Somalie : toujours autant de pirates et davantage de sociétés militaires privées

Les pirates somaliens sont devenus une nuisance majeure dans une zone de plus de 6 millions de km2.
© Reuters

Ce mercredi se termine le procès des six pirates somaliens jugés pour avoir détourné le voilier le Carré d’As en Septembre 2008 dans le golfe d’Aden. Ce procès fut une première en France mais, loin de la salle d’audience, la situation au large des côtes somaliennes est toujours aussi préoccupante. Inlassablement les pirates somaliens repartent à l’assaut des cargos qui passent au large de leurs côtes. Et c’est aussi l’appât du gain qui pousse des sociétés militaires privées (SMP) de plus en plus nombreuses à proposer leurs services aux compagnies maritimes.

Officiellement, depuis le début de l’année, il y a eu 228 attaques dans l’océan Indien au large de la Somalie : 26 bateaux ont été « détournés », 450 membres d’équipage ont été pris en otage et une quinzaine ont été tués.

Pottengal Mukundan, le directeur du très réputé Bureau maritime international (BMI) basé à Londres, note toutefois, que « sur ces 450 otages, 45 sont retenus à terre, ce qui est un précédent dangereux ».  Selon lui, « la bonne nouvelle est que le nombre de bateaux détournés a diminué cette année, (49 en 2010) grâce à l’action des marines qui patrouillent dans la région et aussi l’utilisation de gardes de protection privés à bord des bateaux ». 

Depuis fin 2008, les pays européens se sont mobilisés pour lutter contre ce fléau. L’opération Atalante a enregistré quelques succès mais la zone que doivent parcourir ces avions de patrouille maritime et ses frégates est immense. Elle est estimée à plus de 6,5 millions de km2 entre le golfe d’Aden et le canal du Mozambique. Et certains pirates ont été vus jusqu’au large des côtes indiennes. Au vu des chiffres du BMI, on peut dire qu'aujourd’hui, les pirates tentent toujours aussi souvent leur chance mais qu’ils réussissent moins souvent à monter à bord des bateaux, compte-tenu des mesures de sécurité imposés à présent par les armateurs et les assureurs.
 
Djibouti base arrière de la lutte contre la piraterie
 
Sur la base aérienne de Djibouti, des avions de patrouille maritime P3 « Orion » sont stationnés. Ils sont espagnols, allemands, américains ou japonais. Avec Mombassa au Kenya, c’est par le port de Djibouti que passent aussi les frégates qui tentent d’intercepter les « skiffs » des pirates. Le commandant de la marine djiboutienne rappelle que près de 22 000 bâtiments commerciaux passent par le détroit de Bab-el-Mandeb (entre la mer Rouge et l’océan Indien). Djibouti occupe donc une position stratégique.

Pour le colonel Abdouramane Adam-Cheikh « Djibouti facilite le travail des contingents qui passent par là. Ils bénéficient d’une zone sécurisée, d’un port performant et d’une ville très ouverte ». Les revenus pour Djibouti se comptent en millions de dollars, rien que pour l’activité lié à la contre-piraterie. C’est aussi de là que partent ces nouvelles sociétés militaires privées qui ont flairé le bon filon.
 
Thomas Jacobson, le directeur des opérations de la compagnie Naval Guard basée à Cardiff eau Pays de Galles explique : « Nos patrouilleurs commencent à  protéger les bateaux dès la mer Rouge. Et ensuite, on les suit jusqu’au Sri Lanka, voire même jusqu’en Inde. Nous fournissons une protection bien plus longue que celle que fournissent Eunavfor Atalante et les marines officielles qui se contentent d’escorter les bateaux dans un chenal à la sortie de golfe d’Aden ».

Naval Guard assure ne recruter que d’anciens militaires et souligne que les règles d’engagements (ROE) en vigueur dans son entreprise sont « soumises à un règlement international basé sur la légitime défense ». Le chiffre d’affaire reste secret mais Thomas Jacobson reconnaît volontiers que sa société a « doublé » en l’espace de six mois. Les gardes privés de sécurité sont toujours interdits sur les bateaux battant pavillon français. Pour le moment, il revient aux fusiliers commando marine de l’armée française d’assurer la protection de ces navires (EPE). Mais la législation pourrait évoluer rapidement car les coupes budgétaires ne permettront peut-être pas au ministère de la Défense d’assurer cette mission très longtemps.
 
Les Seychelles tentent de faire face au phénomène
 
« Pour la première fois de notre histoire nous nous sentons menacés », assure Claude Morel, l’ambassadeur des Seychelles en France. L’archipel a pris très tôt conscience du problème mais, il y a encore quelques semaines, deux pêcheurs traditionnels seychellois ont été capturés par des pirates somaliens, non loin de l’île principale de l’archipel. Ils sont à présent retenus en otage en Somalie. Les Seychelles, ont reçu l’aide de plusieurs pays européens mais aussi de l’Inde et plus récemment des Emirats Arabes Unis qui ont accepté de financer la mise en place de radars sur les îles. Dans un pays qui vit du tourisme et de la pêche, la piraterie a été un coup dur. « L’activité portuaire a chuté de 40%, nous avons perdu 4% de notre PIB », précise Claude Morel.
 
Enfin, les Seychelles ont accepté de juger certains pirates arrêtés dans leur zone économique exclusive (ZEE) ou ayant attaqué des bateaux seychellois. « C’est lourd, nous avons aujourd’hui 68 somaliens chez nous en attente de jugement. Il a même fallu agrandir notre prison. Nous en avons jugé cinq mais nous devons encore payer l’avion qui doit les ramener en Somalie pour qu’ils purgent leur peine au Puntland ou au Somaliland ! ». A titre de comparaison, seulement 22 pirates somaliens sont actuellement détenus en France dans le cadre des affaires de détournement des voiliers Carré d’As, Ponant, Tanit et Tribal kat.

Republier ce contenu

Vous êtes libres de republier gratuitement cet article sur votre site internet. Nous vous demandons de suivre ces Règles de base

Le Partenaire s'engage à ne pas porter atteinte au droit moral des journalistes. A ce titre, le Contenu devra être reproduit et représenté par le Partenaire tel qu'il a été mis à disposition par RFI, sans modifications, coupures, ajouts, incrustations, altérations, réductions ou insertions

Ajoutez cet article à votre site Web en copiant le code ci-dessous.