer le secteur de la santé publique et l’éducation. Autant de domaines où les prédécesseurs ont échoués.

Nouvelle composition de l’Assemblée marocaine

Parti de la justice et du développement : 107 sièges.
Parti de l'Istiqlal : 60 sièges.
Rassemblement national des indépendants : 52 sièges.
Parti authenticité et modernité : 47 sièges.
Union socialiste des forces populaires : 39 sièges.
Mouvement populaire : 32 sièges.
Union constitutionnelle : 23 sièges.
Parti du progrès et du socialisme : 18 sièges.
Parti travailliste : 04 sièges.
Mouvement démocratique et social : 02 sièges.
Parti du renouveau et de l'équité : 02 sièges.
Parti de l'environnement et du développement durable : 02 sièges.
Parti Al Ahd Addimocrati : 02 sièges.
Parti de la gauche verte : 01 siège.
Parti de la Liberté et de la justice sociale : 01 siège
Front des forces démocratiques : 01 siège.
Parti de l'Action : 01 siège.
Parti unité et démocratie : 01 siège.

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